SOLDAT, CHAUFFE-TOI
Amants
CLAUDINE. ■ — C'est bien fait !
vÉTHEUiL. — Alors il s'est fait coureur. D'ailleurs, si c'est ça que tu lui reproches, tu peux t'a-doucir, il a la même femme depuis six mois.
CLAUDINE. - — Elle doit bien s'amuser.
vÉTHEUiL. — Elle l'adore.
CLAUDINE. — Ça doit lui coûter cher!
VÉTHEUIL. — Elle ne lui a jamais demandé un sou.
CLAUDINE. — Quelle bêtise! Il n'y a pas de femmes qui demandent un sou.
Elle y était cette femme, quand tu y es allé?
VETHEUIL. — Non, du moins, je ne l'ai pas vue ; j'ai trouvé Francueil tout seul... il m'avait prié de venir pour me dire adicU, parce qu'il part.
CLAUDINE. — Bon voyage! Et lui, il l'aime, cette femme?
VÉTHEUIL. — Il en est fou.
CIAUDINE. — Il lemmène?
VÉTHEUIL. — Oli ! non! D'abord parce qu'elle est mariée et ensuite parce qu'il va trop loin. Il s'est fait construire un très joli bateau. Il veut faire du grand voyage ; il vient d'acheter une Comore qu'il a eue jDour un morceau de pain.
CLAUDINE. — A l'hôtel des ventes?
VÉTHEUIL. — Non, dans l'océan Indien. Ma pauvre petite cocotte, les Comores c'est des îles... sans blague, un archipel entre la côte d'Afrique et Madagascar... Il a l'intention d'avoir une île dans les différentes mers pour faire escale, une Marquise, une Cyclade, une Touamotou.
CLAUDINE. — Qu'est-que tu me racontes ?
VÉTHEUIL. — La vérité. Il va d'abord aller au Siam dans des conditions extraordinaires. Figure-toi qu'il a connu dans le temps une Irlandaise qui faisait partie d'un concert de dames hongroises et qui était la maîtresse d'un envoyé du roi de Siam. Parole, crois-tu que Bourget serait content? Et par le can-al de cette Irlandaise il a obtenu de l'envoyé des lettres d'introduction auprès du souverain, de sorte qu'on viendra le chercher au débarcadère, et qu'on le transportera au pa-
lais à do3 d'éléphant, avec cortège et in sique militaires. Ah! il a de la chance, c'est un beau voyage!
CLAUDINE. — Il a de la chance... 1 trouves? Mais, tu peux partir aussi!
VÉTHEUIL. — • Il n'est pas question (
— Je ne te retiens pas, il
— Je le sais bien que je su
ça.
CLAUDINE
es libre.
VÉTHEUIL
libre.
CLAUDINE
En tout cas, tu ne pei pas dire, je suppose, que je ne te laisse p; ta liberté.
VÉTHEUIL. — Tu me laisses une 1 berté... de fer... mais j'en suis ravi. Frai cueil m'a offert de partir avec lui, ma: j'aime cent fois mieux rester près de to tu le sais bien.
CLAUDINE. — Et puis tu lie pourra pas quitter Paris... toutes tes femmes.
VÉTHEUIL. — Est-ce que je fais atter tion aux femmes, puisque je t'adore.
CLAUDINE. — Tu as astoez fait attentio à Henriette Jamine, ce soir.
VÉTHEUIL. — Oh ! pas du tout. \
CLAUDINE. — Qu'est-ce qu'elle te di sait donc de si intéressant?
VÉTHEUIL. — Est-ce que j'ai écout seulement?., elle m'a raconté son engi gemeiit au Palais-Royal.
CLAUDINE. — Tiens, elle est donc cnga gée au Palais-Royal? Il faut croire que W levers de rideau manquent de bras ; mai ce n'est pas ça c^ui te faisait rire.
VÉTHEUIL. — Ai-je ri?
CLAUDINE. — Oui, tu as ri.
VÉTHEUIL. — Ah! c'est quand ell m'a raconté ses amours avec le prince d< Styrie.
CLAUDINE. — Elle a donc été avec \< prince de Styrie? Je n'en savais rien, moi C'est étonnant, toutes les femmes te racon tent leurs histoires, à toi... moi, je sui: l'amie d Henriette, je la connais depui dix ans... elle ne me dit jamais rien. Ti la vois pendant cinq minutes, elle te dit tout.
VÉTHEUIL. — Ce n'est pas ma faute s les femmes...
CLAUDINE. — Avec ça... Tu tinté
Amants
l'Gsses à leurs aventures, tu les provoques
aux confidences, tu prends des airs de
confesseur, de psychologue, tu regardes
dans leurs yeux, tu lis dans leur comr, tu
' leur fais le grand jeu... Monsieur Pru-
I dence, va! Non, c'est vrai, ça me met en
I colère. Je sais bien que je ne devrais pas
te dire ça... c'est bête, c'est maladroit,
c'est autant de terrain que je perds, mais
'est plus fort que moi... Ah! suis-je bête,
rrion Dieu, suis je bête!
VÉTHEUIL. — Ecoute, ma petite Claudine, tu es trop injuste. Comment, js viens ici, j'attends une' heure dans la rue, par le froid, par la neige, pour avoir la joie profonde de passer quelques instants avec toi, et voilà comme tu me i^eçois ! Car ce n'est pas très drôlei d'attendre que l'autre soit parti, me cède la place... Ah ! je laisse rudement ma dignité à la porte pour te prouver qu© je t'aime.
CLAUDINE. • — Oh ! toi, tu n'es pas jaloux !
VÉTHEUIL. — Non? mais si, je suis jalou:x, seulement, je reste logique. Je ne te fais pas de scènes... inutiles... et je ne vais pas chercher surtout dans le passé ; il n'est pas à moi le passé, il n'est même plus toi.
CLAUDINE. — Mais Henriette Jamine, ce n'est pas le passé... c'est ce soir, ce soir... taut à l'heure. D'ailleurs, il n'y a pas que moi o^ui m'en sois aperçue ; Ruyseux lui-même l'a remarc^ué, et pour qu'il le remarque, lui !
VÉTHEUIL. — Il ferait bien mieux de s'occuper de ses affaires.
CLAUDINE. - — Cominent l'entends-tu ?
VÉTHEUIL. — Eh bien, oui, tu as été assez coquette, ce soir, avec Chérance, toi aussi.
CLAUDINE. — J'ai été coquette, moi?
VÉTHEUIL. — Certainement; je ne voulais pas te le dire parce que je trouve ça absurde, mais puisque c'est toi qui commences, je serais bien bête de me gêner. Il est vrai que toi, t^ut t'est permis.
CLAUDINE. — J'ai été aimable, j'étais chez moi.
VÉTHEUIL, très haut. — On peut aller iloin avec cette raison-là. — On peut être
aimable jusqu au bout du moment qu'on est ch'Sz soi.
CLAUDINE, à vii-i-di.r. — D'abord, ne parlez pas si haut... vous allez réveiller ma fille ; c'est bête ce que vous dites là, et grossier... vous savez bien que je ne
VETHEUIL.
Je ne te fais pas de scènes.
suis pas une femme à... et puis, si j'ai été coquette, c'était parce que vous étiez trop aimable avec Jamine, c'était pour mo venger.
VÉTHEUIL. — Mais moi, ça n'a pas d'importance, je ne la connais pas, cette Jamine... je la connais à peine du moins... je l'ai vue ce soir, je ne la reverrai peutêtre plus jamais! Tandis que ce Chérance, tout le monde sait qu'il te fait la cour, qu'il est très amoureux de toi et qu'il n'a qu'un but, c'est de... parfaitement. Il ne t'a pas quittée des yeux, et cet imbécile de Ruyseux qui ne voit rien, qui laisse faire. J avais envie de lui crier : Mais remuezvous donc! vous êtes donc aveugle... voue êtes donc... je ne saÏG pas, moi.
Amants
CLAUDINE. — S'il n'était pas aveugle, mon cher, vous ne seriez pas là.
VÉTHSUIL. — Ce n'est pas à vous, ma chère, à me le faire observer. (Un silence, après lequel Véfheuil dit doucement :) CLaudine !
CLAUDINE. Quoi?
vÉTHEUiL. — Nous sommes très heureux, au fond, nous nous aimons, car tout ça c'est de l'amour et du meilleur. Tu sais parfaitement que je t'adore et que je me moque d'Henriette Jamine eb de toutes les femmes... Nous n'avons que quelques heures à passer ensemble, quelques minutes, et nous nous disjDUtons !
CLAUDINE. — Dame, à qui la faute?
VÉTHEUIL. — A moi. ■ — Ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Seulement, il faut être indulgente, il faut me prendre comme tu es... Allons, viens près de moi, faisons la paix.
CLAUDINE. — C'est vrai, tu vous di3 tout de suite des choses blessantes, toi ; un peu plus, tu m'aurais accusée d'être la maîtresôo de Chérarce.
VÉTHEUIL. — Mais non... j'ai dit seulement qu'il te faisait beaucoup la cour, ce qui est la vérité.
CLAUDINE. — Allons donc ! il adore sa fe'mnie, il lui a fait cinq enfants et elle est encore enceinte.
VÉTHEUIL. — Elle est enceinte?...
alors c'est de toi... mais qu"est-ce que ça prouve? Je ne peux pas empêcher les gens de te trouver jolie et de te désirer, et du moment que c'est moi que tu aimes, je n'en demande pas davantage. Allons, mon vieux Claude, ne boude j^as ou alors tu serais au-dessoiis de tout. Il favit des petites scènes comme ça... C'est entendu... c'est la règle, mais maintenant c'est fini... au revoir, au revoir. Embrassonsnous.
Ils s'embrassent.
CLAUDINE. — Dieu, que j'ai faim! Je meurs de faim. Figure-toi que j'étais tellement occupée à te surveiller que je n'ai presque rien mangé ce soir.
VÉTHEUIL. — Tu vois comiue tu es ridicule. Moi aussi d'ailleurs, j étais telle-
ment occupé à te surveiller que j'ai ' peine to'uché au dîner. I
CLAUDINE, riant. — Soinmos-nous bé tes! Oui, mais c'est une bêtise qu'on peu rop.arer... j'e vuis aller voir à la cuisin ce qui reste.
VÉTHEUIL. — Veux-tu que j'aille av^ toi ?
CLAUDINE. — Non, non, ça serait tro long. Attends-moi, je reviens.
Elle disparaît,
VÉTHEUIL, à la porte. — Rapporte d pain surtout... du pain.
Resté seul, il débarrasse une petite table qu' approche du feu, puis Claudine revient ave des provisions.
CLAUDINE. — Voilà tout ce que j'a pu trouver... les domestiques n'ont pa touché à leur dîner, mais ils ont presqu fini le nôtre.
VÉTHEUIL. — Ce qui prouve que 1 moitié de notre dîner était meilleure qu le leur tout entier.
CLAUDINE. — Il ne reste plus que d filet froid et des cerises déguisées.
VÉTHEUIL, sentencieux. — Il rest toujours des cerises déguisées.
CLAUDINE. — Et puis il y a des tru:^ ;e3 ; mais je crois que ça te fait mal
VÉTHEUIL. — Oui, ça me fait mal, m^ je me raisonne, j'en mange tout de même
CLAUDINE. — Par exemple, il n'y pas de pain... Je n'ai trouvé que ça
Elle montre un tout petit croûton!
VÉTHEUIL. — C'est piteux! mais ça n m'étonne pas, il n'y a jamais de pain.
CLAUDINE. — Je n'ai pas apporté di serviettes ni de nappe, qu'est-ce que nou allons mettre sur la table ?
VETHEUIL. — Nous mettrons nos cou des.
CLAUDINE. — Tu crois?
VÉTHEUIL. — J'en suis sûr. Et pui pose ça au hasard, le Champagne sur h cheminée... pas de couvert surtout, pas d'.. couvert ! asseyons-nous tous deux sur è(j pouf, nous serons plus près 1 un de l'autre
CLAUDINE. — Alors nous allons man ger sur le pouf.
Amants
vÉTiiEuiL. — Oh! que tvi es gemile!... Tiens, tends ton verre, et au mo- Mit où le bouchon partira, tu diras:
mirable, je vais le faire sauter tout bas. (// lui verse à boirt.) Eh bien ?
CLAUDINE. — Ah oui, c'est vrai! Dieu,
VÉTHEUIL. — Rassure-toi, mère admirable, je vais le faire sauter tout bas.
Dieu, qu€ je m'amuse av*3c ces étu- que je m'amuse avec ces étudiants! Tu
< ints ! » avais faim ?
Il débouche la bouteille. VÉTHEUIL. — Comme du tigre.
CLAUDINE. — Oh! non, ne le fais pas Claudine. — C'est gentil de souper
sliter... ça réveillerait Bébé, tous les deux auprès d'un bon feu, i>en-
vÉTHEuiL. — Rassure-toi, mère ad- dant qu'il fait froid dehors... Tu es bien ?
VÉTHEUIL. — Je suis divinement bien.
CLAUDINE. — Dire qu'il y a des gens qui couchejit peut-être dans la l'ue par un temps pareil !
VÉTHEUIL. - — Oui. Tout à l'heure, pendant que j'attendais, j'ai vu un pauvre diable de musicien qui marchait avec sa boîte à violon sous le bi'as... il avait l'air d'être le croque-mort de son propre enfant. Cet homme noir dans la neige, c'était sinistre.
CLAUDINE. — Pauvre homme! Tu lui as donne quelque chose?
VÉTHEUIL. — Non, il ne me demandait rien, je n'ai pas osé.
CLAUDINE. — C'est vrai, ça m'arrive aussi quelquefois... on n'ose pas, on est des riches honteux... mais on n'a pas le droit.
VÉTHEUIL. — Ah! Claudine, tu es exquise ! Tu as le cœur le plus charmant que je connaisse.
CLAUDINE. — C'est vrai?
VÉTHEUIL. — Ch oui ! tu dis des cnoses parfois qui m'émotionnent jusqu'aux larmes, presque.
CLAUDINE. — Alors, tu m'aimcsl
VÉTHEUIL. -— Infiniment.
CLAUDINE. — Je ne te demande pas d'adverbe... Tu m'aimes?
VÉTHEUIL. — Oui.
CLAUDINE. — Eh bien, pour la peiue, je vais t'annon-cer une bonne nouvelle.
VÉTHEUIL. — ■ Dis vite.
CLAUDINE. — Ruyseux part demain en voyage. Il va à Naples ; il sera absent une semaine. Alors, si tu veux, et si Denise n'est pas malade, nous irons passer deux ou trois jours dam la forêt de Fontainebleau ; nous irons à Gray oîi nous sommes allés cet automne, dans la petite auberge si propre de la mère Piérard ; avec ce temjDS-là ça sera merveilleux. J'ai toujours i-êvé de voir la forêt en plein hiver, et quand on se réveille le matin, on ouvre les rideaux, on voit les arbres tout noirs, les routes toutes blanches, le ciel d'un bleu si pâle et l'on a bien chaud dans son lit, et l'on se dit que de l'autre côté de la fenêtre, il fait bien froid... Voilà.
VÉTHEUIL. — Oui, c'est une excellente idée.
CLAUDINE. — ■ Je vais écrire à une vieille amie que j'ai à Senlis, M°"= de Liancourt, que je vais passer deux ou trois jours chez elle, tu comprends.
VÉTHEUIL. — Pour avoir un alibi.
CLAUDINE. — Mais oui... j'emmènerai Clara.
VÉTHEUIL. — Il n'y a pas de danger?
CLAUDINE. — Avec Clara? C'est une fille qui m'est absolument dévouée, je l'ai depuis si longtemps ; elle a vu naître Denise et puis je l'ai soignée quand elle a eu la fièvre typhoïde ; Clara, mais elle se jetterait dans le feu pour m oi.
VÉTHEUIL. — Alors quel train prendrons-nous ?
CLAUDINE. — Attends, j'ai consulté 1 indicateur tout à l'heure : il y a un train à dix heures cinquante-sept qui jious amène à Gray, juste pour déjeuner.
VÉTHEUIL. — Ce convoi me paraît fort indiqué ; mais dix heures cinquante-sept, c'est de bien bonne heure. Est-ce que tu seras prête ?
CLAUDINE. — • Pour aller avec toi, je partirais à cinq heures du matin, s'il le fallait. Et toi?
VÉTHEUIL. — Oh! moi, je n'ai qu'à m'habiller ; j'ai ma valise toute prête.
CLAUDINE. — Ah! oui, la fameuse valise... les chasseurs de Pont-à-Mousson... gros malin, va, je te vois encoi'e, le jour où tu mas dit ça, dans le hall, en bas ; c'était la première fois que tu venais à la maison ; je parie que tu ne te rappelles pas seulement quel jour c'était.
VÉTHEIML. — Oh si!... c'était le sept juin, un jeudi.
CLAUDINE. — Et le jour où...
VÉTHEUIL. — Vingt et un septembre, un vendredi.
CLAUDINE. — Juin, juillet, août... décembre, janvier, cela fait déjà huit mois. C'est long, par le temps qui court, des gens qui s'aiment depuis huit mois.
VÉTHEUIL. — Et ça n'est pas fini.
CLAUDINE. — Ah ! si l'on m'avait dit ce jour-là quelle place tu prendrais dans ma vie, on m'aurait singulièrement étonnée, et pourtant tu me plaisais beaucoup. Oh! ne prends pas cet air fat... Tu m'intri-
VÉTHEUiL. — Parce que je t'aime,
PARCE QUE JE t'aDORE !
Amants
guais beaucoup ; oui, c'est ça, tu m'intriguais... j'avais de la curiosité.
VÉTHEUIL. — Ail! voilà!
CLAUDINE. — Et puis tu cherchais à me troubler, tu faisais une jolie voix, do jolis yeux. Tenez, monsieur Vétheuil, vous n'êtes qu'une vieille cocotte.
Elle le prend par le nez qu'elle secoue rudement et tendrement.
VÉTHEUIL. — Tu me fais mal!
CLAUDINE. — Georges!... Vous me faites mal. Vous l'aimez votre femme?
VÉTHEUIL. — Plus que tout...
CLAUDiivE. — Alors il faut la laisser se ccxicher.
VÉTHEUIL. — Je ne demande que ça.
CLAUDINE. — Ah oui, mais non... il faut vous en aller, parce que demain on se lève de bonne heure.
VÉTHEUIL. — Quoi, tu vas me laisser partir ainsi ?
CLAUDINE. — Tu as bien dit ça... Non, sérieucement, va-t'en, il le faut.
VÉTHEUIL. — Le faut-il?
CLAUDINE. — Oui, je suis éveintée, brisée, je n'en peu-X plus, respecte-moi ce soir : je t'en serai reconnaissante.
VÉTHEUIL. — Tu m'en seras amèrement reconnaissante.
CLAUDINE. — Non, je' t'a-ssure.
VÉTHEUIL. — Mais pourc{iici?
CLAUDINE. — Parce que. D'abord Denise est souffrante ce soir... j'ai toujours 2>2ur que ce soit ma punition de t'aimer.
VÉTHEUIL. — C'est de l'enfantillage.
CLAUDINE. — Tu sais bien comme je suis superstitieuse quand il s'agit de ma fille.
VÉTHEUIL. — Voyons, Claudine, tu n'es joas gentille, il fait ei froid dehors.
CLAUDi.vE. - — Pourquoi insisbes-tu?
VÉTHEUIL, r embrassant — Parce que je t'aime, parce que je t'adore! J'aurais voulu m'en aller autrement... empoi'ter un peu de t...
CLAUDINE, se déçiaiipaut . — Ah! ne dis pas ça !
VÉTHEUIL. — Pourquoi?
CLAUDINE. — Pour rien {Tiésolunient.) Non, pas ce soir.
VÉTHEUIL, la regardant. — Ah! je comprends !
CLAUDINE. ■ — Quoi? Qu'cst-ce que tu comprends?
vÉTHEaiL. — Je comprends, et toi ai^ssi tu comjDrends.
CLAUDINE. — Ecoute", Georges, c'est odieux ce que tu dis là. Eh bien ! oui, tout à l'heure, il est venu... Mais, je te jure que non. D'ailleure il y a longtemps ^uq je t'ai dit ce que j'avais à t-e dire là-dessus, tu dois être rassuré.
VÉTHEUIL . — Vous ditos tou.tes la même chose.
CLAUDINE. — Parce Cjue tous vous demandez la même chose. Mais moi je te le jure sur ma fille, je veux qu'elle meure à l'instant même si je t'ai menti, et tu vois que je suis bien calme pour te faire un jîareil serment... Tu ne me crois pas?
VETHEUIL. — Si .. Je te crois.
CLAUDINE. — Ne sois pas jaloux, va...
c'est du luxe. Pauvre homme!
VÉTHEUIL. — Tu veux que je le plaigne?
CLAUDINE. - — Tu pourrais... Il n'est déjà pas si heureux chez lui avec une femme... une misérable qui le trompe, qui s'affiche.
VÉTHEUIL. — Pourquoi ne clivorce-t-il jjas?
CLAUDINE. ■ — Parce que cette femme et lui appartiennent à un monde' oii le divorce n'est pas admis. Tu sais bien que dans ce monde-là, quand une femme n'est pas heureuse, son confesseur lui conseille d'avoir une liaison plutôt que de divorcer. Alors qu'est-ce qu'ils peuvent conseiller à un homme ? Et puis pourquoi divorceraitil ? Si c'est pour moi, il serait bien mal récompensé.
VÉTHEUIL. — Au moins, il ne serait trompé que d'un côté.
CLAUDINE. — Tu vois bien que tu n'en es pas jaloux.
VÉTHEUIL. — Non, au fond.
CLAUDINE. — Et tu l'aimes?
VÉTHEUIL. — Beaucoup.
CLAUDINE. — Il t'adore.
CLAUDINE
Trois heures sonnent.
Enfin, nous voilà tous
Amants
os deux, seuls, à trois heures du matin et juelqu'un entrerait... A qui ferait-on •roire que nous, nous avons été deux iinants bien sages?... personne ne voudrait ■roire à cette bonne action, car cest une X une action.
VÉTHEUIL. — Alors, j'en serai réconi- ■lensé ?
CLAUDINE. — Pas plus tard que deuain... Et maintenant allez-vous-en, aais je veux que vous me disiez des choses ■outilles avant de vous en aller... povirrnt, si ça vous ennuie, ne vous forcez as.
VÉTHEUIL. — Ah! Claudine, tu le sais lim que je t'adore, parce que tu es la plus lie et la meilleure... Tu es vraiment ma iK.itresse et je ne peiix pas aimer une Mitre femm.e que toi. On se dispute quel- |Ucfois, mais ça n'a pas d'importance, et ïu fond nous nous entendons très bien, t est-ce pas? Je sais bien ce qu'il y a par- '(.is entre' nous, c'est notre remords, c'est 1 ;tre pitié pour lui... aussi quand tu es iésagréable, il ne faut pas m'en vouloir : :3, n'est pas sa faute... Tiens, Claudine,
voilà comment je t'aime, avec dévotion.
Il s'agenouille devant elle.
CLAUDINE. — C'est bien, je suis contente. Et maintenant, va-t'en, ne fais pas de bruit, je vais sur le balcon te regarder t'en aller... pour te réchaufl'er le plus longtemps possible.
VÉTHEUIL. — Non, non, quelle imprudence... tu vas attraper froid, je ne veux pas.
CLAUDINE. — Si, si, je vais bien me couvrir.
VÉTHEUIL. — Je ne le veux pas... si tu fais ça, je me tue scus tes fenêtres.
CLAUDINE. — Alors je n'insiste pas. A demain matin... dix heures cinquantesept... n'oublie pas.
VÉTHEUIL. — Dieu m'en garde! Au revoir, ma Maîtresse.
CLAUDINE. — Au revoir, mon Amant.
Restée seule, Claudine éteint la lampe dans le cabinet de toilette, puis va entr'ouvrir la porte de la chan^bie de Denise pour voir si sa fille dort.
Et ce.it ainsi que finit h deuxième acte,
LE COMTE. — Bonjour, cher ai.ji!