EN ÊTES UN AUTRE
YORICK LAMBERT. Et puis, M"^ Ar-
dan est une excellente inaîtresse de maison, elle sait recevoir ; elle a un mot aimable pour chacun.
hélènt:. — Ça n'est pas comme vous, mon cher maître.
GOTTE. — C'est bien fait ; vous êtes trop méchant, aussi.
HÉLÈNE, à Philijrpe. — Vous savez que tout le monde me fait des compliments sur mon buste ; les oreilles ont dû vous tinter.
GOTTE. — Oui, c'est un concert de louanges... et bien méritées, d'ailleurs.
PHILIPPE, gêné. — Je vous en prie...
hélènt;. — Oui, oui, je sais ; vous êtes très modeste, trop modeste, même... vous n'aimez pas les compliments.
PHILIPPE. — Je les adore, .nais pas devant le monde.
YORICK LAMBERT. — Comme l'éléphant.
HÉLÈNE. — Dieu, que vous êtes bête!
Vous vous connaissez ?
PHILIPPE. — Je n'ai pas le plaisir...
YORICK LAMBERT. — Je n'ai pas l'honneur...
HÉLÈNE, présentant. — M. Philippe Lauberty, M. Yorick Lambert.
PHILIPPE. — Je vous connaissais, monsieur, de nom et de réputation. Vous avez beaucoup de talent.
YORICK LAMBERT, /(// serrant la main.
-- Mais, monsieur, vous en êtes un autre.
HÉLÈNE, à ToricJi Lambert. — A propos, comment va votre charmante femme?
YORICK LAMBERT. — Elle va bien... enfin, elle va aussi bien que...
GOTTE. — Oui, oui, je sais... M'"'^ Lambert est dans une position intéressante.
HÉLÈNE. — Et c'est pour bientôt? Oh!
vous avez encore le temps, je crois?
YORICK L.VMBERT. — C'est Une affaire d'heures : elle commençait à ressentir le^ douleurs quand je suis parti...
GOTTE. — Et si le bébé arrivait pendant que vous êtes ici ?
HÉLÈNE. — On sait oii vous êtes... on viendrait vous chercher, je pense.
YORICK LAMBERT. — Non. J'ai défendu qu'on vînt me chercher... je trouve qu'un homme ne doit pas être là... D'abord, c'est horrible de penser qu'on est la cause qu'une créature souffre de la sorte, et puis ça ne sert à rien. J'estime que dans un accouchement le mari joint à l'odieux du bouiTeau le ridicule du second témoin.
HÉLÈNE. — C'est un point de vue... A propos, j'ai reçu votre livre avec une très flatteuse dédicace.
YORICK LAMBERT. — Vous l'aveZ lu ?
HÉLÈNE. - — Oui, c'est charmant... charmant, enfin, c'est plutôt effrayant : les hommes, les femmes, les enfants, ce sont des monstres, d'après vous.
YORICK LAMBERT. -— D'après vous est dur.
HÉLÈNE. — Ah ! VOUS ue flattez pas l'humanité.
La Douloureuse
GOTTE. — Tu me le prêteras. Comment ça rs' appelle?
HÉLÈNE. -— Méthode pour être optimiste.
GOTTE. — Tiens, voilà Stany, il ne nous voit pas... il est bien ti'op occupé à regarder M™" Sureau. Tant pis, je vais le déran- I ger. {Elle appelle.) Stany, Stany! (.1 Lambert.) C'est mon niari, monsieur, c'est pour ça que je me permets cette familiarité. Je vous dis ça, parce que vous êtes si mauvaise langue... vous vous imagineriez...
YORiCK LAMBERT. — Je ne m'imaginerais rien du tout,
STANY. — Que me voulez-vous, chère amie 'l
GOTTE. — Je voulais vous dire de ne pas oublier que nous soupons à la table d'Hélène, avec M. Lauberty... à moins que vous ne préfériez souper à la table où sera M"'^^ Sureau.
STANY. — Mais pas du touo, ma petits Gotte, je ne préfère rien au plaisir d'être avec vous.
GOTTE. — C'est vrai?
STANY. — Vous le savez bien.
GOTTE. — Alors je vous permets de flirter.
STANY. — Avec qui?
GOTTE. — Avec Hélène.
Elle se sauve en riant.