DEVOIRS ENTRE FRERES
Après les devoirs envers le père el la mère, viennent les devoirs entre frères. C'est à tort qu'on a reproché à la morale des philosophes de ne pas entrer dans les détails pratiques. Il n'y a pas de subdivision de nos devoirs sur lesquels Socrale en particulier n'ait laissé les recommandations les plus étendues et les plus instructives. Nous
(1) Xénophon, Mém., liv. I, f-li. n, § ^g et suiv,
donnerons un court aperçu de ses conseils sur les devoirs des frères : « 0 Chérécrate, dit-il, serais-tu de ces hommes qui préfèrent les richesses à leurs frères, oubliant que les premières sont sans raison, et les seconds raisonnables; que les premières ont besoin d'être gardées, et que les seconds sont nos gardiens?. . Tu considères un frère comme un dommage, qui te ravit une partie de les biens : que ne regardes-tu du même œil tons tes concitoyens dont tu ne possèdes pas les richesses ? SU vaut mieux habiter près d'eux, en possédant avec sûreté une fortune suffisante, que de vivre seul en retenant avec péril la fortune de tous, il en est de même du partage qu'on fait avec ses frères. Des frères valent mieux que des serviteurs ou de simples amis. — Mais mon frère me maltraite de paroles et d'actions. — Si tu avais un bon chien de berger, mais qui grondât à ton approche, lu chercherais à l'adoucir : que n'en fais-tu autant à l'égard de ton frère? — Je n'ai pas assez de talent pour l'apprivoiser. — Si tu voulais te faire inviter au repas d'un sacrifice, que ferais-tu? — Je commencerais par faire moi-même une invitation. — Et si tu voulais qu'un ami prît soin de tes affaires en ton absence? — Je prendrais soin des siennes quand il serait absent. — Eh bien ! il n'y a pas plus de honte à commencer les bons procédés envers ton frère. — Mais je suis le plus jeune ; c'est à l'aîné de faire les premiers pas. — Non, car le jeune doit céder à l'aîné, se lever en sa présence et lui présenter le meilleur siège. — Mais, si je ne réussis pas? — Tu te seras montré homme de bien et bon frère. Deux frères en désaccord sont comme les deux mains, que la nature a faites pour s'enti'aider, et qui se gêneraient l'une l'autre, ou comme les deux pieds qui chercheraient à s'embarrasser mutuellement. Deux frères ont été créés
par la nature pour l'avantage de tous deux, et plus efficacement que les deux pieds qui ne peuvent s'écarter beaucoup l'un de l'autre, que les deux mains qui ne s'appliquent qu'à des objets rapprochés, ou que les deux yeux qui ne voient pas à la fois devant et derrière ; car deux frères peuvent se servir à une grande dislance l'un de l'autre (1). »