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ment l'action qu'ils produisent sur nous; tandis qu'on peut fort bien les peindre.
Dans ce domaine, la peinture l'emporte quand l'impression esthétique principale réside dans une action rapide, résumée par une apparence momentanée; la parole, quand il s'agit d'actions durables, étendues ou intérieures, auxquelles les formes sensibles extérieures sont peu rattachées par l'association.
On prétend parfois que tout bon tableau doit pouvoir être compris par lui-même sans avoir besoin d'explication. Or une nativité, une tabagie hollandaise, un paysage ne peuvent être ni compris ni même estimés à leur juste valeur esthétique et sentis dans leur pleine beauté, sans une foule de souvenirs qui permettent de les interpréter. Tout au plus pourrait-on prétendre que seules les associations d'idées présentes à tous les hommes doivent être invoquées par l'artiste. Ma'S beaucoup de fort belles œuvres ont besoin d'une explication, tout au moins d'un titre; et elles l'emploient légitimement (F., XI, 137-140).
Très exagéré aussi dans son étroitesse est le principe de Lessing, selon lequel une émotion ne doit pas être représentée par la plastique à son maximum de développement, afin qu'il reste à l'imagination quelque chose à surajouter d'elle-même. Quelle illusion de croire que les causes, les résultats, les accompagnements de l'action ne fournissent pas, quel que soit le moment représenté, assez d'associations à l'esprit! Et elles seront évidemment les plus riches quand le moment exprimé sera le plus décisif. Si l'auteur du Laocoon a reculé devant l'expression du cri même de la souffrance, ce n'est pas qu'elle suggère trop peu d'associations, mais tout simplement qu'elle en suggère de trop désagréables. Jamais l'expression d'une noble douleur ou d'une joie élevée ne nous déplairont. Elles nous paraîtront même d'autant plus belles que nous aurons conscience de l'impuissance de notre imagination à y rien ajouter de plus (là., 147).
111. Un quatrième principe inavoué : les impressions inslinctiveSy facteurs innés de plaisir indirect.
Il y a des sympathies et des antipathies a priori, nées du premier coup, souvent plus pénétrantes et plus justes que les jugements réfléchis. Les femmes surtout savent juger ainsi un visage, un accent, une attitude. Au lieu de rapporter ce fait, avec Hartmann, à l'Inconscient, il est plus scientifique d'y voir un résultat de l'association.
On objectera les impressions favorables ou défavorablas qu'éprouvent parfois très vivement de jeunes enfants avant toute expérience. Mais ne nous faisons pas illusion sur leur valeur : ce sont de purs caprices. Un cadeau transforme ces aversions en amitiés; il n'y a rien à tirer de tels faits.
Ce qui a fait méconnaître ici la présence du facteur associatif, c'est ridée mystique d'un accord, d'une harmonie secrète des personnalités, qui créerait une sorte de vibration par influence. Et ce fait, bien que fort peu élabli, reste possible; seulement il ne ferait que se combiner avec l'association pour la compliquer, sans la supprimer.
Assurément Tinslinct des animaux prouve que bien des tendances à la fois physiques et psychiques, dont l'essor réclame l'expérience chez l'homme, peuvent aussi être innées. D'autre part, le Darwinisme voudrait en faire des habitudes de l'espèce, résullats d'expériences ancestrales. Et sans doute Fechner verrait-il volontiers dans cette théorie empiriste une confirmation de ses vues s-ur l'importance de l'association, s'il n'avait de son côté, sur r « histoire de la création et du développement des organismes », des vues assez peu conformes à celles de Hàckel (*).
- De toutes façons, il existe, à côté des deux autres, un facteur inné du plaisir. Il est voisin d'ailleurs des impressions directes, à ce point qu'on pourrait expliquer l'agrément de la symétrie par une tendance instinctive. Mais la vérité est que chez l'homme et même chez les animaux les faits purement instinctifs sont les plus simples et les plus inférieurs, et tout ce qui s'y surajoute est une acquisition de l'expérience; elle prend, chez l'homme surtout, une importance capitale, et oriente l'instinct lui-même.
Les impressions que produisent les physionomies en sont la preuve. Parlant d'une base instinctive, elles ne se développent que par l'expérience dans les diftérentes directions que chaque peuple a préférées, soit dans les proportions du corps humain, soit dans les expressions des caractères. Si ses parents caressaient toujours un enfant avec un air de menace et le corrigeaient en souriant, lenfant prendrait le sourire pour une punition et les mines sombres pour une promesse de plaisir. Malheureusement, cette expérience n'a jamais été faite! — Bien plus, l'instinct d'imi-
(') V., XII, 150-2. Voir h. — Il est curieux de noter que Fechner avait été entraîné, par des spéculaUons aventureuses sur le principe de la psychophysique (conçue comme étude des rapports de Tàme et du corps), à des complaisances peu scientifiques pour certaines hypothèses spirites.
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talion, inné chez les enfants, les pousserait à répéter pour leur compte ces mêmes actions, avec le sens que l'expérience leur aurait joint. Un aveugle-né guéri ne reconnaîtrait certes pas par la vue les expressions de la joie et de la colère (76., 154-5).
Dira-t-oin que la compréhension des expressions affectives des autres est aussi instinctive et innée que cette expression même des émotions Test en nous? Mais elle nécessite au contraire une « association instinctive » entre notre propre altitude et celle d'aulrui. C'est ainsi que nous prêtons un sens aux cris d'appel des animaux, et que l'inlelligence des étals d'âme d'une personne étrangère est singulièrement facilitée par l'imitation de ses gestes ou intonations; en pareil cas nous recherchons celle-ci de nousmêmes. Tous les physionomistes le savent bien, lorsqu'en reproduisant eux-mêmes aussi exactement que possible l'altitude corporelle d'une personne, ils arrivent ii se replacer exactement dans son état d'esprit (').
Ainsi la présence d'une impulsion innée est indéniable; tout l'effort de Fechner consiste à la reléguer à un rang d'importance inférieure et en quantité et en qualité vis-à-vis du facteur associatif, seul réellement conforme aux principes empiristes du système.
C'est encore l'association, sous ses formes diverses et dans ses combinaisons multiples avec les impressions directes ou instinctives, qui résout la plupart des problèmes soulevés par les concepts composés : les idées de goût, de sublime, d'esprit, d'idéal, d'imagination et surtout d'art (F., XV et s.). L'homme est le centre de toutes ces associations : c'est-à-dire que, malgré les préventions régnantes contre l'idée de fin ou d'utilité dans l'art, une loi de finalité interne ou d'interprétation anthropomorphique domine et dirige les applications de toutes les autres (F., IX, 108- 111).
(') Ib., 136-7; voir XIII. — Fechner cite l'exemple de Gampanella d'après Burke. On connaît le début de la Lellre volée d'E. Poë. — Rappelons que le problème posé remet en question le Paradoxe du comédien de Diderot (objet d'une enquête méthodique par Binet, c), et qu'il a été renouvelé par la psychologie contemporaine, depuis W. James et Lange.