I. = rester
GRISELDIS LE MARQUIS
Ah ! beaux seigneurs, il m'est avis que peu d'amour à moi avez :
Quoi ! Votre seigneur me clamez, tant m'aimez et tant me prisez, dites-vous, et me conseillez à présent de me marier !
Me voulez-vous donc martyrer et pressurer tout mon courage en moi liant au mariage?
Je vis joyeux et sans soucy, or, dès que j'aurai fait cecy, péril et peine me sourdra ; toujours penser me conviendra pour l'état de ma femme et moy ; toujours resterai en émoy, et me faudra mes jeux abattre esquels je me soulois esbattre ; muer me faudra mon courac:e par la vertu de mariage et mon cœur faire féminin, si je veux tenir le chemin d'avoir en mon ménage paix.
Trop pesant me semble le faix, Dieu me gart de si mauvais pas !
8 GRISELDIS
LE CHEVALIER QUINT
Ah ! Sire, ne regardez pas à la peine ni au soucy ; maints sont mariés, Dieu mercy, qui moult vivent joyeusement et sont de bon gouvernement pour eux et pour le bien publique ; et d'autres, qui cette pratique de non marier moult appreuvent, très dures adversités treuvent, griefs ennuis, de jour en jour, et finent souvent en doulour et de corps et de conscience ce qui, dans leur prime créance, avait commencé liement^ D'ailleurs, moult trop désavenant est à prince de haut parage de finer ses jours sans lignage mâle et noble après soi laisser, en qui puisse se reposer le commun peuple de sa terre.
Pour ce, cher sire débonnaire, de par vos sujets vous supplie qu'à ce votre cœur s'humilie et soit à ce lien soumis.