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38 GRISELDIS
que ces doulx enfants j'ai portés dans mon sein et puis allaités en grant peine et sollicitude, et que c'est pensée bien rude pour mère de les voir périr.
Songe aussi que les dois chérir, — car tes enfants sont comme miens — et qu'ils sont baptisés chrestiens pour qui Dieu mourut au Calvaire...
Si ma vie^ peut te complaire, prends-la, Sire, contre la leur ; ou, du moins, accorde moi l'heur de vivre avec eux chez mon père comme fils de vraie misère...
Ce non obstant, ta volonté soit faite en toute humilité, car je suis ta serve à jamais, et en ce monde rien ne sais, ni enfants ni ma propre vie, que je accomparasse mie à l'amour de toi, mon seigneur !
Et lors se détourne le marquis pour que ne voie Griseldis son grant émoi et dit :
LE MARQUIS
C'est bien dit. Or n'ayez douleur du meschef qui doit advenir. —
Icy appelle le marquis un sergent.
GRISELDIS 39
Sergent, va moy tantost quérir les deux enfants et cy les mène.
Icy cache Criseldis son visage en ses mains et pleure moult doleniement.
GRISELDIS
Sire, quant me fais telle peine que mie' ne puis endurer, d^une chose te veux prier :
c'est que les tendres corps de mes chers enfants ne soient ^ jamais exposés aux bestes sauvages.
LE MARQUIS
A mes avis justes et sages, fiez-vous, dame, en patience.
Or a le sergenia mené les deux enfants Criseldis, d'âge moult tendre et bellement vestus et les serre la bonne dame en grant esmoi contre son cœur.