PROLOGUE LE CHATEAU DE GRAGAY-GHAMBRUN
Le 5 novembre 1860, un homme d'une cinquanUilne d'années environ, de taille élevée, d'apparence particulièrement robuste, gravissait d'un pas ferme le
chemin qui conduit de la route départementale au château de Graçay-Chambrun, situé près de Màcon.
Il portait un costume complet de velours gris, veste, gilet, culotte, et ses jambes nerveuses étaient enserrées dans de grandes guêtres de cuir jaune qu'un long usage avait considérablement éraillées.
Sous son bras gauche, un fusil Lefaucheux penchait son canon vers le sol, et sur son dos une énorme gibecière laissait voir, à travers ses mailles de corde blanche, les oreilles et les pattes d'un lièvre.
Cet homme s'appelait Martial. C'était un ancien brigadier de gendarmerie, l'honneur et le dévouement mêmes. Le général de Graçay, qui le connaissait, l'avait emmené avec lui au moment oii il prenait sa retraite.
Jamais, depuis, on n'avait eu un reproche à lui adresser, et on savait dans le pays que l'ancien brigadier eût donné sa vie à son général, si ce dernier la lui avait demandée.
Le général s'était contenté d'en faire son garde^ et Martial apportait dans ces fonctions la ponctualité, la tenue, la régularité mathématique, toutes les qualités enfin qui, lorsqu'il servait, l'avaient constamment désigné à la sympathie affectueuse de ses chefs.
L'ex-brigadier continua sa route pendant quelques minutes encore, et quand il eut atteint le sommet du raidillon dans lequel il était engagé et qu'il découvrit le château, dont l'imposante silhouette se profilait à quelques centaines de mètres, il s'arrêta, laissant tomber la crosse de son fusil à terre et promenant un regard presque attendri sur le paysage qui se déroulait à ses pieds.
Il pouvait être six heures, — l'heure mélancolique et tendre de la campagne.
Les premières ombres du soir montaient lentement des vallées profondes, et s'étendaient comme un voile de vapeurs sur les grands massifs d'arbres séculaires. A l'approche de la nuit, tout bruit et tout mouvement semblaient avoir cessé, et c'est à peine si de loin en loin on entendait pasf.-jr dans l'air les notes dolentes et douces de ces mélopées alpestres que chantent les pâtres en ramenant leurs bœufs à l'étable.
L'homme resta un moment dans une attitude contemplative et recueillie; au lieu d'embrasser l'horizon tout entier, son regard s'était porté vers la partie occidentale du parc qui longe la route de Mâcon, et il s'y était arrêté avec une étrange obstination.
Il y avait là un épais fourré de vieux chênes du miheu duquel émergeait la toiture élégante d'un pavillon qui avait été naguère l'habitation du fils de M. de Graçay-Chambrun.
Seulement, depuis quelques années, le pavillon était abandonné ; la porte et les fenêtres en restaient hermétiquement closes ; défense avait été faite de pénétrer dans cette partie du parc, et les ronces et les Hanes, profitant de cette trêve
accordée par le jardinier, s'étaient multipliées avec une telle profusion qu'elles formaient maintenant autour de l'habitation un lacis plus redoutable cent fois que tous les engins défensifs inventés par la fortification moderne.
La cause de cet abandon était mal connue et, par conséquent, fort commentée dans le pays.
Les uns prétendaient que le fils de M. de Graçay-Ghambrun avait disparu, d'autres affirmaient qu'il était mort; mais nul n'avait pénétré la vérité, et chacun regardait d'un œil également inquiet le sombre pavillon, s'obstinant à voir dans son état de délabrement la preuve d'un deuil ou d'une honte de famille!
Il y avait quelques minutes déjà que Martial s'oubliait dans sa rêverie, quand tout à coup il se prit à tressaillir, redressa brusquement le front et, ayant relevé son arme, se disposa à reprendre sa marche vers le château.
Mais au bout d'une vingtaine de pas, comme il allait franchir une brèche déjà ancienne que l'on avait négligé de faire réparer, il se trouva en présence du général, qui venait à sa rencontre. *
Il porta mihtairement la main ouverte à sa casquette.
Le général rendit le salut d'un air soucieux.
— Enfin! te voilà!... dit-il en même temps; je t'attendais avec impatience.
— Est-ce que vous avez quelques ordres à me donner, général? demanda vivement Martial.
— Des ordres, non, mon ami, répondit M. de Graçay, mais j'ai à causer avec toi.
— Me voilà prêt.
— Ne restons pas ici, marchons; l'air du soir me fait du bien. J'ai besoin de respirer. J'ai besoin surtout de ne pas avoir sous les yeux...
Le général avait détourné les regards du pavillon, et venait de faire quelques pas dans la direction de la campagne,
Martial marchait respectueusement à ses côtés.
Pendant quelques secondes, aucune parole ne fut échangée entre le maître et le serviteur... Les ténèbres s'épaississaient rapidement, et bientôt on ne distingua plus, sous l'ombre des arbres, que le sinueux sillon tracé par le sentier qu'ils avaient pris.
— Ce que j'ai à te dire est très grave, reprit peu après le général; c'est pour la dernière fois que nous causons ensemble sur cette terre que m'ont léguée mes ancêtres, et que j'aurais voulu laisser intacte âmes enfants, — à ma fille surtout. Dieu n'a pas voulu accorder cette joie suprême à ma vieillesse, et les déportements de mon malheureux fils m'ont réduit à la nécessité de vendre le château de Graçay-Ghambrun,
— Eh quoi!.,, c'est donc vrai?... interrompit Martial avec un mouvement,
— C'est vrai, répondit le général en baissant le front.
— La terre est vendue ?
— Depuis huit jours,
— Et mademoiselle Réjane de Graçay sait-elle?... Le général eut un geste farouche.
— Ah! c'est pour elle surtout que j'ai pris cette résolution cruelle, — continua-t-il d'une voix oppressée ; — son frère depuis longtemps ne m'avait plus laissé d'autre alternative. En cinq années, je me suis ruiné pour le sauver de la honte. Tout ce que j'avais, je l'ai donné, espérant toujours qu'il reviendrait aux traditions d'honneur de la famille des Graçay-Ghambrun. Rien n'a fait! A peine arraché à l'infamie, il s'est replongé de nouveau dans sa vie de dissipations et de débauches. Ce nom, qu'il a traîné dans la boue des bas-fonds les plus abjects, je tremble maintenant qu'il ne le porte un jour jusque sur les bancs de la cour d'assises.
— Mon général !
M. de Graçay-Ghambrun passa rapidement la main sur son front, comme s'il eût voulu en chasser la rougeur qui s'y était imprimée.
— D'ailleurs, c'est assez de faiblesse! poursuivit-il; le misérable finirait par réduire sa sœur à la misère, et je ne veux pas que cela soit ! J'ai pris une résolution énergique. Le château est vendu, un de mes amis est allé à Mâcon recevoir les trois cent mille francs qui représentent le prix de cette vente ; dans une heure il sera ici, et sous quelques jours j'irai, avec ma pauvre petite Réjane, chercher le calme et le repos à l'étranger, où ie tâcherai d'oublier que j'ai eu un fils!
Il y eut un moment de silence.
Instinctivement, sur les derniers mots du général. Martial avait suspendu sa marche, et M. de Graçay s'était brusquement retourné.
— Eh bien!... dit-il d'un ton troublé... tu t'arrêtes... tu ne me suis pas?...
— Faites excuse, mon général... balbutia le garde; c'est que... je réfléchissais.
— A quoi ?
— Oh! une idée qui m'est venue...
Le général se prit à sourire.
— Je comprends, — dit-il d'un ton affectueux, — et tu penses à ce que tu vas devenir, une fois la terre vendue.
— Moi! se récria Martial.
— Quoi de plus naturel et do plus légitime ?... Tu es un vieux serviteur de ma famille... je n'ai jamais eu qu'à me louer de toi; et, en te quittant, j'aurai la satisfaction de l'annoncer que ton sort est assuré. Tu ne quitteras pas le château.
— Comment?
— Le vicomte d'Epernon, qui s'en est rendu acquéreur, a consenti, sur ma demande, à ne rien changer à ta position... C'est un vieillard d'un caractère
excellent... dont le fils est, m'a-t-on dit, le meilleur et le plus loyal des gentilshommes... Tu resteras près d'eux... continuant les errements du passé, et de loin en loin... tu nous donneras des nouvelles de cette chère demeure où j'aurais voulu mourir.
Martial serra, à la briser, la main que M. de Graçay lui avait tendue.
— Soit... dit-il... soit, mon général, et je ferai tout ce qu'il vous plaira de m'ordonner... Seulement, il faut m'excuser, voyez-vous, mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit...
— Explique-toi alors...
— Nous parlions de M. Henri tout à l'heure, et moi... j'ai, à son sujet, une idée qui n'est pas la vôtre...
— Hein?...
— Mon Dieu!... qui sait?... le jeune homme a vingt-cinq ans... et à cet âg^e...
— Que veux-tu dire ?
— n y a toujours de la ressource... il ne faut pas désespérer... peut-être...
— Quoi! quoi ! parle... réponds... pourquoi ces réticences?... que signifient ces paroles?
Martial hésita un moment... ses doigts crispés se tordirent sur le canon de son fusil... il avait envie de parler, et paraissait craindre de mécontenter le maître.
— Ah çà!... est-ce une énigme, insista ce dernier, et te décideras-tu enfin? Martial fit un effort sur lui-môme.
— Vous avez raison, — répondit-il d'une voix érnue, — et je vois bien qu'il faut dire ce que je sais.
— Que sais-tu?
— Tout au moins ce que je crois avoir vu. C'était tout à l'heure, — un moment avant de quitter la route départementale, — au détour du sentier... — j'ai entendu du bruit dans le fourré.
— Auprès du pavillon?
— C'est cela,
— Quelque lièvre, sans doute.
— Non, mon général. Ça me connaît, et je ne puis me tromper... D'ailleurs j'étais intrigué et j'ai tenu à m'éclairer.
— Enfin?...
— Enfin je me suis lancé dans la direction où j'avais entendu le bruit. — Tl faisait encore un peu de jour et je n'avais pas fait vingt pas que j'ai aperçu, disparaissant sous un bouquet de chênes...
— Qui cela... qui?... achève!
— M.Henri!...
Le général étouiïa un cri qui ressemblait à un sanglot, et comprima sa poitrine de ses deux poings.
— Lui! lui! murmura-t-il un instant après; tu en es sur?
— Oh! on a de l'œil...
— Et que vient-il faire ici?
— Dame ! je ne le lui ai pas demandé.
— Peut-être y a-t-il là quelque nouvelle honte à redouter. Martial remua la tête,
— Pour ce qui est de ça, répondit-il, je crois, mon général, que j'ai trouvé mieux.
— Quoi donc?
— Je pense que M. Henri aura appris vos projets : la vente de Graçay-Chambrun, votre départ prochain, — et qu'il vient — soumis et repentant.
— Ah ! si cela était ! — interrompit presque violemment le général, — si tu pouvais dire vrai !
Mais il n'alla pas plus loin.
Presque aussitôt tout son être se prit à frissonner, et, le corps penché, l'oreille tendue, il écouta.
— N'entends-tu pas ? demanda-t-il à voix rapide et basse.
— En effet, réponditMartial. . . Ce sont les pas d'un cavalier qui vient au galop par la grande route... Sans doute Tami que vous attendez; voilà qu'il va tourner la corne du petit bois; dans trois minutes, au train dont il va, il sera devant la grille du château .
Le général gardait le silence et continuait d'écouter.
On eût dit que quelque chose d'anormal se passait en lui, et qu'une bizarre et saisissante pensée absorbait tout autre sentiment.
Tout à coup il tourna sa face livide vers Martial et proféra une énergique et sourde imprécation.
Deux coups de feu venaient de retentir dans la direction de la corne du bois, et deux cris de détresse et de rage avaient suivi de près là double détonation.
L'effet fut instantané.
Au bruit qu'ils venaient d'entendre, les deux hommes s'élancèrent à l'envi et, quelques secondes après, ils arrivaient sur le lieu du sinistre.
Un rayon de lune avait filtré à travers les nuages, et, guidés d'ailleurs par les cris de la victime, ils ne tardèrent pas à trouver ce qu'ils cherchaient.
Sur la lisière du bois, au revers du fossé de la route, un homme gisait, le visage blême, les vêtements en désordre, la poitrine trouée par une large blessure d'oti le sang s'écoulait à flots.
Le général s'agenouilla effaré et tremblant.
— Georges! mon vieil ami ! s'écria-t-il, c'est donc toi... toi que l'on u voulu assassiner!
Et il chercha à soulever le moribond dans ses bras...
La blessure de ce dernier était grave, peut-être mortelle ; mais il respirait encore.
A l'appel de son ami, il rouvrit péniblement les yeux, et un frisson parcourut tous ses membres.
Un moment même, il parut vouloir repousser le général de sa main nerveuse.,, et prononça quelques paroles à peine articulées.
— Assez! laisse-moi! — murmura-t-il, — pendant qu'il roulait sa tète falotante entre les bras de M. de Graçay.
— Que s'est-il donc passé? insista celui-ci
— Tais-toi !
— Tu as été attaqué... blessé... volé peut-être!...
— C'est cela.
— Yolé ! volé aussi !
— Oui.
— Et quel est le misérable?...
Le moribond fit un effort surhumain, il se souleva à demi sur son séant, et ses yeux démesurément ouverts dardèrent deux éclairs sur celui qui lui parlait.
Mais un intérêt poignant dominait à cette heure les résolutions du général ; — tout entier à un nouvel ordre d'idées, il ne prenait plus garde à l'état de son malheureux ami ; — un ardent désir de connaître s'était emparé de lui — et les réticences mêmes par lesquelles on accueillait ses questions irritaient et décuplaient sa curiosité.
— Parle... mais parle donc! reprit-il au bout d'un instant, la lèvre tordue, je veux tous savoir, entends-tu bien?... Ecoute-moi donc, regarde-moi, répondsmoi, surtout!... Tu revenais de JVlâcon apportant la somme que tu es allé toucher chez le notaire. C'est bien cela, n'est-ce pas?
— Oui!
— Puis, arrivé à cet endroit de la route, un misérable a tiré sur toi ; atteint d'une balle en pleine poitrine, tu as roulé sanglant de ta monture... et sûr désormais de l'impunité, l'assassin s'est rué sur sa victime qu'il a dépouillée!
— Je ne pouvais plus me défendre.
— Pardieu! mais cet homme?... tu as distingué ses traits... Si tu le revoyais, peut-être pourrais-tu le reconnaître.
— Moi !... fit le blessé avec un geste d'épouvante.
— Qui sait môme si tu ne le connaissais déjà avant de l'avoir rencontré en cette nuit fatale.
— Que dis-tu?...
— Ah! tu tressailles...
— Graçayl...
— Il y a sur les lèvres un nom que tu n'oses pas même prononcerl
— Horrible! horrible!
— C'était donc lui?...
— Par pitié pour toi-même, Graçay... ne me force pas à parler!
Un rugissement de fauve souleva la poitrine du général, et ses ongles labourèrent son crâne chauve et nu!...
Puis, presque sans transition, il releva silencieusement le front, laissa retomber ses bras inertes le long de son corps, et ferma les paupières, pendant que deux grosses larmes coulaient lentement le long de ses joues.
Jamais pareille douleur n'avait déchiré le cœur d'un père.
11 y avait dix années à peu près que le général s'était retiré dans sa terre de Graçay-Chambrun.
Il venait alors de perdre sa femme, et restait seul au monde avec deux enfants :
Son fils, Henri, à peine âgé de quinze ans; — sa fille, Réjane, qui n'en avait pas quatre encore.
Sa vie avait été, jusque-là, celle d'un soldat insouciant, et, par conséquent, relativement heureuse.
La mort de sa femme fut le premier chagrin qu'il éprouva, et il en conçut une sorte de mélancolie qui, pendant quelque temps, jeta comme un voile sur son esprit.
Mais il ne tarda pas à reprendre le dessus ; les infinis détails d'une exploitation agricole, les distractions violentes de la chasse, par-dessus tout la surveillance que nécessita bientôt l'éducation de ses deux enfants, tout cela exerça une heureuse influence sur sa nature particulièrement énergique, et une année s'était à peine écoulée, qu'on le citait dans Je pays comme le plus actif et le plus pratique de tous les gentilshommes campagnards.
Henri était alors au collège à Paris ; il s'y était signalé par une intelligence précoce et des aptitudes exceptionnelles, et il était permis d'espérer que, le jour venu, il tiendrait une place importante dans le monde oti il était appelé à vivre.
Quant à la petite Réjane, c'était bien la plus charmante créature qui fût au monde.
Lorsque le général la voyait arriver chaque matin dans sa chambre, avec ses yeux noirs déjà profonds, ses longs cheveux, qui faisaient comme un nimbe d'or à son front, il ne pouvait se rassasier delà regarder, et sa voix rude savait trouver pour elle des intonations qui avaient la douceur d'une caresse ou d'un baiser...
Jamais il ne se serait douté des trésors de tendresse que renfermait son cœur de soldat !
— Ah çà I à quoi penses-tu dont ? Je te trouve tout chose ce soir.
Malheureusement, ce bonheur fut de courte durée.
Un jour, une heure suffit pour détruire les rêves dont il berçait sa vieillesse.
A peine livré à lui-même, Henri avait oublié les leçons d'honneur qu'il tenait de son përe. — Dès les premiers pas, le pied lui avait glissé ou le vertige l'avait saisi, et, emporté sur la pente fatale, il avait roulé dans l'infamie.
Est-il besoin de préciser la faute commise?
La chute fut rapide, presque foudroyante, et elle s'accomplit dans des circonstances qui témoignaient d'une perversité ausei redoutable que précoce.
Le général réussit à cacher à tous la honte de son enfant. A prix d'or, il le
LiV. 2. A, Fay»rd, éditeur.
sauva de l'infamie, et le contraignit à partir pour l'Afrique, lui ordonnant de s'y réhabiliter ou d'y mourir ! . . .
A la suite de cette première épreuve, il eut un moment de calme relatif.
Henri paraissait s'être amendé ; aux lettres que M. de Graçay recevait de ses anciens compagnons d'armes, il pouvait croire que son fils tentait de racheter sa première faute... — Mais ce ne fut là qu'un nouveau leurre, et quelques mois plus tard il apprenait que le malheureux venait de disparaître au moment oii il allait être arrêté^ pour avoir mis en circulation de fausses lettres de change.
L'épouvantable nouvelle le frappa au cœur... Tout espoir était désormais perdu... C'était la ruine et la honte qui le menaçaient et il n'eut plus alors qu'une pensée, celle de vendre le château de Graçay-Ghambrun, et d'aller vivre ignoré avec sa fille, dans quelque localité inconnue de l'étranger.
Tous ces souvenirs passèrent en quelques minutes, avec la rapidité de l'éclair, devant l'esprit du général.
L'horreur que lui inspirait le passé n'était rien en comparaison de ce qui se présentait dans le présent, et, sous l'empire de la surexcitation qu'il éprouvait, ses résolutions prirent en quelque sorte un accent implacable et sauvage.
11 se retourna violemment vers les domestiques, que le bruit des détonations avait attirés, et leur indiqua le moribond qui. était lourdement retombé sur le sol, et dont la poitrine se soulevait par bonds inégaux sous l'effort du râle de Tagonie.
— Portez ce malheureux au château, dit-il d'une voix brève et sèche; vous enverrez chercher le médecin du bourg et l'on avisera [au moyen de le sauver, si c'est possible. Dans'un instant, j'irai moi-même m'asseoir à son chevet.
Puis, promenant son rcgar<i sombre autour de lui :
— Où est Martial? ajouta-t-il en fronçant le sourcil.
— Martial vient de s'éloigner avec le jardinier, répondit un des valets ; ils ont entendu quelque chose du côté du pavillon — et soupçonnant que l'assassin fuyait dans cette direction ils se sont mis à sa poursuite.
Une lueur éclaira le regard du général.
— Bien! c'est bien! répondit-il; allez, mes amis; exécutez ponctuellement les instructions que je viens de vous donner et dans quelques minutes je serai rentré au château.
Les domestiques s'empressèrent de se conformer aux ordres de leur maître; un brancard fut aussitôt installé par leurs soins, et ils ne tardèrent pas à s'éloigner emportant leur sinistre fardeau.
Le général avait suivi tous ces préparatifs avec intérêt... mais dès qu'il eut vu les hommes disparaître, il se redressa de toute la hauteur de sa taille, et secouant le front, il s'élança à la recherche de Martial.
Son cœur se gonflait dans sa poitrine, sa respiration était haletante ; il marchait d'un pas résolu et ferme.
De temps à autre, pourtant, il s'arrêtait brusquement, mordait ses lèvres avec violence, et pressait ses tempes de ses deux mains affolées...
— Non! non! balbutiait-il... Plus de pitié... plus de faiblesse!... Il a tué le père... Il ne trouvera plus que le juge implacable et terrible!...
Tout à coup il prêta l'oreille...
Il était arrivé non loin du taillis qui formait comme une ceinture impénétrable au pavillon, et au moment de franchir cette enceinte... il avait entendu une plainte douloureuse suivie d'une imprécation impie!...
La sueur perla à son front, toute sa chair se prit à frissonner...
L'assassin était là, à quelques pas, blessé lui-même, mourant peut-être.
Le pauvre vieillard sentit une terreur sans nom l'envahir.
Mais il n'eut pas la force d'aller plus avant, et attendit anxieux et glacé.
— Qu'allons-nous faire? demanda alors une voix qu'il reconnut pour être celle du jardinier.
— Pardieu ! répondit Martial, nous n'avons qu'à le prendre, toi par les jambes, moi par la tête, et nous le transporterons chez M. Henri.
— Et après?
— Après? Eh bien!... tu iras prévenir le général, et nous ferons ce qu'il ordonnera.
Les deux hommes s'éloignèrent alors, et le général comprit qu'ils se dirigeaient vers le pavillon.
Dès lors son hésitation céda bien vite, et il se mit à les sui\Te, réglant attentivement sa marche sur la leur.
Depuis quelques secondes, son cœur s'était ouvert à un nouveau sentiment, et, chose bizarre! une sensation aussi profonde qu'inattendue l'avait pénétré tout entier.
Ses artères battaient moins vite... sa poitrine respirait moins oppressée... par instants, de singuliers éclairs sillonnaie/)'. son regard...
— Mon Dieu! mon Dieu!... disait-il, les deux mains sur ses lèvres... si cela était possible!... si Martial s'était trompé!...
Il se tut.
Le pavillon était devant lui.
On venait d'ouvrir une des fenêtres du rez-de-chaussée, et l'on avait allumé une bougie.
C'était le moment critique !
Le général n'y tint plus, et, refoulant les dernières épouvantes qui venaient l'assaiUir, il franchit le seuil de la porte et se précipita dans la chambre où l'assassin avait été déposé.
Ce fut là tout ce qu'il put faire...
Car il eut à peine jeté un regard sur le blessé qu'un immense cri s'échappa de ses lèvres... son cœur se dilata jusqu'à éclater, et il se laissa tomber lourdement sur un fauteuil...
Le blessé... le voleur... l'assassin qui était là... ce n'était pas son fils!
Son ami avait mal vu... Martial s'était trompé !
Henri était innocent de l'odieux guet-apens dont, un moment, il l'avait pu croire coupable !...
La défaillance de M. de Graçay fut du reste de courte durée. Presque aussitôt il revint à la réalité, et repoussant vivement Martial, qui était accouru, il marcha vers le divan sur lequel on avait placé le blessé.
La confiance était rentrée dans son cœur.
La blessure qu'avait reçue le voleur, la célérité avec laquelle on s'était emparé de lui, l'espèce d'anéantissement et de torpeur dans lesquels il restait plongé, tout attestait qu'il n'avait pas eu le temps de dissimuler le produit de son vol, et que le portefeuille soustrait se trouvait encore en sa possession.
C'était le point important.
Ce portefeuille contenait la fortune de sa pauvre et chère Réjane, et à ce moment le général ne voyait rien autre chose.
Le blessé était étendu sur le divan, la tête renversée, les bras pendants le long du corps, les yeux clos.
Sa respiration était calme, et sans la pâleur livide répandue sur ses traits on eût pu croire qu'il ne souffrait pas!...
— 11 dort?... fit le général à voix basse, en s'adressant à Martial.
Celui-ci remua la tête.
— Je ne pense pas ! général, répondit-il. — Seulement, il a perdu beaucoup de sang... et cela Fa afi'aibli.
— Où est-il blessé ?
— A l'épaule.
— Par derrière?
— Précisément.
— Il fuyait alors?
Martial fit un geste singulier, pendant qu'un pli se creusait sur son front.
— Il y a là un mystère que je n'ai pu éclaircir, continua-t-il au bout d'un instant... il est certain que c'est ce misérable qui a dû tirer le premier... il est vraisemblable qu'après avoir tiré il s'est rué sur sa victime pour la dépouiller et cest alors qu'il a reçu une balle dans l'épaule di'oite...
— Eh bien?...
— Eh bien! mon général... voilà oii commence l'étrange.
— Explique-toi...
— C'est que je crois pouvoir vous affirmer que la victime n'avait que des pistolets d'arçon, tandis que la balle qui a frappé cet homme est, bel et bien, une balle de revolver.
— Enfin, quelle est la conclusion?
— Je ne conclus pas, mon général ; je pense seulement qu'il y a là quelque chose de bizarre et qui demande à être expliqué, voilà tout.
Une ombre passa, à cette observation, sur le front de M. de Cstraçay, qui se tourna vers le blessé...
Ce dernier n'avait pas bougé... il conservait son attitude de statue et à peine un œil attentif aurait-il pu surprendre un léger tressaillement sur son visage de marbre.
— Tu ne l'as pas interrogé encore?... demanda M. de Graçay avec un certain tremblement dans la voix.
— Non, mon général, répondit Martial. Seulement, avant de le transporter ici, Anthelme et moi, nous l'avons fouillé.
— Ah!
— Toutes ses poches ont été visitées avec soin.
— Et vous n'avez rien trouvé?
— Rien.
— Mais le portefeuille ! cette fortune que rapportait Georges ! Ah ! vous avez mal cherché, et je veux moi-même...
Quelque répugnance que lui inspirât l'acte auquel il allait se livrer, le général se pencha aussitôt sur le blessé, et il se disposait à procéder à une perquisition rigoureuse, quand il recula effaré et terrifié devant le spectacle qui s'offrit à son regard.
Un rire sec et nerveux venait d'éclater dans la chambre, et l'assassin, pâle comme un spectre, les sourcils contractés, la lèvre tordue par un horrible rictus, s'était levé sur son séant :
— Ah! vous pouvez me fouiller, prononça-t-il avec cet accent intraduisible que l'on n'entend guère que dans les plus mauvaises banlieues de Paris ; la besogne a été faite déjà... mais si le cœur vous en dit... vous pouvez y aller tout de même !
Le général ne répondit pas...
C'est à peine s'il avait entendu!...
Tout entier à l'effarement qui s'était emparé de lui, son esprit tournoyait comme pris de vertige... c'était quelque chose qui ressemblait à un épouvantable cauchemar; il se sentait glisser sur une pente qui l'emportait malgré lui vers des abîmes faits de ténèbres, hantés par des hallucinations faites de fièvre ou de folie.
Jamais il n'avait rien éprouvé de pareiL., jamais non plus il n'avait vu se dresser devant lui une aussi effrayante apparition.
Figurez-vous une tète hideusement convulsée, ombragée de cheveux roux qui masquaient en partie le front, et appuyée sur un cou énorme et nu dont les veines étaient gonflées outre mesure. Une barbe inculte et, pour ainsi dire, hérissée, tranchant sur le ton blême des joues; puis, au milieu de tout cela, deux petits yeux ardents et vifs, d'une mobilité insaisissable et dont les paupières battaient après chaque éclair qu'ils lançaient.
D'où venait cet homme?... de quel monde s'était-il échappé?... à quel cercle des enfers sociaux appartenait-il?
Le général, qui n'avait jamais lu que la loyauté et l'honneur sur le visage des soldats qu'il commandait naguère, restait comme frappé de stupeur, et il n'osait plus ni faire un geste ni proférer une parole.
— Oii suis-je ? quel est cet homme? balbutia-t-il enfin au bout d'un instant, comme au sortir d'un rêve.
— Pour ce qui est de moi, — répliqua le blessé, — on m'appelle Lombard et je serais mal venu à faire mon éloge en un pareil moment. Cependant...
— C'est toi qui as assassiné mon ami?
— Oh! il ne faut pas confondre autour avec alentour, mon général. J'ai tiré le premier coup, c'est vrai. — Mais le second, c'est une autre paire de manches !
— Que dit-il?
— Je m'explique peut-être mal, mais le cœur y est...
Un nuage de sang passa devant les yeux du général, à ces paroles ironiques, et il s'oublia jusqu'à saisir avec emportement le bras du misérable.
— Ah! tu railles ! s'écria-t-il d'un ton saccadé et violent ; mais je te livrerai à la justice... je t'enverrai au bagne, à l'échafaud... entends-tu bien !... et si tu ne parles pas... si tu ne dis pas ce que tu as fait du portefeuille que tu as volé...
Lombard cligna dé l'œil, haussa les épaules et fit entendre une sorte de doux gloussement.
— Eh! eh!... vous demandez des renseignements?... interrompit-il d'un ton goguenard; eh bien! le bureau est ouvert, et vous pouvez passer au guichet... d'ailleurs... la chose est simple comme bonjour, et un enfant saisirait... mais il ne faut pas faire le méchant... car je puis vous être non moins utile que désagréable...
Et comme son interlocuteur le regardait interdit :
— Moi, coniinua-t-il du même ton, je sais comprendre toutes les délicatesses du sentiment, et je ne ferai rien qui puisse ajouter à la douleur d'un père. On a eu aussi des enfants, quoi !... Toutefois il est bien convenu que ce sera donnant donnant, et que si je me tais vous aurez pour mon silence tous les égards qu'il mérite.
— Ah! parle! parle !
— Voici la chose... — Vous avez entendu deux coups de feu, n'est-ce pas I
— Oui... oui... Après?
— Le premier, c'est moi qui envoyais une balle à votre ami, et j'aurais mauvaise g-râce à le nier ; mais le second ! c'était mon copain^ qui, après avoir vu tomber l'homme au portefeuille, brûlait de me refroidir, pour profiter seul du fruit de l'assassinat.
— Tu avais donc un complice ?
— Un enfant, mon général, un enfant sur lequel je fondais les plus légitimes espérances, et qui m'a indignement trompé.
— Et il s'est enfui?
— Sans laisser son adresse... ni dire s'il reviendrait!
Un éclair de joie sillonna le regard de M. de Graçay qui se tourna vers Martial :
— Tout espoir n'est donc pas perdu! s'écria-t-il aussitôt. Martial... tu vas courir chez le juge de paix... Le voleur n'a pu se diriger que vers la Suisse, et en télégraphiant dans cette direction on l'arrêtera avant qu'il ne franchisse la frontière !... Va, ne perds pas de temps... et songe que c'est la fortune de ma pauvre Réjane qu'il s'agit de sauver !
Lombard eut un geste de tendre compassion.
— Là! là! objecta-t-il, prenez garde, mon général; ne mettez pas tant de précipitation dans vos actions... car peut-être vous repentiriez-vous d'avoir aidé vous-même à faire arrêter le coupable.
Le général sentit, à cette insinuation, son sang se figer dans ses veines... et toutes les terribles pensées qu'il était parvenu à chasser revinrent en foule assiéger son esprit.
— Quel est donc ce complice ?... balbutia-t-il d'une voix qui s'étranglait dans sa gorge.
— Je croyais que vous l'aviez deviné! repartit Lombard, mais si vous désirez que je vous le nomme...
— Tais-toi 1...
— Alors, vous y êtes.
— Lui!... lui !... lui !...
Il y eut un moment de silence.
Le général se taisait, atterré et confondu, — et Martial, les mains tendues vers le blessé, se disposait à comprimer ses lèvres, pour l'empêcher de prononcer une parole de plus.
Lombard s'étendit nonchalamment sur le divan.
— Du reste, dit-il avec calme, je n'ai pas voulu vous prendre en traître... et j'espère que vous m'en saurez gré!... Je pouvais tout compromettre en jabotant
avec la justice... il me suffisait de dire un mot, pour que le petit allât passer quelques années sur le quai de Toulon ou dans les îles du Sahit, dont le climat est fort malsain... Rien qu'à cette idée, je me suis senti ému. — Une perte d'argent, ça se répare; tandis que l'honneur, ça se raccommode difficilement... D'ailleurs l'enfant est jeune... il peut se repentir et revenir au bien... j'ai réfléchi à tout cela... et voilà ce que je vous propose...
Les deux hommes relevèrent la tète et écoutèrent.
— J'ai reçu une balle dans l'épaule, poursuivit Lombard d'un ton plus sec et plus ferme. La blessure n'est pas mortelle, et avec des soins attentifs la guérisonest certaine; — c'est une affaire de quelques jours. Le général ne refusera pas de me garder chez lui jusque-là !... et une fois sur pied, dès qu'il m'aura rendu à la vie et à la santé, il me donnera un billet de mille pour m'aider à gagner l'étranger. Cela arrange tout le monde, et j'ajoute que jamais plus on n'entendra parler de Lombard ni de son complice.
Le général avait écouté, le cœur haletant, l'œil ardent, les mains crispées.
Le rouge de la honte, la pâleur de la colère montaient alternativement à ses joues altérées; une résolution inattendue éclairait ses traits; il se pencha sur son interlocuteur.
— Ainsi, voilà tout ce que tu as trouvé? dit-il d'une voix acérée. — C'est par ce moyen que tu espères échapper au châtiment que tu as encouru ?
— En auriez-vous trouvé un meilleur? demanda Lombard avec ironie.
— Il y en a un.
— Lequel?
— Nous voici seuls à cette heure, dans ce pavillon isolé, où nul ne nous regarde ni ne peut nous entendre! Et s'il me prenait fantaisie de te rendre muet à jamais; si, usant des annes dont tu t'es servi toi-même, j'ordonnais à Martial de débarrasser une bonne fois la société d'un misérable tel que toi, crois-tu que la justice me demanderait compte de mon action, et qu'une voix humaine s'élèverait pour crier vengeance en ta faveur?
— Ah! vous ne feriez pas cela !... balbutia Lombard subitement épouvanté. Et comme il se soulevait de nouveau, il aperçut le garde qui venait d'armer
son fusil,
— Général, continua-t-il, ce serait un meurtre odieux!... vous ne frapperez pas un homme sans défense... vous ne commettrez pas un pareil crime!
Le général écarta l'arme de Martial dont le canon s'abaissait déjà vers Lombard. Il était revenu au calme et à la raison.
— Non! dit-il avec effort... non! mon bon Martial. .. n'excédons point notre droit. . . et laissons à Dieu le soin de juger et de punir ! . . .
Puis, pressant une dernière fois son front de ses deux mains, il gagna la porte à pas rapides, et disparut dans la direction du château.
La porte de la ruelle s'était ouverte tout à fait, un homme était descendu dans la rue Basse-du-Rempart. (Page 29).
L'événement qui venait de s'accomplir donna lieu dans le pays à bien des commentaires ; pendant quelques semaines, on en parla avec animation et chacun tenta de pénétrer le mystère dont cette affaire était enveloppée.
Mais nul n'y réussit, et la justice elle-même, dépistée par les réponses de Martial et celles du général, pressentant vaguement quelque chose d'inusité et de supérieur dans ce meurtre dont les auteurs avaient disparu comme par miracle, la justice elle-même, disons-nous, renonça à faire la lumière sur ces ténèbres, et abandonna ostensiblement les poursuites.
LiV. 3. A. Fayard, éditeur.
Du reste, un autre sujet presque aussi mystérieux vint bientôt offrir une nouvelle pâture à la curiosité publique.
Un mois s'était écoulé.
Un matin, vers cinq heures, un omnibus du chemin de fer quitta le château de Graçay-Chambrun, emportant le général, sa fille Réjane et le garde Martial.
A une demi-lieue environ, sur la route qui conduit à la station du chemin de fer, il y a une montée du haut de laquelle on peut embrasser d'un coup d'oeil tout le pays environnant.
Arrivé là, le général était descendu de voiture avec Réjane et Martial,
Puis le père et l'enfant s'étant tournés une dernière fois vers le château qu'ils abandonnaient, ils étaient restés un moment attendris et muets, n osant se communiquer toutes les pensées qui emplissaient leur cœur.
Enfin le général remua rudement la tête, prit les mains de sa fille, et l'attira doucement dans ses bras.
— Nous nous en allons vers un aven ir incertain. — Ma pauvre et chère Réjane, dit-il avec un sanglot, emporte l'image impérissable de la demeure où se sont écoulées les belles années de ton enfance... et tâche de puiser, dans ce souvenir, le courage d'affronter les épreuves que te réserve peut-être la vie nouvelle où tu vas entrer...
Alors il embrassa follement le front de la jolie enfant, et l'entraîna vers la voiture qui les attendait à quelques pas.
Une demi-heure plus tard, ils serraient les mains de Martial, qui sanglotait, et montaient dans le train de Paris.