PREFACE
Il suiïira de quelques lignes pour indiquer l'objet de celte étude et l'esprit dans lequel elle a été conçue.
Ce n'est. ni un livre de polémique, ni une œuvre politique. Encore que la liberté d'enseignement soit aujourd'hui comme un champ clos où tous les partis s'enlre-choqucnt, on s'est abstenu de toute allusion directe aux événements contemporains qui agitent si profondément le pays; on s'est systématiquement abstenu de mentionner aucune des lois récentes dont la discussion et le vole ont eu un si grand retentissement, aussi bien que de citer les noms de leurs auteurs.
On a voulu étudier en lui-même le vaste et passionnant problème de la liberté d'enseignement, abstraction faite des incidents qui le compliquent et le dénaturent. On a essayé de l'examiner de sang-froid, dans son ensemble, en s'aidant des enseignements de l'histoire, des exemples de l'étranger et de l'élude de la nature humaine, sans faire appel à aucun argument emprunté au credo d'une religion révélée : non que l'on en conteste ou que l'on on méconnaisse la valeur, mais parce qu'il pourrait y avoir là une cause de dissentiment et de division. Or, la cause de la liberté d'enseignement est dç
VI PRKFACE
celles qui peuvent réunir pour leur défense tous les hommes de bonne foi et de bonne volonté, croyants ou incroyants, pourvu qu'ils aient au cœur, avec le respect des droits d'autrui, un sincère esprit de tolérance et de patriotisme.
Cette étude abstraite et, pour ainsi dire, désintéressée pourra sembler hors de saison dans la période de lutte ardente et de chocs violents que traverse la France. 11 nous a cependant paru préférable de lui conserver ce caractère, de contenir, de refouler au fond de notre cœur les élans d'une indignation trop naturelle et d'essayer de nous élever au-dessus de la poussière de la mêlée, au-dessus de la fumée du combat pour tacher de discerner où est la justice, où est la vérité, sur quelles bases pourra, un jour, se faire la réconciliation.
Plus nous avons poursuivi notre travail avec cet esprit et dans ce but, plus nous avons senti grandir et se fortifier notre foi dans la vertu de la liberté, dans son action salutaire, dans son impérieuse nécessité ; plus aussi nous avons éprouvé un étonnement douloureux en constatant à quel point cette vérité, qui partout ailleurs gagne du terrain, paraît en perdre dans notre pays.
S'il est un fait qui ressorte avec une évidence manifeste de l'histoire du monde civilisé, c'est bien, en effet, la marche de rtiumanilé vers la liberté au cours du xix" siècle; c'est, en particulier, l'affranchissement des consciences, c'est la série de conquêtes faites par la liberté d'enseignement.
Et, cependant, depuis une vingtaine d'années, nous voyons se produire en France un tenqis d'arrêt, bien plus, un mouvement de recul des plus accentués. On entend de soi-disant démocrates et de prétendus hommes de progrès reprendre avec ardeur toutes les thèses de l'ancien régime, toutes les