LE GOUVERNEMENT DES BANQUIERS
del’Action française, en un de ses brefs et lumineux billets
dont la réputation est mondiale, la première définition exacte de l'étonnante conférence de Londres : C'est, disait-1l, un essai de gouvernement du monde par les banquiers. Après ce Jet de lumière, toute la presse a reproduit ou repris à son compte les définitions de Bainville. Voilà une vérité qui devient populaire, en même temps que ceux qu'elle met en lumière deviennent impopulaires.
Les banquiers (et ici il faut entendre les grands financiers), les hommes d'argent ont toujours été mal vus dans tous les pays et particulièrement dans le nôtre. Il n'en reste pas moins qu'ils gouvernent la France depuis près d'un siècle, à travers des gouvernements différents, mais par les mêmes moyens : la manœuvre de la presse et des institutions par lementaires. Partout où il y a un Parlement, le banquier est roi. Mais roi caché, régnant et gouvernant sous le nom d'autrui. Depuis quelques années, le banquier se découvre: C'est une grosse faute. La grande erreur que les ban-
l y a deux semaines, Bainville a donné, à la première page
quiers internationaux commettent depuis la guerre, c est dese montrer. On les voit trop aux conférences internationales. [ls apparaissent investis d'un trop grand pouvoir. Cela finira mal. Les peuples acceptent pour maîtres avoués des sages ou des fous, de vrais princes ou de vilains démagogues, des saints ou des hommes cruels, et parfois des hommes qui eraient mieux à leur place dans les bagnes. Mais ils ne peuvent tolérer des hommes d'argent. Et lorsqu'ils s'aperçoivent qu'ils sont dominés par l'argent, les choses tournent mal.
Les peuples ont raison. L'Argent ne peut être un gouvernement. Les hommes d'argent sont les plus détestables des maîtres. Parce que ce ne sont pas des chefs. Les argentiers ne sont que des argentiers, c'est-à-dire des hommes qui connaissent l'art de concentrer l'or du monde, de le faire circuler, fructifier, multiplier. Mais ils ne connaissent pas l'art de manier le fer, qui est en définitive la dernière raison (et la raison toujours présente, bien que cachée) de tous les gouvernements, qu'ils soient royaux, impériaux, républicains où communistes.
Les banquiers ont beaucoup de peine à comprendre qu'ils ne peuvent être que des serviteurs, des personnages subordonnés. Se voyant maîtres des capitaux, contrôleurs de la circulation, pourvoyeurs des finances de l'État, ils sont portés à se croire effectivement les maîtres. Ils le sont parfois, tant que leur gouvernement reste occulte. S'il devient public, rien ne va plus. La révolte commence.
Si vous voulez comprendre les raisons de ce fait, imaginez ce qui se produirait si un grand banquier régnait et gouvernait officiellement en France au nom de son pouvoir d'argent. Vous voyez qu'il ne conserverait le pouvoir qu à l’aide d'une garde et d'une forte garde. Le chef de sa garde serait dans l'obligation d'avoir sa troupe bien en mains. Il vous apparaît tout de suite que l'arbitre de la situation serait le chef des
gardes, qui s'en apercevrait avant vous, et qui, à la première occasion, ferait une révolution de palais et réduirait le plou: tocrate au rôle d'argentier, aux applaudissements du peuple et selon la justice.
La difficulté avec les grands banquiers vient toujours du fait que, tenant parfois les États, les vrais ou les faux princes à leur discrétion par le moyen financier, ils se croient les vrais maîtres du pouvoir, les vrais chefs. Et c'est au moment qu'ils se croient les vrais chefs et qu ils veulent agir comme tels, que tout casse. Ils se croient chefs parce qu'ils ne savent pas ce que c'est qu'un chef. Ils ignorent qu un chef n'est pas un homme qui compte des écus : ils ignorent qu'un chef est un homme dont la volonté, dont l'imagination a prise directement sur les esprits, sur les cœurs, sur les volontés d'un peuple, sans le secours d'aucun moyen financier. Et ils l'ignorent parce qu'ils croient que l'argent peut tout sur les hommes, ce qui est absolument faux. Et c’est pourquoi ils ne pourront jamais comprendre ce que tous les peuples savent : que Richelieu était un chef, que Bismarck a été un chef, que Mussolini est un chef, que Lénine (malgré toute l'horreur que m'inspire son œuvre) a été un chef ; mais que Laffitte n'a jamais été qu'un financier, Mossieu Thiers un bourgeois politicien, M. Raymond Poincaré un grand avocat, et Morgan et Toeplitz et Finaly des manieurs d'argent. Avec les hommes de la deuxième et de la troisième catégorie on peut faire, provisoirement, des syndicats d'exploitation d'un pays ; on ne fera jamais un gouvernement.
C'est ce que les grands financiers de notre temps ne veulent pas admettre. [ls se croient les maîtres du monde parce qu ils
ne trouvent guère devant eux, dans la plupart des pays, que des gouvernements d'avocats, qui ne savent manier ni l'or ni le fer. À la tête d'un grand nombre de gouvernements, la démocratie, dirigée par la ploutocratie, a placé de vagues gérants de Sociétés anonymes qui ne sont guère plus qualifiés, pour diriger les affaires d'une nation, que ne le sont, pour diriger les affaires financières, les messieurs extraits du Bottin mondain et de la diplomatie que l'on place dans les conseils des hautes banques. Tout ce personnel tremble devant ce que l'on appelle les problèmes financiers, lesquels n'existent que pour les gens qui en ont peur. Les financiers ont la prétention de poser leurs conditions aux nations, aux chefs d'État. De vrais chefs d'État, qui connaîtraient le langage du fer, sauraient poser leurs conditions aux financiers, ce qui n'est pas difhcile dans le temps où nous sommes. Mais, pour le moment, les financiers ne craignent pas le langage du fer parce qu'ils croient que l'époque du fer est finie, depuis qu'ils emploient des militaires comme grands démarcheurs, et des révolutionnaires à la manque comme excitateurs de l'opinion publique. C'est ce qui les amène à s'associer par-dessus les frontières pour tenter ce gouvernement du monde par les moyens financiers dont Bainville parlait, il y a quinze jours. La finance internationale, que des personnes peu clairvoyantes regardaient encore l'an passé comme un mythe, devient une réalité aveuglante.
Chose curieuse, son existence est niée par ceux qui devraient être les plus ardents à lutter contreelle. J'ai sous les yeux un article publié par l'/nternationale syndicale rouge, où un écrivain communiste, dont j ignore le nom, dénonçant le Comité des États généraux comme la grande entreprise fasciste, déclare vide de sens le passage du manifeste des États généraux où l'on appelle les Français à unir leurs efforts «contre la révolution et la finance internationale ».
Les mots & et la finance internationale », écrit notre commu niste, cela fait bien dans le programme, c'est le cas de le dire; mais personne, pas même l'auteur du manifeste, ne sait ce qu cela veut dire. Ce sont les expressions démagogiques habituelles aux bourreurs de crânes.
Je crois que le Comité des États généraux et l'auteur du manifeste savent très bien ce que veut dire (finance interne tionale ». Le Comité n'a pas encore publié ses explications | sur ce sujet. Mais il y a beaucoup de Français qui pourraient M fournir à ce communiste si éminemment ignorant tous les éclaircissements désirables. Nous ailons lui en donner quel: ques-uns.
La finance internationale, c'est l'ensemble des financiers, dont la plupart sont d’ailleurs d'Israël, qui trañiquent par dessus les peuples, les nations, et qui entendent subordonnet les intérêts nationaux de tous les peuples au rendement cap taliste des capitaux qu'ils administrent.
L'agriculture, une grande partie du commerce et de lindustrie, une bonne partie des établissements bancaires sont nationaux dans les différents pays de la chrétienté, c'est-àdire que leur action est subordonnée à l'intérêt national; leur objet, conscient ou inconscient, est de permettre à une nation de vivre par ses propres moyens dans la plus large mesure possible. Mais il y a une finance, internationale, pour qui cet intérêt national n'existe pas, et qui ne connaît d'autre loi que celle de ses capitaux. Par exemple, elle s oppo sera à la fabrication en France de tel produit, même néces saire à la défense nationale, s’il est dans ses intérêts de le réserver à un trust étranger dont elle contrôle les finances. Ou encore elle interviendra dans la politique française, contre l'intérêt français le plus évident, pour favoriser les combinaisons que ses associés de Londres et de New-York font avec les financiers ou les industriels allemands.
Notre communiste n’a-t-il vraiment aucune idée de cette finance? Est-il à ce point ignorant qu'il n'ait jamais entendu parler de Finaly (Horace) qui est, en France, le plus éminent représentant de cette finance internationale? Sil ignore vraiment ce personnage si intéressant, nous allons lui fournir quelques brèves indications sur son action.
Chacun sait que M. Finaly (Horace) est avec son adjoint, M. Rhein, l'âme, l'intelligence et le cœur (si l'on peut dire) de la Banque de Paris et des Pays-Bas, laquelle contrôle, en France, un nombre respectable de milliards investis dans des entreprises financières et industrielles.
M. Finaly (Horace) est précisément, actuellement, le financier qui a les plus grandes prétentions au gouvernement des affaires françaises et dont l'action est le plus souvent opposée à l'intérêt français.
Quelques exemples que je choisis parmi ceux que j'ai été amené à voir d'un peu près :
Qui a entrepris de mettre la main sur la presse quotidienne, par les moyens de la publicité, de la fourniture du papier, ete. pour le compte des intérêts américains représentés par la Standard Oil? Finaly.
Qui a essayé (et en partie réussi) de faire passer la Compagnie des Vagons-Lits sous un contrôle où les intérêts allemands étaient fortement représentés? Finaly, associé avec Toeplitz de la Banca commerciale italiana.
Qui a essayé de constituer le trust du papier pour tenir les journaux à sa merci? Finaly.
Qui s'est opposé aux efforts faits par les Français pour libérer la France de ses fournisseurs étrangers de pâte et de
papier, pour les mêmes raisons que ci-dessus? Finaly.
Qui a organisé le silence sur les problèmes monétaires afin de laisser les Français dans l'ignorance des causes du trouble économique où ils sont depuis six ans? Finaly.
PE Res.
Qui a suggéré au ministère des Finances, au commencement de 1924, de préparer des lois tyranniques pour empécher les Français de traiter entre eux en une valeur stable? Finaly.
Qui a été le grand bénéficiaire du trouble monétaire, de la baisse du franc? Qui a fait sur la fortune française des rafles énormes à la faveur des mouvements de hausse et de baisse du franc? Final.
On pourrait allonger ce questionnaire. Limitons-le maintenant aux questions proprement politiques :
Qui a patronné sans cesse, depuis la guerre, les politiciens qui entretiennent ou accroissent le déficit, et abandonnent nos revendications sur l'Allemagne? Final.
Qui a patronné et patronne Painlevé, Herriot, le Bloc des gauches? Finaly.
Qui a organisé les premiers actes du Bloc des gauches? Qui a organisé, dirigé la chute de Millerand? Final.
Notre communiste ignore-t-il tout cela? Ou veut-il l'ignorer pour ne pas avoir à s étonner de la concordance des campagnes menées par certains communistes et des campagnes préparées, voulues, dirigées par M. Horace Finaly?