L'UNION DES PRODUCTEURS
La volonté du gouvernement a pu s'afñrmer parce que l'union des producteurs s'est faite contre l'inflation. C'est aujourd'hui que l'on peut mesurer la valeur des efforts qui ont été faits, en juin, à la Semaine de la Monnaie; :
La Semaine de la Monnaie n'a pas été conçue comme une affaire académique, ni comme une œuvre sans lendemain. Elle avait pour objet, essentiellement, de propager des vérités acquises, de soumettre ces vérités à une critique, et de réaliser l'union des producteurs en vue d'une action précise à engager le moment venu. Son œuvre ne se terminait pas au banquet de clôture. Au contraire, elle commençait ce jour-là. Les séances tenues n'étaient que la préparation de l'action.
Les inflationnistes avaient eu toute liberté d'exposer leur thèse. Il y en avait quelques-uns dans la salle, et qui furent assidus aux séances.
Pas un nosa exposer la these inflationniste. Les vœux et résolutions contre l'inflation furent votés à l'unanimité.
La preuve fut donc faite que :
Les producteurs sont, par leurs corps organisés, hostiles à l'inflation ;
La thèse inflationniste est une thèse que personne n'ose soumettre à une discussion publique, ofhcielle.
C'est ce que les organisateurs voulaient d'abord établir. Ce résultat acquis, on aurait le droit de passer à l'action.
En vue de l'action, :l fut proposé à l'assemblée une résolu tion (et non un vœu) qui fut votée à l'unanimité. Je la reproduis encore une fois :
La SEMAINE DE LA MONNAIE...
Condamne de façon catégorique toute émission de billets pour les besoins de l'État 5 Prend acte de la décision des associations adhérentes d'unir leurs efforts pour s'opposer à tout nouveau recours à l'inflation fiduciaire en vue de couvrir des dépenses publiques. Après quoi, une autre résolution fut votée, à l'unanimité, par laquelle la Semaine chargeait {le comité d'organisation et d'études, devenu comité exécutif permanent de la Semaine, de poursuivre l'exécution des vœux et résolutions, et de travailler à la liaison entre l'État, les groupements d'intellectuels, les associations industrielles, commerciales, agricoles et ouvrières, en vue de hâter V2 l'assainissement de la situation financière et monétaire ». fl Voilà les résolutions capitales de la Semaine qui lui permettaient d'être autre chose qu'une manifestation acadeémique. La Semaine, faite pour éclairer les producteurs sur toutes les conséquences de l'inflation, réalisait l'union des producteurs contre l'inflation, et son comité recevait les pouvoirs nécessaires pour provoquer une action concertée, si cette action devenait nécessaire. On était donc en mesure
de faire front contre les inflationnistes.
LA CAMPAGNE INFLATIONNISTE Après la Semaine de la Monnaie, les inflationnistes se
turent, mais rentrèrent en campagne, obscurément d’abord. L'inflationniste craint le grand jour et, quand il se montre,
c'est en empruntant l'habit de l'anti-inflationniste. Les inflationnistes condamnent presque tous l'inflation pure et simple ; ils cherchent une inflation déguisée, ( gagée », disent-ils. Il y a présentement une douzaine de projets d'inflation ( gagée » dont les gages sont d’ailleurs tous dans la lune. Le bon | M. Chavenon, lui, propose une inflation modérée, limitée. | Ces projets font quelque impression sur des industriels dont les affaires sont difficiles, et qui sont plus débiteurs que: créanciers. Cela fait même impression sur quelques industriels qui sont en prospérité, mais qui ne voient pas beaucoup plus loin que le bout de leur nez. Et il y a un certain nombre de banquiers, spéculateurs en changes, pour qui l'inflation est une opération fructueuse. Avec ces complices, les Sirènes faisaient figure à la fin de l'été 1922. On répandat un livre de M. Albert Despaux, préfacé par M. Chavenon. On vit un grand banquier parisien proposer ouvertement une reprise de l'inflation. On répandait le bruit que les { industriels » réclamaient l'inflation. Aux industriels, on | allait jusqu'à dire que la Banque de France elle-même était inflationniste.
Aïnsi faisait-on le siège du ministère des Finances, lequel n'est que trop porté, naturellement, à entendre ces voix qui lui suggèrent le moindre effort. Soyez assurés que le | ministre des Finances possède lui-même la saine doctrine monétaire, mais, dans les difficultés où il se trouve, si on lui montre une opinion publique réclamant l'inflation, comment voulez-vous quil mette ses propres principes en application? Des gens bien intentionnés lui disaient, par l'organe de publications respectables, qu'il pouvait continuer impunément de demander des avances à la Banque de France. Bref, le ministre des Finances se voyait isolé.