Dcspine (d'Aix), np. cil., p
3tV^ ACCIDENTS MENTAUX DES HYSTÉRIQUES
curieux, rélectivité, la prôfércnce que le sujet paraît accorder à la personne qui la endormi et le dirige. Il ne sent que les contacts de cette personne, il n'entend que ses paroles, ou plutôt il ne perçoit que certaines sensations et reste distrait pour toutes les autres. L'électivité s'explique de la même manière que l'anestlîésie hystérique, par un choix que le sujet fait automatiquement de certaines impressions pour les rattacher à sa personnalité, à l'exclusion des autres.
Quand cet état somnambidique se développe naturellement, il est rempli tout entier par une idée iixe qui, au lieu d'obséder simplement l'esprit, se développe et se réalise complètement. Une hystérique décrite par M. Saint-Aubin rêve à son mari qui vient de mourir; elle entre dans un état somnambulique et s'en va au cimetière se coucher et s'endormir siii' la tombe; elle se réveille sans pouvoir ex[)liqucr comment elle est là. Ce n'est que dans un nouveau somnambulisme, provoqué cette fois, qu'elle peut raconter et son rêve et son expédition. Nous avons vu que Gibi... rêvait constamment à la mort de sa nièce et dessinait à son insu une fenêtre, ou écrivait une lettre à Pauline. Dans la nuit, et plus tard au milieu du jour, elle laisse cette idée envahir entièrement son esprit; alors elle perd la conscience, ne se rend plus compte de rien et se lève brusquement. Elle court à une fenêtre pour se précipiter comme Pauline. La perception des objets extérieurs existe en partie, puisqu'elle sait tiouver et l'escalier et la fenêtre, mais les autres personnes présentes ne sont pas vues, il y a là un phénomène d'électivité analogue à celui du somnambule artificiel pour son magnétiseur. De la même manière, Sm... prend son oreiller dans ses bras, il se lève malgré sa paraplégie qui disparait à ce moment et se sauve sur les toits. C'est qu'il rêve à enlever son enfant et il ne perçoit les objets que dans la mesure où ils s'accordent avec ce rêve. D'ailleurs quand ils se réveillent, ni Gib... ni Sm... n'ont aucun souvenir de ce qu'ils viennent de faire, il faut les remettre dans un état somnambulique pour que le souvenir des actes précédents réapparaisse.
5" Somnambulisme complet. — M. Azam a employé ce nom pour désigner l'un des états psychologiques de Félida', il nous
T. Azam, Hypnotismr, double conscience et alléralions de la personmiUlé, 1887, p. i33.
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semble s'appliquer avec justesse à des somnambulismes artiliciels, aussi bien qu'à des somnambulismes naturels.
Nous avons eu l'occasion de constatei- cet état à plusieurs reprises chez des hystériques, et nous l'avons décrit avec soin, car nous V attachons une assez grande importance'. Les malades peuvent outrer directement, ou j)lus souvent à la suite d'états sMmtiamhnlifjues analuoucs aux pi'écédents, dans un état particulii-r <»ii ItMii inlriligence srmltlc [ireiulre son j)liis grand dévchq)- |)ement. Ils retrouvent les si)uvenirs de toute leur vie, ils peuvent raconter leurs délires, leurs rôves, leurs somnambulismes précédents. Ce retour de la mémoire accompagne, comme on pouvait le prévoir, une restauration .de toutes les sensibilités ; tous les stigmates hvstériqucs, lanesthésie, le rétrécissement du champ visuel, les troubles du mouvement ont complètement dispai'u. Enfin la suggestibilité n'existe plus, le sujet obéit volontairement, mais il n'a plus ces actes automatiques dont il ne se rendait pas compte. En un mot la personnalité semble reconstituée d'une manière complète. C'est un cas de ce genre que décrivait Despine quand il nous montrait Estelle, anesthésique et paraplégique pendant la veille, mais parfaitement sensible et courant dans la montaono en somnandjulisme : « Elle ne sonee plus qu à cueillir des Heurs et à courir toute la journée en crise (somnambulisme) depuis dix heures du matin jusqu'à neuf heures du soir". »
Pour ne pas répéter les exemples que nous avons déjà publiés, nous insisterons seulement sur une observation curieuse qui peut servir de transition entre les somnambulismes artificiels et les secondes existences qui surviennent quelquefois naturellement. En 1887, M. .Iules Janet, alors interne à la Pitié, eut l'occasion d'étudier dans le service de M. Brissaud une jeune fdle de -ao ans souvent citée dans ce travail sous le nom de Marceline. Cette jeune fille, atteinte depuis longtemps de vomissements hystériques et de rétention d'urine par spasme du sphincter, était arrivée au dernier degré de l'alVaiblissement. Tous les movens avaient été employés depuis longtemps sans qu'on fut parvenu à lui faire conserver le moindre aliment; elle restait inerte dans son lit, entièrement anesthésique et ses membres présentaient la cata-
I. Automatisme psychnlmiiqiie. pp. 87, loô, 178. 3. Despine (d'Aix), op. cit.. p. 5G.
Janet. — Ilvstéric. a4
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lopsio j»;iiiIoll<' (|iiaiul on les soiilex ;iil . M. .Iiilcs .hiiuM it'iissit à la mettre dans un étal de soninanihnlisnie (|iii elait fort sinp^iiliei\ ear dans cet état la malade mangeait cl uilnait sans ancunc dilllculté. On remarqna aussi (jue, pendant ee somnand)ulisine, elle était redevenue sensible et que ses mejnhres ne restaient plus en état ealalepti(jue. Réveillée, la malade ne vomit rien de ce qu'elle avait mangé en somnambulisme, mais retomba immédiatement dans l'étal <ui elle était précédemment sans pouvoir rien absorber ; en outre, elle était de nouveau aneslhésique et présentait l'oubli le plus complet de tout ce qui venait de se passer pendant le somnambulisme. Il fut donc bientôt nécessaire de la rendormir pour la faire manger, puis de la réveiller de nouveau. Malgré tous les elTorts, malgré toutes les suggestions, il fut impossible d'obtenir l'alimentation et la miction penilant la veille : la malade sendjlait entièrement guérie jjendant le somnambulisme et retombait dans un état lamentable aussitôt après le réveil. On en vint peu à peu et tout naturellement h la laisser plus longtemps dans son état somnandiulique, quelques heures, puis une jouinée, puis plusieurs jours avant de la réveiller. l'JIe se réveillait toujours avec l'oubli complet de la ])ériode somnanibulique, avec son anesthésie et ses vomissements.
La mère de cette jeune fille, la voyant un jour dans celte période de somnambulisme où elle paraissait si bien portante, la trouva suffisamment guérie et la fit sortir de l'hôpital. Tout alla bien pendant quelques semaines, mais quand arrivèrent les époques menstruelles, il se passa un fait inattendu : M... se réveilla complètement et spontanément. La voici de nouveau malade, mais en outre elle a oublié tout le mois qui vient de s'écouler, ne comprend rien, s'elTraye et semble en délire. Que pouvait-on faire de mieux, si ce n'est la remettre en somiuunbulisme, ce qui fit disparaître immédiatement tous les accidents? Depuis il a lallu rendormir Marceline tous les mois. M. Jules Janet l'a fait régulièrement pendant quelque temps, je me suis occupé moi-même de cette malade depuis trois ans; en réalité, voici cinq ans que celte jeune fille est maintenue dans un état que l'on peut appeler un somnambulisme. C'est dans cet étal qu elle s'est fait une carrière et qu'elle a passé des examens assez didiciles. Ses juges ne se doutaient pas qu'ils examinaient une somnambule, (^c mot estil encore juste quand on parle d'un cas semblable? 11 le devient de moins en moins, l'^n elfet, ce mol désigne un état distinct de
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la Acille et oppose a la veille. ()i', ici jt-tal priinitir on état dit de veille n'existe plus guère, il se reproduit rarement et incomplètement d'une manière spontanée, la malade devient insensible, vomit un peu, et oublie une partie des souvenirs précédents; il est lacile de la renieltrc dans un ('tal plus complet. L'état de veille ne se reproduit plus complètement que si on le provoque volontairement en rf'veillant le sujet. M... est alors très malade et absolument incapable de se conduire, car elle a oublié les cin({ années qui viennent de s'écouler. Nous I avons laissée deux jours dans cet état pour constater si cet oubli était bien réel. Les maladresses de la malades avec des étrangers, maladresses qui com promettraietit la situation qu'elle a acquise non sans peine, emp«*chent de continuer et de répéter cette expérience. Le somnambulisme provoqué est devenu chez cette malade une seconde existence plus complète que la [iremière et s'est entièrement substitué à elle.
Des faits de ce genre se sont produits très souvent d'une façon naturelle; l'histoire de Félida, celles de Mary Reynolds, de Ilab... sont bien connues. La plupart de ces observations ont été réunies dans la thèse récente de M. Laurent'. Nous remarquerons seulement que chez la plupart de ces malades, il y a un état complet pendant lequel les aneslhésies disparaissent et la mémoire s'étend sur toute la vie; dans cet état également les malades sont plus joyeuses, plus énergiques". D'ordinaire c'est cet état plus complet que l'on considère comme le somnambulisme, tandis que l'état le plus incomplet est appelé l'état premier ou état de veille. D'ordinaire aussi c'est l'état second ou somnambulique qui finit par envahir toute la vie. Félida et Marv Kevnolds devenues âgées restent uniquement dans cet état second. Enfin chez beaucoup de malades, il se fait un mélange, une confusion des deux états : « Chez Félida les tares hystériques qui n'existaient d'abord que dans l'état premier se sont manifestées aussi dans l'état second *. » Chez Marcelinequc nous venons de décrire, la sensibilité, qui était complète au début dans l'état de somnambulisme, est aujourd'hui incomplète, les stigmates hvstériques existent aussi aujourd'hui dans l'état 2 mais moins fortement que dans l'état i. L'état