DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Le fond et les principales idées de ce livre furent Tobjet de mon cours au Collège de France, il y a cinq ans.
Depuis lors, frappé des envahissements de FÉtat moderne et des énormes dangers dont ils menacent Ic^ sociétés appartenant à la civilisation occidentale, j'ai publié, dans la Revue des Denoc-Mondes^ en 1888 et 1889, cinq des Études qui composent ce livre.
Je les ai ici remaniées, étendues, précisées. J'y en ai joint de nouvelles.
Je présente avec confiance au lecteur cet ouvrage qui traite de Tune des questions les plus importantes de ce temps.
11 m'a semblé que Topinion publique se trompe, souvent môme celle des plus doctes, sur la nature de TElat, ses origines, ses moyens et sa fin.
11 m'a paru aussi que FÉtat moderne, c'est-à-dire TEtat plus ou moins électif, dont le mécanisme a été sou-
yjjj PllÉFACE,
vent êliidio en détail, est encore mal connu de la généralité de ceux qui en dissertent.
On dirait une machine dont on aurait merveilleusement décrit chacun des rouages, mais dont on eût négligé d'examiner et de caractériser la force motrice, les conditions nécessaires jiour que celte force agisse avec régularité et continuité.
Plus que tout autre, TÉtat moderne est délicat, précaire, corruptible, enclin à l'oppression.
Nos contemporains, éblouis par le résultat soudain du développement des connaissances et de l'instruction, tendent à perdre de vue que l'intelligence ne suffit ni à un homme ni à une nation, et que le grand ressort humain c'est encore la volonté.
Les envahissements de l'État, en restreignant laliberté individuelle et la responsabilité personnelle, énervent la volonté.
C'est par là que les nations sont exposées à déchoir, Je m'estimerai heureux si ce livre peut jeter quelque clarté sur tous ces points si négligés.
Paris, le 23 octobre 1889.
ET