CONCLUSION
Il nous siifflt de quelques lignes pour résumer tout cet ouvrage.
Nous avons étudié et les origines de l'État et su nature concrète.
Organisme pesant, uniforme,, lent à concevoir et à se mouvoir, il est propre à certaines tâches générales. La faculté inventive, le don de l'adaptation rapide lui manquent.
Les progrès humains et sociaux, on Ta vu, c'est l'initiative libre des individus, des associations ou du mili u social plastique^ qui les a effectués.
L'Etat n'est pas le cerveau de la société; il n'a aucun titre, aucune aptitude, aucune mission, pour la diriger et lui frayer les voies.
On a vu quel instrument délicat et imparfait, en dépit de ses vastes ambitions, est l'État moderne. C'est la proie de tous les engouements successifs.
Il est assujetti à des servitudes qui restreignent sa liberté de jugement. Quand il sort de quelques grandes fonctions conservatrices, il est exposé à n'agir qu'avec passion, avec caprice, sans mesure.
Le développement de ses attributions rend le contrôle de
436 L'ÉTAT MODERNE ET SES FOxNCTlONS.
ses opérations chaque jour plus difficile. Nulle Cour des comptes n'y pourra bientôt sullire.
Multipliant ses subventions, ses dons, ses fonctionnaires, il arriverait à supprimer en fait toute liberté électorale et oute liberté politique.
Comment un peuple serait-il libre à Tégard du pouvoir, quand une grande partie de ce peuple se composerait de fonctionnaires et que, à côté de ceux-ci, un nombre considérable de citoyens attendrait de l'Etat des dons, des encouragements, des faveurs?
La liberté industrielle périrait bientôt avec la liberté politique. Ces énormes rouages de l'État, prenant dans leurs engrenages tous les efforts privés, finiraient par les lasser ou les briser.
C'est au pur collectivisme que graduellement certains docteurs veulent conduire l'État moderne. Ils l'y acheminent par des chemins détournés, par des étapes discrètes.
Or le collectivisme partiel ou le collectivisme total, c'est, à des degrés divers, la déchéance de la civilisation européenne (1).
On se flatte de l'idée que les nations ne peuvent pas rétrograder, que, grâce à l'imprimerie et aux écoles, toute connaissance acquise appartient dolinitivement à l'humanité qui ne pourrait la perdre.
Rien ne prouve que cette confiance ne repose pas sur un préjugé.
La civilisation ne consiste pas seulement en connaissances. Elle se compose aussi d'habitudes morales : le goût de l'initiative individuelle, l'esprit d'association libre, l'amour de l'épargne, la responsabilité personnelle.
Que cet élément moral s'affaiblisse ou disparaisse, et les
(1) On peut consulter notre ouvrage Le collectivisme^ examen critique du nouveau socialisme^ 2® édition, Guillaumin, éditeur.