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LE SERVICE DE SËCURITË

La sàcurilé collective de la oalioii fil la sÉcurité privée de l'individu — La prRmiire a toujours été considËrèe comme la fouctioD primordiale de l'Étal, page 98. — Le gouvememeut est toujours apparu d'abord comme un appaml militaire et diplomatique, page 09.

L'État moderne, c'est-à-dire l'État élcctit et floltaot, semble compromettre è. la longue la force de cet appareil militaire et diplomatique qui reste essentiel aux natious. page !)I).

L'État moderne offre des garanties médiocres pour la dérense tatrar de la nation, page IIU. — EspÉrancee siiperflci elles en la paix perpétuelle, soit au dehors, soit au dedans ; raisons de querelles qui subsisteut, page 101.

La sécurité pour les particuliers ne vient qu'après la sécurité pour la Dation elle-même : développement, en intensité et en précision, des services de sécurité intérieure, page 102.

Extensions réceutes du service de sécurilé, page 103. — Problèmes très délicats qu'elles comporteDi ; service des épidémies, service pénitentiaire, page 103. — Le service de sécurité tend k revenir, par certnins points, k la barbarie primitive, page lOS.

L'État moderne, courbé sous la servitude électorale, n'est pas toujours dans d'excellentes conditions pour garantir complètement la sécurité des biens, sinon des personnes, page 106.

La première fonction de ['Élat, c'est de garantir la sécurité : la sécurité collective de la nation, la sécurilé particuliëre de l'individu et de ses droits.

Sur ce point, il n'y a pas de contestation de principe. L'application prête ft plus de difficultés.

I, comme je viens de le dire, deux sortes de sécurité, ontre tout danger extérieur, l'autre contre les désoritestins. La première a été considérée de tout temps ; la l&clie la plus essentielle de l'État. II importe, en

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effet, par-dessus tout, que la nation vive, conserve ses limites, ne soit assujettie à aucune oppression, à aucun tribut vis-à-vis de l'étranger, qu'en outre elle ait une sufQsante confiance dans l'organisation de ses forces pour n'être distraite de ses tâches quotidiennes par aucune panique.

C'est pourquoi le gouvernement est toujours apparu aux peuples comme étant d'abord un appareil militaire et diplomatique.

Quelques nations jeunes, placées dans des conditions spéciales qui ne seront peut-être pas éternelles, les États-Unis d'Amérique, par exemple, n'ayant pas de voisins, semblent échapper A cette destinée commune des nations. 11 serait téméraire de dire que ce sera pour toujours. Ces pays jouissent, en ce moment, par ces circonstances d'origine, de cet inappréciable avantage de pouvoir consacrer moins d'efforts, moins d'esprit de suite, à leur armée, à leur marine, à leur diplomatie. Cette exception ne doit pas nous par^tre un modèle. Il serait fou de notre part de prétendre la copier (i).

Tout ce qui, dans la consULution de l'État, porte atteinte à la cohésion des forces nationales, à leur préparation en temps de paix, à la continuité des vues dans l'armement et dans la direction politique extérieure, doit être considéré comme contraire à la notion même de l'État, comme périlleux pour la nation.

Il semble malheureusement que l'État moderne, c'est-àdire l'Élat électif à outrance, sans réserve, sans contre-

[I ) On aperçoit dèjï dans lesscteB récenU du goiiveraement ai ootammeDt d&iislB premier message du dou veau prfgldeat, M. Harrisson, une teodaDce à prendre une part plus grande aux différentes affaires qui concernent non seulement le nouveau monde, nmis l'ancien. On remarque un penchant analogue dans les colonies australiennes. C'est une erreur de considérer ces sociétés jeunes comme arrivées à un état de constitution définitive : elles sont encore a l'âge de l'enrance ou de l'adolescence ; leur maturité tes rendra beaucoup plus analogues aux KUts européens.

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poids, l'État incessamment variable dans son personnel, dans ses institutions, dans ses idées générales, dans ses conceptions techniques, l'État se concevant lui-même comme « un provisoire perpétuel », l'État reniant toute tradition, l'État se proclamant un parvenu, plaçant sottement son entrée dans le monde à cent ans en arrière, au lieu de vingt siècles, comme il le pourrait et le devrait, il semble qu'un pareil État, précaire, flottant, toujours en mutation, compromette singulièrement la force, sinon dès le premier jour, du moins à la longue, de cet appareil militaire et diplomatique, dont la Taiblesse pourrait le livrer en proie aux appétits des peuples rivaux.

Au lieu d'un ministre de la guerre en dix ou quinze ans et d'un major général, ayez-en vingt successifs; au lieu de choisir les généraux pour leurs connaissances profession, nelles, prenez-les pour leurs opinions, soit politiques, soit religieuses, soit philosophiques; au lieu de considérer le recrutement de l'armée pour le maximum de force qu'il peu l conférer au pays, arec le minimum de perturbation dans les carrières civiles essentielles, faites-le dépendre de rancunes électorales, de Qatleries pour de vils préjugés populaires; ayez un jour un ministre de la marine qui méprise les cuirassés, s'éprend des torpilleurs et veut couvrir la mer de ces derniers; le lendemain, un autre ministre qui dédaigne les torpilleurs et ne veut plus entendre parler que de cuirasolre poliLique extérieure toute tradition I d'un homme réQéchi, circonspect, mais ns, soyez, au point de vue extérieur, e capricieuse, mobile, à qui personne lairque vous ne remplirez pas la funcinl de vue de la sécurité 1 1 ).

SERVICES DE SÉCURITÉ ET DE JUSTICE. lOi

C'est un aveu triste à faire, l'Éiat moderne offre des garanties médiocres pour la défense même de la nation (1), Certains esprits en prennent leur parti en se disant que, tous les États devant tôt ou tard se moderniser et se livrer pieds et poings liés au régime électoral absolu, les conditions seront les mêmes pour tous et que l'inrériorité n'existera plus pour aucun.

Ce raisonnement ne serait qu'à moitié juste : il Faudrait encore tenir compte du tempérament des peuples, de ce qu'on appelle la lourdeur de certains, qui n'est que circonspection, patience, persévérance, esprit de suite; ceuxlà useraient peut-être du régime électiT pur en le rendant moins mobile et moins variable. Or, ce n'est jamais ni aux peuples ni aux hommes légers que le monde a appartenu ; c'est à ceux qui savent concevoir en silence et suivre de longs desseins.

D'autres trouvent leur consolation dans cette espérance que les conditions de l'humanité vont changer soudain. On l'a connue batailleuse pendant les quarante ou cinquante siècles de »on existence consciente; comme si les lois de L'habitude n'existaient plus, elle va en un clin d'œil se faire

aveDlureiiBe sur Si^dau qui ne fui décidée que par la crainte que le retour de l'armée boiia Paris j provoquât des troubles ; de l'autre part, la révolution du 4 septembre, c'est-à-dire la destruction du gouverDemcut au moment inênie où il eût été le plus iDdispensabie que toute la nation se serrât autour de lui. Un peuple qui abandanue ses cbets, au moment des désastres, se prive des principales chances de réparer ses échecs. Or, il est singutiËrement dilficile à l'État reposant sur l'éleclion de ne pas être jeté en pleine criae et en plein désarroi au premier revers sérieux.

(I) L'État moderne, où le principe électif n'a presque pas de contrepoids, développe dans les proportions tes plus exubérantes, l'abus des recommandations, en ce qui concerne l'armée, pour les con)!éB, les permissions, les exemptions de service, etc. Les chefs techniques ont la plnsprandeditDcultéArésisterau torrent de demandes dont les accablent les sénateurs, députés, maires, etc. Les ministres, qui n'ont ni stabilité ni indépendance, sont en général plus ou moins forcés de se prêter à cette progressive désorganisation.

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pacifique à tout jamais. Le vieux dicton : Homo hominî lupus va se traDsrormer, sans traDsition. en celui-ci : Homo hommi oini.

Cette prévoyante sagesse pourrait bïeo anticiper de toute une série de siècles sur l'avenir. Les raisons de querelles survivent, quoi qu'on en dise, entre les peuples modernes : quesUons de frontières, questions de commerce mal comprises, questions d'infiltration des étrangers d'un pays dans un autre et du régime qui leur est fait, questions de densité inégale de population et de diversité de richesse des territoires (I),

Pnis, à l'intérieur même, le frémissement des appétits des diverses classes sociales, leurs ambitions pour une vie large et oisive, les convoitises qu'ezcile le pouvoir, voilà bien des raisons, ce semble, pour qu'on ne regarde pas comme suranné l'appareil militaire dont le maintien et l'affermissement ont été longtemps considérés comme la principale fonction de l'Étal.

La sécurité pour les particuliers et leurs droits ne vient qu'au second rang, après la sécurité pour la nation ellemême. Ce service s'est singulièrement développé chez les peuples modernes. Il est infiniment plus vaste qu'on ne le suppose au premier coup d'oeil. 11 s'accroît en intensité et en précision ; il varie, en outre, à l'infini.

(1) Ces deux deniJères questions peuvent, à 1& longue, prendre une grande acuité. Les peuplesrichesoDtiapri^tentioDdeg^nerl'imniigratiun provenaDl des pays pauvres, de mettre des taxes sur les i-tranjcers et de les Bssujellir à des rormslités plus ou mains veiatoiret. Il y a li un péril sérieux, qui se manifestera surtout te jour où, le nouveau mourln étant plus densement ppuplé. une plus forle partir de rpïo.'dont dn population des contrées prolifiques se dirigera vers les contrées richt-s â population moins dense. Si l'on veut empêcher cette infiltration, on risque de taire reparaître les uiî^trations eu grandes masses h main armée. De mSme, si un paya riche ne sait pas s'assimiler par les boas trailementfl et la naturalisation les étrangers pauvres qui alDuent dans son sein. l.es moUfs de querelles abondent de ee cAté.

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