‹ L'État moderne et ses fonctions (volume 5)Chapitre 38 sur 89 · L-ËTAT ET LES RELIGIONS · texte numérisé non relu

L-ËTAT ET LES RELIGIONS

La gloire de l'Étal moderae, c'eit de l&ïaser le champ libre aux cootroveneB. page 145. — NËanmoiag certains États veulent dominer les controveneB religieuse*, page !46.

Deux idées différentes, l'une bonne, l'autre mauvaiie: l'Élat 1a!que et l'État athée, page 946. — La laïcieation de l'État implique sou indâpeudance, non sou hostilité, envera les religions, page 346. — Un État ne doit ni dédaigner, ni ignorer, ni combattre les religions, page 347.

— Le positivisme absolu est impossible à l'État, page 347.

L'État, manquant de la faculté d'invention, est impuissant à dire, i con* server ou à détruire les religions, page 349. ~- L'État moderne doit être bienreilluit envers elles, page 350. — Le sentiment relipeux est un ciment social qu'il est très difficile de remplacer, page 350. — Parallèle entre le curé ou le pasteur et l'instituteur public, page 351.

— L'État doit avoir un parti prisgénèral de bienveillance pour tout ce quiealrespectable, page3Sl. —Inconvénients de créer des délits artificiels, page 351. — Belles pages de Littré et de Michel Chevalier, page 2S!. — La séparation de l'État et des cultes aux États-Unis est une simple séparation de biens et n'implique aucune malveillance réciproque, page 353.

Le livre de Corbon, le Secret du peuple de Paris, page ï53. — L'État moderne n'a aucun intérêt à bvoriser un ■ prodigieux développement d'aspiraUonsayant pour objet exclusif leechoses de ce mondes, p. 253.

La question de la séparation des Églises et de l'État dépend des antécëdenla de chaque peuple et du nombre des confessions, page 354. — Les idées les plus raisonnables et les plus politiques i ce sujet ont été formulées par deux athées, David Hume et Adam Smith, page 355. — L'intimidation est un mauvais ressort de gouvernement, surtout à l'endroit des InDuences spirituelles, page 355.

Absurdité de l'objection que l'État, en soutenant différentes églises, propage nécessairement l'erreur, page 356.

pQU de problèmes seraient aussi simples à résoudre que celui des rapports de l'État moderne et des religions, mais il Taudrait s'inspirer du mol : « Paix aux bommes de boDne volonté. "

Le monde, depuis l'origine, a toujours été livré h. la controverse; c'est par elle, par la variété et la liberté des opinions, surmontant tous les obstacles extérieurs, que se sont transrormées la barbarie et la rigidité primitives en cette sorte de développement ascensionnel qu'on nomme la civilisation.

La gloire de l'État moderne, c'a été jusqu'à ce jour de laisser le cbamp libre à la controverse, à la variété des pensées et des actes dans la plupart des voies ouvertes h l'activité de l'homme : les lettres, les arts, les sciences, l'industrie, les groupements entre les individus.

II n'est qu'un domaine jusqu'Ici où, non pas tous les Étals, mais certains, de nos jours aussi bien qu'autrefois, s'acharnent à vouloir supprimer la controverse et ses manifestations extérieures, c'est le domaine religieux.

L'État, qui devrait être, d'après la théorie, un organe de pacification et de concorde, cherchant à calmer les haines, devient, dans maint pays, le principal agent de discorde.

Une idée juste, celle de l'État laïque, s'est transformée, sans qu'on en eût conscience, en une idée fausse, celle de l'État athée. L'État laïque, c'est-à-dire l'État qui ne se fait le champion temporel d'aucune théorie religieuse particulière, qui regarde les religions avec bienveillance, mais sans subordination et sans servilité, qui les considère comme des forces avec lesquelles on doit compter, à qui on ne doit pas imposer le joug et de qui on ne doit pas le recevoir, l'État laïque est la vraie formule, la seule digne de la société contemporaine.

La laïcité de l'État n'implique pas l'hostilité contre la religion, ni la malveillance, ni l'indifférence même; elle marque seulement l'indépendance. Uais de ce que deux personnes sont indépendantes l'une de l'autre, il n'en résulte pas qu'elles doivent être des adversaires, ni même

l'état et les religions. m

qu'elles âoiveDt cesser d'avoir entre elles des rapports quelconques!

Une société où l'Étal et la religion sont en lutto ne peut 6tre qu'une société profondément troublée; d'autre part, une société où la religion et l'Élat prétendent s'ignorer mutuellement est presque une société impossible. Nous le montrerons tout à l'heure.

L'État athée, c'est tout autre chose que l'Élat laïque. On pourra discuter tant que l'on voudra sur la signiScation de celte formule : tant par l'étymologie que par la conception populaire, elle n'a qu'un sens, celui de négation de la divinité et de tout ce qui s'y rapporte; elle n'implique pas l'indifférence, elle implique l'hostilité.

Gomment l'État pourrait-il être indiOérant à l'égard de la religion, des cultes et de Dieu même? Comment surtout prétendrait-il se cantonner dans une sorte de positivisme qui lui permettrait d'ignorer qu'il existe parmi les citoyens certaines croyances ardentes, précises et collectives sur l'origine, les devoirs et la fin de l'homme?

Par un miracle d'abstraction, de contention d'esprit, de surveillance de toutes ses paroles et de tous ses actes, un simple particulier peut à peine arriver à pratiquer ce positivisme dans toute sa rigueur ; un État no le peut pas, A chaque instant, il rencontre le problème religieux; il est obligé de compter avec lui.

Tant qu'une communion, c'estrà-dire une foi commune sur la destinée humaine, réunira de nombreux groupes d'hommes, l'État sera obligé de chercher, soit à l'extirper, soit à se la concilier, tout au moins à vivre passablement avec elle; mais il ne pourra l'ignorer.

Gomment l'État, cet organisme qui a la responsabilité de la paix sociale et qui d'ailleurs aujourd'hui touche à tant de choses, qui prétend, notamment, accaparer Téducation,

su L'ÉTAT UODBRNE ET SES FONCTIONS,

l'instruction, le soulagement deB malheureux, l'amélioration des condamnés, perdrait-il tout contact avec la force la pins ancienne, la plus générale, la plus agissante que connaisse la société?

L'État a des écoles : aassitM s'offre la question délicate des textes, des livres de classes, certains mots qu'on rencontre, qui forment le fonds traditionnel de la langue et qu'il faut expliquer, à moins que, par le procédé ridicule qu'a adopté le conseil municipal parisien, on ne proscrive ces mois, on ne mutile les auteurs les plus célèbres, on ne s'interdise non seulement de prier, mais môme de jurer.

Ia pudeur de nos pères mettait des feuilles de vigne aux statues trop peu voilées; l'étrange pudeur de certains de nos corps enseignants va couvrant de vocables ineptes et dénués de sens les mots de Dieu, d'&me, de vie future.

Non seulement l'État a des écoles, mais il a pris la charge de l'éducation complète de catégories nombreuses d'indiridus : il élève des orphelins, des enfants assistés, des aveugles, des sourds-muets, de jeunes prisonniers; ceux-là, en grande partie, sont soustraits à toute autorité paternelle; c'est l'État qui est leur père; quelle croyance leur apprendra-t-il, car il ne peut renoncer à leur en apprendre une? il faudra, ou qu'il les élève dans le sein d'une religion, ou qu'il les élève contre toutes les religions.

De même pour l'armée, pour la marine, pour le personnel employé aux travaux publics, pour les jours de repos fériés, pour toutes les observances ayant une origine religieuse, répondant aux pratiques religieuses du plus grand nombre, l'Élat contemporain ne peut ignorer toutes ces choses. Il faut ou qu'il les admette et les respecte, on qu'il tes nie et les détruise.

Fera-t-il comme le conseil municipal de Paris, qui, pour

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