CHAPITRE III
L'fiTAT ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE.
Zèle infatigable de l'État, mtii parroia de feuatisma et toujours d'illuaione neWea, pour l'instruction, page 259. — Par des excès dans cette voie, i'Étetpeut devenir un agent de dëclaaeement et d'affolblisBement national, page !â9. — Part de préjugé dans les idées officlellee au sujet de l'efàcacité de l'iastruction, page 359. — L'instruction ne change pas Isa inslincts et ne réfrène paa les paesions, page 359. — Absurdité de l'idée que l'instruction dimtoue les crimes et les délits, page 360. — L'instruction peut développer la concupiscence des bonneurs et de la fortune, page 360. — Elle pousse parfoia à des genres nouveaux de crimes, page S60.
L'instruction est un simple instrument dont H est fait tantOt un bon,
tantôt un mauvais usage, page !6!.
L'État ne doit paa chercber ï accaparer l'instruction, page, SS3. — Les universités, leur origine, page 363. — ingérence diverse des États dans leur organisation; l'État français a agi en révoIuUoanairs et en accapareur, page 264. — Exemple opposé des universités allemandes, page !Bi. — Les efforts récents faits en France pour se rapprocher d'elles, page 167. — Utilité de la liberté de renseignement supérieur, page 268. — Il est possible de constituer des établis sem enta libres de haut enseignement, même en debors d'une pensée confeBalonuelle, page 3SS> — Exemple de la fécondité de l'initiative privée pour les
es de haut enseignement, page 268.
iclion secondaire d'État : sa règle est l'uniformité, page 270. — arodie de tette instruction dans les collèges communaux en M, page 27i.'-:^AItemance dans l'enseignement d'État entre la ne prolongée eTles bouleversements soudains, page 211. inconvénicntsides bourses données par l'État, page 273. — Un it parlementaire ■ d'iostruction intégrale x, pBge374. — Il en réiult un affaiblissement mental du pa;rs, page 215. — Une société et classée au moyen d'examens et de bourses serait la plus Dciale et ta plus incapable des sociétés, page 276. leptionuels auxquels les bourses devraient se réduire, page 277. et l'enseignement primaire, page STS. — L'enseignement d'État uvelle les difBcuités et les luttes de la religion d'État, page 3S0. esprit sectaire dans l'enseignement d'État : exemple des écoles i ville de Paris, page StIO. — La grammaire municipale unique.
page 3SI. — Lei éUpea du socialisme scolure, page 2S3. — IncoDTé' uienta de la multiplication des eiamens pour toutes les classes de la nation, pagelSi.— L'État rëpand partout la mania et la folie des grandeurs, page 18â. — AffaiblissBinent national qui en résulte, page 2B6. L'inlervEntion excessive des pouvoirs publics dans l'enselgaenient professionnel, page 386.
Si l'État moderne tend à méconnaître la force des religions, s'il est téméraire en se montrant envers elles, soit rogne, soit agressif, il témoigne, au contraire, pour l'éducation ou plulAt pour l'instruction du peuple d'un zèle infatigable.
Il accumule à ce sujet les lois, les circulaires, les subventions. Il est saisi, pour cette tàcbe, d'un engouement, d'un fanatisme empreints d'illusions naïves.
Dans cette oeuvre qu'il considère comme sa mission principale, le sentiment général qui l'anime part d'un bon naturel; il conduit parfois & des aberrations.
On peut se demander si avec cette passion irréflécbie qui le porte & transformer toutes les connaissances en enseignement dogmatique, officiel et universel, l'État ne s'expose pas à troubler une foule de cerveaux, h ébranler la société au lieu de l'asseoir, à amener un déclassement croissant des conditions, et à affaiblir, plutdt qu'ik développer, la productivité nationale.
Dans les idées répandues sur les bienfait^de l'instruction, il y a une part de préjugé. ''
11 est, sans doute, utile aux hommes, sans exception, de savoir lire, écrire et compter; ce sont des instruments qu'il acquièrent et qui, dans mainte circonstance, leur rendent service. II en est de même, suivant la nature des esprits et le genre des occupations, pour toutes les autres connaissances moins embryonnaires.
Mais c'est une erreur puérile de s'imaginer que Tins-
Iruction par-elle-mëme sufDse à rendre les bommes meilleurs, h changer leurs inslincts, & réfréner leurs passions. On a prouvé par des arguments décisifs, Herbert Spencer notamment, qu'il n'y a aucune corrélation entre les notions techniques que distribuent les écoles, soit primaires, soit moyennes, soit supérieures, et la force morale qui donne de la dignité à la vie.
On prétendait autrefois que l'instruction diminuait les délits et les crimes. Aucune observation sérieuse n'a justifié cette arOrmation. Ni les crimes ni les délits ne deviennent moins nombreux depuis que la population est plus instruite. On voit fréquemment s'asseoir, pour des crimes odieux, sur les bancs de la cour d'assises, des hommes qui ont de la littérature ou des connaissances scientifiques.
L'instruction môme peut éveiller un certain genre de concupiscence, celui des honneurs, des grandes places, ds la fortune rapidement acquise. Isolée, elle peut mettre l'homme plus au-dessus des appréhensions morales et des remords. Le Raskolnikof, de Dostolewskl, n'est pas un personnage aussi irréel que beaucoup le supposent. Les singuliers écarts de certains de nos « décadents » prouvent que les rafQnemenls littéraires ne rendent pas nécessairement la télé solide et'le cœur sain (i).
Les connaissances acienlifiques peuvent, elles aussi, suggérer des attentats nouveaux, comme celui de cet Allemand qui, ayant fait assurer sur un navire pour une somme considérabledes caisses remplies de pierres, y joignit une autre . caisse pleine de dynamite, qu'un mouvement d'horlogerie fit sauter avec le navire lui-même (2).
(I) Od peut citer, p&r exemple, raSaireCbsiDbige qui se plaida en ISS8 devant la Cour d'assises de Conatautine; il 7 a, dan* ces dernières années, une Coule de cas analogues.
(S; Le procédé des Atturanctt, qui date de ce siècle (fondation de la
L'ioBtructioii doit Être considérée simplemeal comme un instrument qui permet à l'homme de mieux utiliser les forces qu'il a en Ini et hors de lui, et qui, en outre, peut lui procurer certaines satisractions, les unes morales, d'autres inolTensives, d'autres condamnables.
Quant h entourer l'inslruction d'une sorte d'auréole mag;ique qui la Tait apparaître comme ayant la vertu de trans- Tormer la nature morale de l'homme, c'est une superstition, une nouvelle forme de l'idolâtrie (1).
premiire grande Compagnie TraDi^iae, les Atiuranees générale* en ISIS), (UBcite un nombre consMérable de forraïU dontae rendent surtout eoupablee dea hommee appartenant aux classea éclairées ; il suffit de rappeler les affaires célèbres du D' Lapommeraje, puis du D' Maisonneuve ; il j en a des centaines de ce genro de coaoues et probablement autant
(1) Lea statistique! démontrent, pnur la France, la vanité du pTi}ugé qui attribue à l'instruction en elle-même une action moralisatrice. C'est A partir de IS^I, et plus encore de 1865, que l'inslructloQ primaire s'est fort répandue en France. Aujourd'hui à peu prés tout le monde la possède. Or, si nous considérons les crimes les plus caractérisés et les plus répugnants, k savoir les meurtres, les aasaasinats, les parriddee, les In fanticides, les empoisonnements, nous trouvons que l'ensemble de ces crimes odieux a beaucoup plus augmenté que la population, en dépit de toute l'instrucUon primaire. Le tableau suivant en fournit la preuve. II s'agit de moyennes décennales ou quinquennales.
Nombre moyen des aflUres aonmisea annnellement aux aeelses pour les crimes de :
IBSl-SO IStl-SS iSSMO IS7S-S0 IH14S
Parricides l* H B 10 14
Inranticides 191 !!0e 1!3 I9t lie
Assassinats 1» US 309 197 lie
Meurtres 131 103 110 143 1S8
Empoisonnements. 33 , U Î3 U 10
Ainsi l'accroissement de ces crimes est de 30 p. 100 environ dans U période de lsai-S5, par comparaison aux périodes de 1851 k IBG9 ob l'instructioa primaire des adultes était certainement moitié moindre de ce qu'elle est aujourd'hui. Or, la population de la France, qui est d'environ 38 millions d'àmes à l'heure actuelle, se trouvait être de 35,788,000 en 1851, de 37,386,000 en 1861 et de 3i«,0C7,O00 en 1806. Elle n'a dODc augmenté que dans une proportion négligeable. Encore le tableau cidessus représente-t-il l'aggravation de la grande criminalilé comme
£62 L'ÉTAT HODE[l^E ET SES FONCTIONS.
Réduite à ce caractère d'instrument qui ajoute aux Torces de l'homme, l'instruction reste un bien précieux. Une Dation qui en est douée n'est nécessairement ni plus morale, ni plus sage, ni mieux en État de se gouverner, mais elle jouit de précieux avantages au point de vue
moindre qu'elle n'est rfiellemeDt. On remarquera, en eflet, que le nombre deB iDCanticldei semble avoir diminue depuis 18&1-60; il n'en ee[ rien. Mais devant la failitesBO du jury qui acquitte fréquemment les femmes coupables de ce crime, le minislère public prËtère, daDS bien des cas, substituer une poursuite en abandon d'entant, laquelle eet soumise auK tribunaux correctionnels, à la poursuite pour inranticide. De mfime la diminution notable des poursuites pour empoisonne m enU pourrait peut-Stre venir des progrès de la science qui rendent plus aisée k dissimuler la perpétration de ces forraits.
Il serait facile de prouver, en remontant au commencement de ce siècle, que le nombre des crimes et des délits contre les mœurs a aufimenlé.
Quant i un genre d'actes, qui, sans constituer à proprement parler un crime ou un délit, est profondémeot regrettable et Jette dans la sodété et dans les familles une profonde perturbation, à savoir le suicide, sa multiplication semble coïncider avec les progrès mfimes de l'instruction.
Haxlmnm et minlmniii du nombre annuel des ■nlddes par périodes d'années.
Firtodai d'aonéM. MulniDB. Itlnimnin.
18f0-4& ' 3,et1 3,7S2
ISW^ t.ISO 3,415
1876-80 6,638 5,SDt
13B1-8S 7,90! 6,7tl '
Ainsi le minimum de la période 1SS1-SS est presque double du maximum de la période 18iO-49. Ajoutons que dans la période de 1S7A-8& les
'"es ont été en augmentant râgulièrement chaque année.
s sommes loin de dire qae soit l'augmentation de la grande erimi- , soit l'accroissement dn nombre des suicides, n'aient pas d'autres I que le développement do l'ioslruclion ; mais il est incontestable )Ut homme qui étudiera avec soin les statistiques criminelles se ira dans l'impossibilité de reconnaître une vËrilé quelconque à la i proposition, considérée longtemps comme un axiome, que l'ins- >a porte en soi, et abstractioa faite de toute autre circonstance, ertu moralisatrice,
statistiques qui figurent dons cette note ont été tirées de la Sta- \tde ta Franct, par Maurice Block, et de {'Annuaire slalùtiqve ime auteur.
de la production, de ses jouissancea, de ses distractions.
C'est, en quelque sorte, une nation plus humaine.
L'instruction est à la fois, pour une société, comme pour un homme, une Torce et une parure.
S'il est bon de la développer et de la répandre, il s'en faut que l'Ëlat, sous ses trois formes de pouvoir central, de pouvoir provincial et de pouvoir communal, la doive accaparer.
Quand il s'en mêle, ce qui est le cas universel chez les peuples civilisés, el ce que nos antécédents rendent en quelque sorte, même aujourd'hui, nécessaire, il ne saurait faire provision de trop de tact et de mesure. Sur nul terrain l'entraînement n'offre plus de dangers ; il est certains modes d'instruction offlcielle qui sont uniquement perturbateurs.
Quelques mots sur chacune des trois grandes catégories de l'enseignement suffiront à jeter un peu de jour sur une matière que des volumes entiers ne sauraient épuiser.
L'instruction supérieure, celle qui conserve et qui accroît le dépfil général des connaissances humaines, se délivre, & part quelques hautes écoles spéciales, dans ces établissements que, par une antique tradition, l'on nomme encore des universités.
^ Ce furent, à l'origine, des Institutions fondées et dirigées par des corporations ecclésiastiques pour former les gens d'église. Peu à peu leur clientèle s'élargit, les futurs gens de robe, puis la jeunesse de plus en plus nombreuse appartenant à la classe supérieure ou moyenne qui recrute les professions libérales, y affluèrent. La théologie, la philosophie, la linguistique, y admirent, à cAté d'elles, d'autres connaissances : le droit civil comme le droit ecclésiastique, la médecine, les mathématiques, et tardivement toute la variété des sciences physiques et naturelles, ainsi que les lettres modernes. ^
SSi L'Ëm HODBRHB ET SES FONCTIONS.
Ces établissements n'ont pu rester, dans la plupart des pays, complètement indépendants de l'État. Mais l'ingérence de ce dernier s'est produite à des degrés divers: chez certaines nations, comme la nAtre, il a agi, suivant son procédé habituel, en révolutionnaire et en accapareur, supprimant toutes les traditions, tous les groupements et aussi tous les liens entre tes diverses branches d'enseignement, détruisant non seulement toute réalité, mais même toute apparence d'autonomie, établissant avec rigueur son mono> pôle, fondé sur l'absolue dépendance des maîtres et des collèges, sur l'uniformité des méthodes dans tout le territoire et sur l'interdiction de toute concurrence libre.
Dans d'autres pays, soit par des circonstcinces historiques qui donnaient à l'État moins de force, soit par une sagesse refléchie qui limitait son ambition et sa présomption, l'État eut la main moins lourde. Les diverses universités, plus nombreuses qu'en France, une quinzaine par exemple en Allemagne, conservèrent chacune sa vie propre, ses ressources spéciales, son recrutement presque spontané, son administration, sinon complètement autonome, du moins dotée d'assez de libertés ou de franchises. Les méthodes gardèrent ou prirent avec le temps de la variété et de la souplesse: les maîtres ne soutinrent pas tous la même thèse : il y eut parmi eux cette diversité de vues et de jugement qui fait la vie et le mouvement intellectuels.
Les professeurs ne furent pas de simples fonctionnaires, rétribués par un traitement fixe, égal pour tous ceux du même rang, invariable, quels que fussent les efforts et le succès. Ils eurent, comme fonds de subsistance, un salaire modique, annuel, puis, comme les avocats, comme les médecins, comme les architectes, comme les simples maîtres privés, des u honoraires » que leur payèrent leurs auditeurs, UD ou deux « frédérics d'or » par semestre.
Bien plus, môme le traitement flxe n'était pas absolument uniforme : il est, en effet, telle branche àe la science, comme l'enseignement du sanscrit ou de l'hébreu, qui ne peut attirer autour d'une chaire un grand nombre d'étudiants; les «honoraires » pour cet enseignement doivent naturellement être médiocres; il fallait que le traitement fixe fût plus relevé. L'amour-propre des universil' voyait. Toutes celles du premier rang, bien po ressources, tenaient à s'assurer un mattre dont (ë sur elles de l'éclat. On en voyait deux ou trois lutte, Goettingen et Leipzig, je suppose, pour se d *
professeur célèbre; elles bataillaient à coupa d %
chacune faisant ses offres, et l'homme illustre se décidait par toutes les raisons variées qui peuvent influer sur l'es- V prit de tout homme et dont l'une, n'en déplaise h une hypocrite délicatesse, est ta rémunération pécuniaire.
Dans l'intérieurde chaque université allemande aussi, on copie presque les procédés des industries vulgaires et libres : pourchaqueenseignement.il y adeuxou trois chaires rivales, certaines qui attirent une afBuence d'auditeurs, d'autres qui sont occupées dans le désert. 11 y a bien près d'un quart de siècle, j'assistai, h Berlin, aux leçons d'un philosophe qui eut son heure de célébrité, mais qui alors était déchu ; quatre étudiants seulement écoutaient sa parole discréditée; devant la chaire d'à c6té, sur le même sujet, on comptait réguliËrement deux cents auditeurs.
Puis l'enseignement est ouvert, à leurs risques et périls, aux jeunes hommes qui ont rempli certaines conditions de diplAmes et qui se croient du talent Ils peuvent s'essayer, sans attendre une nomination qui souvent serait arbitraire ou lente.
Ainsi, pour le haut enseignement, on a su, dans certains pays, dans un surtout, l'Allemagne, limiter l'action bureau-
SM l'Stat moderne et ses fonctions.
cratique de l'Ëlat, maintenir une certaine indépendance d'administration ft chacun des centres universitaires, y copier les modes de l'industrie privée : la concurrence, soit intérieure, soit extérieure, l'inégalité des traitements, la rémunération directe et personnelle, pour une partie du moins, par l'auditeur,
Cette méthode, si féconde dans toutes les professions commerciales et libérales, s'est montrée efficace pour la plu^Udvée des carrières humaines; l'émulation, aussi bien eotreles groupes scolaires qu'entre les maîtres et les élèves, a porté ses fruits habituels.
Les universités allemandes ont été des centres vivants et actifs, remuant les idées, rayonnant chacune dans sa région et pénétrant, par une répercussion indéfinie, d'un esprit scientifique presque toutes les couches sociales [l).
Nous, Français, avec notre rigoureux monopote d'État et notre organisation bureaucratique de l'instruction, nous avons eu d'aussi grands savants et d'aussi grands littérateurs que l'Allemagne ; mais nous avons manqué de cette pléiade de maîtres, dans l'acceptation exacte du mot, et de ces légions de véritables étudiants.
Bien plus, nous n'avons pas su retenir dans l'enseignement ceux qu'une vocation naturelle, les circonstances et leurs études elles-mêmes y destinaient : pendant une dizaine d'années, sinon une vingtaine, toute la tôte de notre école normale des lettres se dérobait aux postes obscurs que, par un mécanisme absurde, on lui offrait, et allait con-
(I) On ms penneltra de faire remarquer que j'ai une expérience persoDnelle dei uaiTersitès allemandei. AprËs mes Ëtudea eluBlquea en France, j'ai mivi, comme étudiant régutitrement immatriculé, pendant neuf mois, en I8G4-S5, les cours do l'université de Bonn où J'apprenais particulièrement la phitotoptiie, en ; associant quelques coure ''''"'"•"'re et d'économie politique. J'ai euiTi aussi en 1865, pendant
mois, mais comme auditeur libre et sons être in crit enqu&lité
>nt, les cours de l'uniTenité de Berlin.
L'ÉTAT BT L'INSTBUCTIOH PUBLIQUE. 267
snmer des forces précieuses daos une littérature souvent ' h&lîTe, superBcielle et presque sans profit pour le peys.
On est revenu depuis quelques années, en partie du moins, de cette fausse voie. On a chercbé à diminuer le joug de la bureaucratie d'État sur le haut enseignement ft-ançais; on s'est essayé à rétablir les anciennes universités, à leur rendre un soufOe d'autonomie. On a multiplié les maîtres de conférences, on a prodigué les bourses ; à défaut d'élèves spontanés et payants, on a institué des quantités d'élèves payés.
Tous ces efforts n'ont pas été inefflcaces : certain de nos maîtres sont de grands professeurs, dans toute l'acception du terme. Mais le succès est encore bien incomplet, parce que l'on a un mauvais point de départ.
On ne retrouve pas ici, comme en Allemagne, cette indépendance et cette vitalité, en quelque sorte naturelles, parce qu'elles sont traditionnelles et ininterrompues, des universités régionales ; on n'y voit pas ces méthodes analogues à celles de l'industrie privée : l'inégalité des traitements, la concurrence sous ses formes diverses, la rémunération fournie directement au maître par l'élève même. En Allemagne, il est vrai, devons-nous dire, la prépondérance nouvelle que tend à gagner chaque jour davantage, l'université de Berlin commence à modifier un peu l'oi^anisation si souple et si vivante qui a fait des universités allemandes de si grandes choses (1).
(I) On ibU qne les ADglaia n'ont qu'une organisation usez nidimentaire de l'enBeigaenient aupiricur, leurs -rieilles onivenilëa de C&mbridge et d'Oiford Étant loin d'embrasser toute la vaste sphère des connaltsaiicea qui eant enseignées en Allemagne et en France. Cela n'emptche pas l'Angleterre de n'âtre inférieure i aucun pajrs, soit pour l'éclat et l'abondance de la littérature, soit pour l'ampleur et la nouveauté des recherches philosophiques, soit pour les découvertes scientifiques théoriques, soit pour les applications des nouvelles méthodes aux arts industriels. La vie est dans le milieu social; elle peut s'jr passer
26S l'état HODERNB ET SES FONCTIONS.
Un rafrite incontestable que nous avons eu, c'a été d'introduire la liberté de l'enseignement supérieur. Il s'est créé chez nous des universités libres, ayant un caractère confessionnel il 6sl vrai ; certaine a recueilli des dotations d'origine privée montant à 14 ou 15 millions de francs.
Il serait exagéré de prétendre que l'initiative particulière est impuissante pour le bautenseignement, quand elle n'est pas poussée par le sentiment religieux. Nous ne sommes qu'au début d'une période de liberté; encore celle-ci est-elle précaire, toujours menacée par les jacobins ou par les centralisateurs ; néanmoins déjà, des organes remarquables se sont spontanément constitués ; nous n'en voulons pour preuve que l'École libre des sciences politiques avec ses trois cents élèves, dont un bon tiers vient de toutes les contrées étrangères; c'est probablement l'établissement scolaire de France qui contient relativement le plus d'étrangers ; son nom brille et attire vers nous d'au delà des frontières.
Cette institution, à ses origines, a eu un mérite que d'autres fondations privées pourront reproduire : celui de confler ses cbaires & de jeuues hommes presque inconnus, dénués de grades universitaires, que l'enseignement olBciel n'aurait sans doute jamais formés, et qui, au bout de quelques années, se gagnèrent une réputation très étendue. L'observatoire Bischoffsheim, les écoles supérieures de commerce, beaucoup d'autres fondations plus ou moins analogues, prouvent que l'argent privé ne manque pas aux choses reconnues utiles.
Notre Institut plie sous le faix des dons nombreux que lui font chaque année des émules de Monthyon. On finira par se convaincre qu'il y a un meilleur usage à faire de
L'ÉTAT ET l'instruction PUBLIOUC 260
milliers de francs ou de centaines de mille francs que de les employer à multiplier indéQniment les prix de vertu ou à susciter et couroDuer des quantités de livres souvent médiocres (1). Mieux inspirés, les hommes bienfaisants emploieront leurs générosités à créer quelque chaire, à former un fonds pour quelque bibliothèque ou pour quelque musée, h constituer des ressources pour des voyages d'exploration ou de découverte.
L'opinion généralement répandue que l'initiative privée ne peut pourvoir aux œuvres d'instruction qui ne sont pas rémunératrices a ses origines dans un temps tout différent du notre. On ne lient pas compte du développement de ta richesse, de la multiplication des grandes fortunes laissant un large superflu, de ce genre de sport dont j'ai parlé, qui consiste it attacher son nom à une œuvre originale et utile.
Il s'est bien rencontré un groupe d'hommes pour fournir à M. Maspero les frais nécessaires à la coalinuation de ses fouilles égyptiennes ; l'Institut Pasteur a bien trouvé, par des souscriptions particulières, 2 millions 1/â de francs, quoique la ville de Paris, ce dont nous nous félicitons, ait refusé de céder mfime le terrain ; l'inspiration pourra venir aussi bien à quelque millionnaire de fonder une chaire de sanscrit ou de science des nombres, ou de toute autre connaissance réputée abstruse. Certains pourront même aller plus loin et créer des universités de toutes pièces.
LesAméricainsIe font cbezeux: on regarde presquecomme anormal aux États-Unis qu'un homme, jouissant d'une
(I) A l'heure actuelle Isa Académies dirersM de l'iDititut de France iODt très Bunisamineiit dotées, notammeat pour les prii à décerner; les bommes libéraux devnUoDt eubTenliouDer d'autres Sociélés ayout plus de liberté d'action.
S10 l'ëtat moderne et ses fonctions.
grande fortune, meure sans avoir fait quelque donation d'întérfit général. Quelque marcband de porcs, ou quelque découvreur de sources de pétrole, ou quelque heureux aventurier nanti d'un bon filon d'or ou d'argent, relève et rachète la vulgarité de sa richesse par la création d'un collège pour des sciences qu'il n'a jamais apprises et dont souvent il ignore même le nom.
Laissez faire, par les voies légitimes, des fortunes considérables, laissez passer, sans entrave et sans formalité, les inventions, les découvertes, les efforts individuels : ta société moderne, comme autrefois l'église, recevra, par des fondations iatelligeutes, le prix de la reconnaissance des plus heureux de ses enfants, quelquefois aussi le rachat de leurs fautes ou de leurs fraudes.
L'instruction moyenne, dénommée instruction secondaire, que l'État, pendant si longtemps, a accaparée en France avec une si jalouse obstination, mériterait bien des réflexions, des critiques, si les cadres de cette étude se prêtaient à des développements. Qu'il suffise ici de quelques remarques sur les méthodes, sur les établissements, sur les secours et les bourses.
On sait que la règle de toutes les institutions d'État, c'est l'uniformité. L'État estessentiellement un organisme bureaucratique qui répugne, dans son action, à la variété et à la souplesse. Tous les efforts pour lui donner ces qualités ont partout échoué.
Les établissements d'État, pour l'instruction moyenne, offrent donc, sur tous les points du territoire, dans les petites villes comme dans les plus grandes, exactement le même type et le même régime. Les maîtres enseignent les mêmes choses; seulement les maîtres sont, dans les petits endroits, d'une qualité inférieure.
. Les collèges communaux, quoique formant des institu-
lions à caractère mixte, que se divisent, pour la direction et la surveillance, les municipalités et l'État central, ont des cadres nominalement aussi complets que ceux des premiers lycées du pays. Hais un même maître fait deux ou trois de ces classes, et parfois même, quoique ayant deux ou trois élèves, l'une d'elles manque de maître titulaire.
Il faut avoir assisté à cette misère pédagogique, à ce délubrement des bumanités dans les petites sous-préfectures, pour comprendre l'étendue du mal qui en résulte. De malbeureuz adolescents sont retenus dans un demi-jour d'instruction, oîi des ombres confuses passent devant leurs yeux, ne laissant aucune trace précise dans leur esprit.
On a bien essayé de créer ofSciellement un enseignement plus approprié à ces localités de moyenne importance, dont émigrent, pour leurs classes, tous les jeunes geus des familles aisées, et ob il ne reste plus que Ibs enfants.de la petite bourgeoisie et des familles ouvrières : on a inventé l'enseignement secondaire spécial, dépourvu de grec et de laUn, fortifié de plus de français, de plus de sciences et de langues vivantes. Uais l'Etat ne sait pas insulUer la vie à ses créations.
Des milliers d'enfants continuent ainsi à recevoir, dans des établissements d'une lamentable indigence intellectuelle, une sorte de parodie de l'instruction secondaire ; les produits de ces petits collèges sont par rapport à ceux des grands ce qu'est l'argenterie ruolz par rapport à l'argenterie véritable, ayant de métal précieux une couche superficielle d'une extrême ténuité qui ne tient pas au fond et qui, au moindre usage, disparaît et met à nu la matière brute dans sa grossièreté primitive.
Outre cette uniformité absolue, malgré l'inégalité des moyens dont il dispose, l'enseignement d'État offre un autre défaut, c'est l'alternance entre la routine prolon-
%n L'ËTAT MODERNE ET SES FONCTIONS,
gêe dçs méthodes et leur soudaio et radical cbangeineDt- L'Étal moderne, en proie à la lutte d'opinions ardentes, ne connaît ni le juste milieu ni les transitions adoucies. Il restera pendant un quart de siècle sans rieu modifier à ses programmes ; puis, tout & coup, pris d'un beau zèle, il faucbera en quelque sorte tous les exercices en usage, et il leur en substituera violemment de nouveaux ; comme un malade qui va d'une prostration complète à une agitation fiévreuse, l'ère des changements constants succédera à celle de la stagnation. Tous les ans ou toutes tes deux années, on modifiera, soit l'ordre des diverses connaissances enseignées, soit les proportions de l'instruction orale ou des travaux écrits, soit les livres et les manuets, déclarant détestable tout ce qui se faisait ta veille, sans se douter que t'avenir portera peut-être le mOme jugement sur ce qui se fait aujourd'hui.
L'enseignement privé, quand on lui laisse le champ absolument libre, qu'on permet aux associations, quel que soit l'esprit qui les anime, de se former et de vivre, a de tout autres procédés. U olTre à la fois des échantillons divers, qui se corrigent les uns les autres, qui se partagent les faveurs du public ; on aura l'enseignement positif de l'École Mange ou de l'École alsacienne, mais aussi celui des anciennes méthodes des jésuites ; peu à peu ilen naîtrait de mixtes qui emprunteraient h l'un et à l'autre types. On aurait aussi des écoles techniques comme celles de U Martinière, à Lyon, et bien d'autres encore.
Hais, quand tant d'établissements existent, soutenus par l'État, pourquoi les particuliers feraient-ils tant d'elTorts et de sacrifices pour doter des institutions scolaires ?
L'Étal envahissant ressemble à un grand chêne dont les puissantes racines et lesombrageux rameaux ne permettent à aucune plante de vivre au-dessous ou à cAlé de lui ; mais
si un jour arrive oii le chêne vieilli, battu par la tempête, perd ses branches et sa Trondaison, le sol apparaît du ou à peine couvert de quelques maigres broussailles.
Quels que soient les défauts que je viens de décrire, c'est surtout par les secours qu'il donne sous le nom de bourses que l'enseignement de l'État a de TAcheux effets.
A l'époque mouvementée de la civilisation où nous sommes placés, la plupart des hommes n'ont que trop de tendance à sortir de la situation où ils sont nés. L'envie démocratique, l'eicemple de nombreux et célèbres parvenus dans la politique, dans les lettres, dans les sciences, rendent l'ambition universelle.
Tout le monde fait l'éloge du travail manuel et personne n'en veut plus. Cependant, il est dans la nature des choses que le travail manuel doive occuper les oeuf dixièmes de rbumanilé. Les travaux purement intellectuels, ceux du savant, du lettré, de l'ingénieur, du médecin, de l'avocat, de l'administrateur, les travaux mixtes, comme ceux du contremaître et de diverses catégories de commerçants, ne peuvent employer qu'une certaine élite des hommes.
Et il faut bien s'entendre sur ce mot d'élite : s'il est nUle que les hommes tout à fait supérieurs abandonnent les professions manuelles, il est bon, néanmoins, qu'il se trouve dans celles-ci un assez grand nombre de gens ayant de l'intelligence naturelle. Ils communiquent de l'animation et de la vie à la masse qui les entoure; s'ils en étaient retirés, cette masse deviendrait plus inerte. Qu'un grand médecin ou qu'un grand ingénieur soient perdus pour la société, c'est un malheur véritable; mais qu'un homme qui aurait pu être un médecin ordinaire, ou un ordinaire avocat, ou un architecte comme tant d'autres, demeure ouvrier ou paysan, je n'y vois, quant k moi, aucun mal.
Il est utile que beaucoup de ces intelligences un peu plus
2*i L'ÉTAT MODEBNE ET SES FONCTIONS,
fortes quecelles du vulgaire restent parmi le vulgaire, si l'on ne veut pas voir les coucbes inférieures de la population devenir beaucoup plus rebelles encore à toute culture qu'elles ne le sont aujourd'hui. Un ouvrier intelligent, frayant avec ses camarades qui te sont moins, eserce sur leur esprit une heureuse influence ; tirez-le de ce milieu, faites-le avocat, ou médecin, ou employé de bureau, la société n'y gagnera rien, car elle foisonne de gens de cette sorte, mais le petit groupe d'ouvriers où il vivait en deviendra moins éveillé, moins aclir, plus somnolent.
Les démocrates se sont épris de ce qu'ils appellent « l'instruction intégrale », c'est-à-dire d'un procédé qui puiserait dans toutes les couches de la population tous les esprits ayant quelque valeur, et qui les placerait sur des échelons sociaux plus ou moins élevés suivant leurs facultés.
Trois députés, dont l'un jouit de la plus haute faveur dans le monde radical, MM. Charonnat, Legludic et Anatole de La Foi^e, ont déposé dans ce sens une proposition de loi qui a reçu l'adhésion d'un grand nombre de membres de la Chambre, il s'agit de Iner » tous les capitaux intellectuels du pays ». Les instituteurs de France, « même ceux des hameaux les plus reculés », seraient «obligés» de présenter à un concours annuel « toutes les intelligences qui sommeillent ou qui s'ignorent ». Les lauréats primés deviendraient " les enfants de la France ». En cette qualité, ils seraient distribués gratuitement dans tous les lycées de France. Mais comme c'est une dérision que «la gratuité de la science offerte à un malheureux sans lui donner celle du lit et du pain 11, l'État suivrait ses pupilles dans toutes les étapes de l'enseignement intégral et supérieur. 11 ne se croirait le droit de les l&cher que lorsqu'ils seraient pourvus d'un diplAme d'ingénieur, d'avocat, de médecin ou d'architecte.
Ce que nous reprochons à ce plan, ce n'est pas seulement
L'ÉTAT ET L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 2ïj
d'ëlre chimérique, c'est surtout que, si on pouvait le réaliser, il en résulterait, au rebours de ce que croient ses auteurs, UD singulier aCTaiblissement mental du pays.
Chimérique, certes, il l'est ; car, saur pour quelques intelligences tout à fait exceptionnelles, en très petit nombre, il est impossible de démêler avec exactitude, parmi les enfants ou les adolescents doués d'un peu de facilité ou d'imagination, les indices certains d'une véritable force intellectuelle ; en outre, l'intelligence n'arrive dans la vie ù produire tous ses effets que lorsqu'elle est soutenue par le caractère ; or, le caractère échappe à tous les contrâtes d'examen : que de brillants lauréats des concours généraux n'ont su fournir aucune carrière ! Enfin la faveur, le prix des services électoraux, joueraient dans cette inextricable opération de triage des intelligences leur rôle habituel.
Mais supposons les vœux de MM. Legludic, Charonnatet Anatole de La Forge pleinement accomplis. Quelle calamité ce serait et pour les trois quarts de « ces capitaux intellectuels » ramassés dans les villages les plus reculés et pour tout l'ensemble du pays ! Combien Proudhon était-il mieux inspiré lorsque, au début de cette ère d'engouement irréfléchi, il s'écriait, dans ses Contradictions économiques : « Quand chaque année scolaire vous apportera cent mille capacités, qu'en ferez-vousî.. Dans quels épouvantables combats de l'orgueil et de la misère cette manie de l'enseignement universel va nous précipiter I » Au lieu de ces mots d'enseignemeht universel, mettez ceux d'instruction intégrale, et l'exclamation de Proudhon sera le cri du bon sens.
Malgré sa perspicacité, toutefois Proudhon ici ne pénètre pas assez avant : ce qui me touche, ce n'est pas seulement le sort de ces u cent mille capacitaires u qui, pour la plupart, resteront dépourvus de pain, obligés de le mendier au gouvernement, sous la forme de (onctions publiques inâ-
mes; c'est surtout le sort de toute cette masse ouvrière et paysanne à laquelle on aura enlevé tous ceux de ses membres qui avaient l'esprit un peu ouvert, l'intelligence un peu aiguisée. Elle ne se composera plus, si le « triage des capi> taux intellectuels » a été fait avec exactitude, que d'élémenU tout à Tait grossiers, incapables et vils. Privée des élémenls de valeur qu'elle contient encore aujourd'hui, elle tombera dans une absolue somnolence. Elle sera l'objet de tous les dédains des autres classes, et elle les méritera par bypotbèse, puisque non seulement ce sera une classe InTérieure par situation, mais aussi par ses facultés naturelles.
Y a-t-il combinaison plus antidémocratique que celle imaginée par ces grands démocrates ? Ce siècle, qui s'est ouvert par l'apotbéose du travail manuel, finit en France par le discrédit, non seulement pratique, mais théorique, du travail manuel.
Tolstoï, au milieu de ses rêveries souvent folles, est du moins un vrai démocrate quand, au lieu de vouloir arracher à la masse du peuple tous les éléments un peu intelligents, il prétend que même les hommes les mieux doués redeviennent peuple et vivent de sa vie.
Une société triée et classée par le procédé de H. de La Forge et ses amis serait la plus antisociale de toutes les sociétés : d'une part, tous les gens ayant l'intelligence un peu active ; de l'autre part, tous ceux qui ont une intelligence incapable de se dégrossir, une masse d'ilotes; aucun mélange entre les deux : d'un c&té toutes les parcelles de métal précieux, toutes les scories de l'autre: ces scories, ce serait le peuple.
C'est à cette organisation si antisociale que travaillent, avec leurs bourses et leurs encouragements de toute sorte, l'État moderne, les départements ou les provinces, les municipalités.
Les bourses, c'est-à-dire l'allocation par les pouvoirs publics des Trais d'études secondaires ou supérieures, ne devraient 6tre accordées qu'à deux catégories assez clairsemées d'élèves : les enfants ou les adolescents qui ont des dispositions, non pas exceptionnelles seulement, mais presque merveilleuses : ceux qui, dans les sciences, dans les lettres, dans les arts, peuvent devenir des premiers sujets, car l'humanité aura toujours en surabondance les seconds sujets et les simples utilités; ensuite les enfants des familles de fonctionnaires d'un certain rang qui, par la mort ou la retraite du chef, se trouvent sans aucune fortune. Il y a une sorte de bienséance de l'État envers tes familles de ses vieux serviteurs, quand le sort les a frappées, à faire quelques sacrifices pourempécber leurs enfants de déchoir, pour peu que ces enfants aient quelque application et quelque fonds intellectuel.
Réduites à ces deux catégories, les bourses ne représenteraient, pour l'État central et pour les localités, qu'une dépense restreinte. Nous trouvons, au contraire, au budget national, en 1888, trois ou quatre chapitres qui sont affectés aux bourses : le chapitre 49, doté de 2,700,000 francs pour les bourses de l'enseignement secondaire, parmi lesquels 620,000 francs affectés à de malheureux collèges communaux dont les neuf dixièmes ne sont pas en état de donner une instruction passable; le chapitre 51, portant 1 million de francs de bourses pour les familles de sept enfants, comme si nécessairement, parmi sept garçons et filles, il devait y en avoir un merveilleusement bien doué au point de vue intellectuel; le chapitre 54, qui, dans un crédit dq 2,680,000 francs, contient une somme importante afleclée aussi aux bourses. Les départements et les municipalités renchérissent sur ce zèle de l'État centraL Ainsi, en attendant que le mécanisme de MM.de La Forge
et ses collègues travaille méthodiquement, par le prétendu a triage des capitaux intellectuels », à créer des légions innombrables de quarts de lettrés ou de quarts de savants, les libéralités inhumaines de l'Élat lancent chaque année dans la société plusieurs milliers de pauvres hères, indigents de cervelle et de connaissances, aiguisés d'appétits, qu'attend la destinée la plus triste, la misère après des rêves dorés.
L'État, sous ses trois formes de pouvoir national, pouvoir provincial, etpouvoirmuoicipal, joueungrandrAle dans l'enseignement primaire. Il ne s'est emparé que tardivement de ce domaine, que le clergé et les institutions charitables avaient en partie seulement défricbé.
Possédant ce double pouvoir de contrainte qui constitue le fond de son organisme, la contrainte légale et la contrainte fiscale, l'Étal s'est épanoui avec bonheur dans ce vaste champ.
Nous ne disons pas que tout rôle en cette matière dût lui être interdit; à l'heure actuelle, en tout cas, il serait trop tard pour l'en expulser; mais peut-être pourrait-on utilement le cantonner et le rappeler à la discrétion, à la modestie, qui lui sont aussi nécessaires qu'aux individus, et qu'il oublie sans cesse.
Certes, dans nos sociétés telles que les a faites l'imprimerie, la plus grande conservatrice et propagatrice des connaissances humaines, un homme qui ne connaît ni l'écriture, ni la lecture, ni le calcul élémentaire, se trouve tellement dépourvu, qu'on peut affirmer que c'est un devoir positif pour les parents de donner à leurs enfants ces notions faciles, au même titre qu'ils sont obligés de les nourrir, de les vêtir, de leur apprendre un métier. Cette obligation, sans faire l'objet d'une loi spéciale, peut être considérée comme découlant naturellement du code, et s'il y avait, sur
L'ÉTAT ET L'mSTRUCTlON PUBLIQUE. 279
ce point, quelque ambiguïté, on pourrait l'y inscrire. Quand des parents, par indifTérence, par idée de lucre, se refusent k donner aux enfants ces quelques notions, l'KIat peut légitimement intervenir, comme il intervient quand des parents maltraitent leurs enfants ou refusent d'en prendre soin.
Lorsque l'abstention de la famille vient, non pas de l'opiniâtreté ou de l'ignorance, mais de l'impuissance ou du manque de ressources, les pouvoirs publics, soit locaux, soit généraux, peuvent prendre à leur charge les frais matériels d'école, c'est-à-dire le prix que l'écolier devrait acquitter pour le loyer et l'entretien de l'établissement scolaire, pour la rétribution du maître, parfois même, maïs avec beaucoup plus de réserve, pour les livres et les fournitures de classes. Ce n'est pas un droit que les familles peuvent revendiquer, à ce sujet, contre l'Etat, car on chercherait vainement d'oil découlerait ce prétendu droit; ce n'est même pas un devoir positif pour l'Élat; mais c'est de sa part, dans les limites qui précèdent, un acte de bienfaisance.
Les êtres moraux, comme les êtres individuels, n'ont pas seulement des droits et des devoirs; il y a en outre, pour eux, une sphère qui n'e^t pas soumise à l'impératif catégorique, ob ils ont la faculté, sans en avoir précisément la mission, de faire des actes utiles et sympathiques. Quand il s'agit, toutefois, des pouvoirs publics, qui peuvent difficilement séparer leur action de la contrainte, de la contrainte fiscale, sinon de la contrainte légale, beaucoup de circonspection et de modération s'impose dans cette sphère facultative.
En tout cas, si l'État doit survenir ici pour compléter une t&che qui n'est que partiellement accomplie par d'autres, il ne doit négliger aucun concours volontaire, spon-
tané; à plus TorLe raison ne doit-il pas le repousser, ni surtout prétendre le supprimer.
L'enseigoemeot de l'État devient le grand champ clos des discussions des nations modernes; c'est que l'enseignement d'État tend de plus en plus à ressembler singulièrement à la religion d'État. Il affecte la même arrogance, le mfime monopole. Il supporte impatiemment une dissidence quelconque; il est le rendez-vous d'autant de fanatisme.
L'État, dont nous avons montré l'absolue impuissance d'inventer, semble vouloir se donner la mission de former les jeunes générations suivant un certain type intellectuel et moral; c'était aussi la prétention des antiques religions d'État.
Le despotisme, dans les choses intellectuelles, aurait donc changé simplement de scène: de l'église, il serait transporté à l'école ; des adultes, il serait passé aus enfants.
Quand on sort de l'instruction purement rudimentaire et des matières de fait, comme la lecture, l'écriture, le calcul, la géométrie, la géographie, l'histoire naturelle, on tombe dans les matières controversées, on les rencontre presque à chaque pas: la neutralité de l'école ne peut guère être qu'un mot; car la philosophie, ce que l'on appelle les nolions premières, étant au fond de toutes les connaissances humaines, de toutes celles du moins qui touchent l'homme moral et ses relations avec la société, on se heurte constamment à des idées philosophiques et religieuses, qu'il faut, même pour des enfants, commenter, détruire ou fortifier.
L'Etat ne peut se tirer de cette difficulté que par deux moyens simultanés: en laissant fonctionner librement les écoles privées k côté des siennes; en pratiquant dans les siennes propres, non pas un prétendu esprit de neutralité
qu'on no peut jamais garder, mais un large esprit de bienvaillance, d'une déférence sympathique pour les opinions et les croyances qui sont traditionnelles dans le pays, et qui, d'ailleurs, par leur enseignement, tendent h moraliser les hommes.
Malheureusement, l'État moderne est, par sa constitution propre, tellement accapareur et monopoleur, qu'une semblable sagesse lui est presque interdite. On en a eu dernièrement un frappant exemple dans une des plus curieuses résolutions du conseil municipal de Paris.
On sait que ce conseil se considère comme un concile, quelque chose comme l'anticoncile qui se tint naguère à. Naples, au moment où l'on proclamait à Rome l'infaillibililê pontificale. Le conseil ou concile municipal de Paris a des dogmes qu'il tient à rendre universels sur son territoire : pour la propagande de vérités destinées à l'universalité, rien ne vautl'unité de livres. Les 120,000 ou 130,000 élèves (il y avait 62,641 garçons et 31,296 filles en 1883) qui fréquentent les écoles publiques de la ville de Paris seront donc préservés des inconvénients de la diversité des livres de classes. La vérité étant une, le livre doit être un.
Pour passer de la théorie à la pratique, le conseil ou concile municipal de Paris a jeté son dévolu sur la rédaction d'une grammaire; mais personne ne peut douter qu'après la grammaire ne vienne l'arithméliquo unique, puis la géographie unique, l'histoire unique, la morale unique. On a convoqué les grammairiens à présenter leurs élucubrations à une commission oîi l'on avait fait entrer, par décorum, trois membres de l'Institut. Mais, par un oubli, ces trois académiciens ne furent pas convoqués ou ne se rendirent pas aux convocations. Les conseillers municipaux jugèrent leurs propres lumières suffisantes et opérèrent tout seuls. Le hasard, qui se mêle de toutes les choses humaines.
28i L'ÉTAT MOUERNE ET SES FONCTrONS.
Ut choisir, comme grammaire municipale unique dans les écoles de la ville de Paris, un livre émanant d'un ancien membre de la Commune. Il advint aussi qu'on négligea de recourir à l'adjudication publique pour l'impression et la fourniture de celte grammaire; que, par une autre coïncidence fortuile, on traita de gré à gré avec un imprimeur dont ledit membre de la Commune, auteur de la grammaire, était le proie ou l'associé; qu'enBn les autres imprimeurs, dont on n'avait pas sollicité la concurrence, prétendirent que le prix alloué par feuille représentait deux fois le prix habituel pour un ouvrage assuré d'un tirage énorme.
Voilà comment Paris est doté d'une grammaire unique, chef-d'œuvre inappréciable, comment aussi les membres du conseil municipal ont eu la joie de faire plaisir à un écrivain et t un industriel qui partagent leurs opinions, voilà pourquoi les conseillers municipaux n'ont pas hésité, en hommes impeccables qu'ils sont, à s'exposer, pour un résultat si glorieux et si utile, aux bruits divers que suggèrent toujours les traités de gré à gré.
Paris a commencé; mais Saint-Ouen, sans doute, suivra, puis d'autres. L'enseignement d'État, par la force des choses, aboutit toujours à l'uniformité.
On dira que le conseil municipal de Paris est aujourd'hui mal composé; peu importe. Il est dans la nature de l'État moderne, qui sort d'élections fréquentes, d'être souvent mal représenté; il y aura toujours dans nos assemblées, soit nationales, soit locales, des officiers de santé gonflés d'eux-mêmes, qui le prendront de haut avec Pasteur, qui proclameront, sans s'émouvoir et sans émouvoir leurs collègues, qu'ils ont plus de génie que lui, qu'ils concentrent dans leur cerveau toute l'intelligence humaine et qui traiteront l'enfance comme une matière h expérience.
L'État central n'est pas lui-même toujours mieux inspiré.
II ne l'a pas été en Friince pour l'établissement de la gratuité scolaire, qui fausse les idées de la nation, pour son plan de constructions d'écoles qui va coûter i milliard, et qui couvrira tous les hameaux de constructions qu'ils ne pourront pas même entretenir.
11 ne l'a pas été davantage pour l'esprit d'incommensurable orgueil qu'il a insufflé à ces pauvres maîtres d'écoles, pour les certificats d'études dont on Tait un si lamentable abus, pour les dizaines de milliers d'aspirants instituteurs et d'aspirantes institutrices qu'il a fait surgir sur tous les points du territoire, sans places qu'ils ou elles puissent occuper.
Dans beaucoup de pays, en France, en Angleterre aussi, peut-être en Amérique, on est sur la pente de faire nourrir par l'État, ou du moins par les municipalités, qui sont une des formes de l'Étal, des catégories de plus en plus nombreuses d'enfants.
11 est facile de noter les étapes de ce socialisme : on institue d'abord l'école gratuite, puis on fournit les livres, ensuite des vêtements décents & ceux qui en sont dépourvus, puis un repas que payent les enfants ricbeset que ne payent pas ceux qui sont réputés indigents. L'absolue gratuité pour tous ces accessoires de l'école finira par 6tre la règle.
Parmi les revendications de la Social démocratie Fédération, fondée en Angleterre en 1881 , on trouve la free compulso>-y éducation for ail classes together wilh the provision of at leasl one wkolesome meal a day in each sckool (1), ce qui veut dire « éducation gratuite et obligatoire pour toutes les classes, avec la fourniture d'au moins un repas sain chaque jour dans chaque école. » On est en train de remplir ce pro-
(I) Sociatism of llie Slreels in Engiand, pubtitlied bij tlie Libfily and Properly Defcnce Itûffue, ISS8, p. 7.
284 l'état MOOERÎIE ET SES FONCTIONS.
gramme à Paris avec la caisse des écoles, les cantines scolaires, les pupilles de la ville de Paris, etc.
Certes, il était utile que des Ames bienfaisantes se chargeassent de vêtir les enfants qui, par la pauvreté de leurs familles, auraient dû rougir do leurs loques devant leurs camarades; la charité individuelle avait là devant elle un champ qu'elle pouvait parcourir. L'État s'en empare, l'État généralise tout, transforme tout secours en droit, c'est-dire qu'il corrompt tout.
La ville de Paris nourrit déjà une grande quantité d'enfants, mais l'on veut la pousser plus loin. Ces enfants, qu'on retient à l'école jusqu'à treize ou quatorze ans, ils pourraient gagner quelque chose pour la famille ; on prive donc celleci d'une ressource, il faut la lui rendre, l'indemniser. Non seulement les enfants ne payeront plus rien pour leurs frais d'école, leurs livres de classe, leur tenue scolaire, leurs repas à l'école; mais bientôt on payera les parents, tout comme, sous l'ancienne révolution, on payait les citoyens qui assistaient aux débats des sections.
Comme il est dans la nature de l'État, plus particulièrement encore de l'État moderne, soumis à la force impulsive des élections, d'exagérer l'application de tout principe, on retrouve ce caractère dans les examens multipliés et désolants auxquels, sur tout l'ensemble de notre territoire, on soumet les enfants qui finissent leurs études primaires. Cette pratique des certificats d'études nous est venue d'Angleterre. Elle séduisait.
On a voulu proportionner certaines récompenses des maîtres aux succès obtenus par leurs élèves dans les examens. On n'avait pas réfléchi qu'on allait généraliser dans toutes les couches du pays un mal dont on se plaignait que les classes moyennes fussent affligées. Combien a-t-on écrit et parlé contre le baccalauréat, la préparation artificielle et
illusoire qu'il suscite, les efTorls stériles de mémoire dont il est l'occasion, les prétentions qu'il donne aux jeunes gens pour leurs carrières futures !
Le certificat d'études est la réduction du baccalauréat à l'usage des classes populaires ; il en a tous les inconvénients- Un homme qui ne saurait être suspect en ces matières, M. Francisque Sarcey, l'un de ceux qui ont le plus contribué, il y a quinze ans, à déterminer la direction que suit l'État pour l'enseignement primaire, a fini par s'émouvoir des maux qu'enfantent les excès de zèle bureaucratique. Son robuste bon sens n'a pu résister à un aussi lamentable spectacle.
Conddent des gémissements de quelques instituteurs intelligents, il nous montre le pauvre maître d'école triant ses élèves, portant tous ses soins sur celui qui semble avoir quelque facilité d'esprit, sacrifiant les autres, obtenant de la famille, à force de sollicitations, que l'adolescent supposé bien doué s'abstienne, même en été, de tout travail des champs, lui imposant des heures supplémentaires de labeur intellectuel, le faisant peiner toutes ses soirées ; puis toutes ces espérances, tous ces efforts aboutissant souvent & un échec, l'enfant déçu, la famille indignée, l'instituteur « hué, insulté, menacé, baissant la' tète, n'ayant d'autre ressource que de fuir devant le flot/des invectives, perdu de réputation dans l'opinion publique ».
Si les traits sont un peu chargés, c'est M. Sarcey et ses correspondants, instituteurs et villageois, qui mettent dans ce tableau ces tons sombres.
Par son enseignement sans mesure, sans discrétion, sans souplesse, l'État répand dans tous les hameaux la manie et presque la folie des grandeurs (1).
La société civile, telle que l'État moderne nous la prépare, Unira par ressembler à ce qu'étaient autrefois (on dit qu'elles se sont améliorées) les armées des républiques de l'Amérique centrale ; un nombre de généraux et de colonels presque égal an nombre des sergents, un nombre de sergents presque égal au nombre des soldats.
Une société ainsi charpentée, en violation de toutes les lois des proportions et de l'équilibre, se trouvera, dans un quart de siècle ou dans un demi-siècle, aussi incapable de soutenir la lutte économique contre les nations asiatiques, alors pourvues de machines, que les peuples elTéminés et désorganisés de l'empire romain de la décadence Turent incapables de résister aux barbares.
Si l'espace ne nous faisait défaut, il nous serait aisé de démontrer aussi l'action perturbatrice des institutions d'État dans ce que l'on appelle l'enseignement professionnel. Rien ne varie comme les professions, rien n'est aussi sujet à modiUcations dans le temps et dans l'espace; rien n'exige tant d'applications et d'adaptations de détail.
nature?, tes examens de loua genres. Le numéro ilc novembre ISgg <le la Nijuleenth Century, revue libérale ;i laquelle collabore assidûment M. Gladstone. conticQt en tStedeux articles des plus catégoriques contre la folie Bcoluire. Le premier est intitulé : Tke tacrificc of éducation lo exaiiiiiialion a signeit proleil (le sacrifice de l'èducatioD au système d'eismens, proteslatjoa signée), par M.M. le proresscur SInx. .MQIIer, t'reemao et i''réd. Harrisoii, trois des plus grands noms eciciiUliques de l'Angleterre contemporaine. Le second porte pour titre : The cry for iuele$s Anouiledge (l'engouement pour les connaissances inutiles), par ttiD right honorable Lord Arrastrong, L'auteur y démontre, avec une gronde Torce d'arguments et une abondante expérience pratique, que la plupart des écoles professionnel tes que l'on multiplie sont sans aucun avantage réel ou m£me jettent beaucoup plus de perturbation que de lumières utiles dans la société.
Toutes ces protestations, venant se joindre à celle déjà ancienne il'Herbert Spencer, sont décisives.
Elles témoignent de la justesse de l'observation que nous avons faite dans une des premières parties de cet ouvrage (voir page Si) que l'État, par son intervention, intensifie et prolonge tous les engouements momentanés auxquels cède une nation et dont elle pâtit.
L'État intervient avec ses procédés uniformes, rigides; i) croit s'apercevoir que la peinture sur porcelaine et sur émail réussit et donne des bénéfices aux jeunes filles ou aux Femmes; immédiatement il fait enseigner dans une foule d'établissements à peindre sur porcelaine, sur émail, sur éventail : où il y avait place pour cent ouvrières, il en prépare mille; il déprécie le salaire des cent qu'on peut employer et laisse les neuf cenLs autres sans pain (1).
Gomment en serait-il autrement? L'industrie, la vie, se caractérisent par la variété, le changement, la liberté : l'État c'est l'unité, la fixité, la contrainte.
(1) Od peut consulter sur ce sujet l'étude de la SineteeiUh Ctnlury, dont D0U3 avoDS parlé dans la note précédente : The ciy for useiesi tno'vUdge, par lord Annstrong.