CONCLUSION
ses opérations chaque jour plus difficile. Nulle Cour des comptes n'y pourra bientôt sulllrc.
Multipliant ses subventions, ses dons, ses ionctionnaire^, il arriverait à supprimer en fait toute liberté électojale et toute liberté politique.
Gomment un peuple serait-il libre à l'égard du pouvoir, quand une grande partie de ce peuple se composerait de fonctionnaires et que, à côté de ceux-ci, un nombre considérable de citoyens attendrait de TÉtat des dons, des encouragements, des faveurs?
La liberté industrielle périrait bientôt avec la liberté politique. Ces énormes rouages de TEtat, prenant dans leurs engrenages tous les efforts privés, finiraient par les lasser ou les briser.
C'est au pur collectivisme que graduellement certains docteurs veulent conduire l'État moderne. Ils l'y acheminent par des chemins détournés, par des étapes discrètes.
Or le collectivisme partiel ou le collectivisme total, c'est, à des degrés divers, la déchéance de la civilisation européenne (1).
On se flatte de Tidée que les nations ne peuvent pas rétrograder, que, grâce à l'imprimerie et aux écoles, toute connaissance acquise appartient définitivement à l'humanité qui ne pourrait la perdre.
Rien ne prouve que cette confiance ne repose pas sur un préjugé.
La civilisation ne consiste pas seulement en connaissances. Elle se compose aussi d'habitudes morales : le goût de l'initiative individuelle, l'esprit d'association libre, l'amour de l'épargne, la responsabilité personnelle.
Que cet élément moral s'affaiblisse ou disparaisse, et les
(1) On peut consulter notre ouvrage: Le Collevtivisme ; VÊvolntion du Socialisme depuis ISOTt, le Syndicalisme, 5« édition, Alcan, éditeur.
Connaissances, conservées par Tiniprîmerie et transmises par l'école, serviront de peu de chose. Elles ne sauveront pas plus de la décadence nos arrière-neveux que tous les trésors des arts et des lettres accumulés par Tantiquité n'ont préservé de l'invasion de la barbarie les Romains et les Grecs.
Pour une nation comme pour un homme, Tintelligence vaut peu sans la volonté. C'est donc la volonté qu'il s'agit de cultiver; en l'émoussant par l'intervention fréquente de l'État on énerve la nation entière.
Il n'est pas de progrès techniques qui puissent compensei' un relâchement du ressort individuel dans l'homme.
Que les nations civilisées y prennent garde ! En subordonnant à outrance la volonté personnelle à la volonté collective, l'action individuelle ù. l'action nationale, elles détruiraient le principal facteur de la civilisation !