SCÈNE VII NOËL, BRIQUEVILLE, puis MADAME LEBRETON
Briqueville. — Eh bien, monsieur? ... 5
Noël. — Eh bien, . . . mon oncle, il s'agit de cette chasse . . .
Briqueville. — Hein ?
Noël. — Il s'agit de cette chasse que nous avons louée tous les deux. . . .
Briqueville. — Ah! c'est de cela qu'il s'agit? 10
Noël. — Oui, j'ai reçu les réclamations des voisins pour les dégâts . . . vous savez, ils ont la mauvaise habitude de réclamer, les voisins . . .
Briqueville. — Eh bien, il faut payer. . . .
Noël. — Certainement, il faut payer, mais c'est que, cette 15 année, les réclamations m'ont paru un peu exagérées; d'ordinaire nous en étions quittes pour deux ou trois mille francs; cette fois-ci on nous en réclame quatorze mille.
Briqueville. — Eh bien, il faut vérifier.
Noël. — Certainement, il faut — 20
{Entre par la gauche madame Lebreton avec un domestique portant le déjeuner; il y a sur le plateau une bouteille de vin couchée dans un petit panier; le domestique dépose le plateau sur la table et sort immédiatement par la gauche.)
Madame Lebreton. — Voici votre déjeuner, monsieur 25 Noël. {Elle arrange l'assiette, le verre, la bouteille, etc.) Là ... et quant au dessert vous en aurez, j'ai dit à ma nièce que vous aimiez les fraises; elle est allée, elle-même, vous
en cueillir dans le jardin. . . . {Noël est allé déposer son chapeau sur une chaise au fond à droite.}
Briqueville, inquiet. — Dans le jardin, en plein soleil \ ... au risque d'attraper . . .
5 Noël, également inquiet. — Elle a eu tort.
Madame Lebreton. — N'ayez pas peur, elle s'est mis sur la tête un grand chapeau de paille ... un grand, grand chapeau . . .
Briqueville et Noël, se rapprochant en même temps de 10 la table. {Ensemble.} A la bonne heure.
(// se trouvent nez à nez, chacun d'un côté de la table. Moment de silence. Noël s'assied à la table. Madame Lebreton, avec des précautions infinies, verse du vin dans le verre de Noël.} i5 Madame Lebreton, à Noël. — Elle est gentille, n'est-ce pas, ma nièce?
{Elle sort. Briqueville s'approche de la table et, pendant que Noèl commence à déjeuner, Briqueville regarde la bouteille, soulève le panier . . . C'est de son meilleur vin. . . . Regard 20 furieux jeté vers la porte par laquelle est sortie madame Lebreton. Briqueville redescend en scène, en passant derrière Noël.
Noël. — Vous aviez parfaitement raison, mon oncle, il faut vérifier. . . mais pour vérifier j'avais besoin du bail, j'a- 25 vais surtout besoin du pe'rimètre de la chasse qui était annexe' au bail. ... J'ai cherche' ces papiers et, ne les ayant pas trouvés chez moi, j'ai pensé qu'ils devaient être chez vous. Briqueville. — Cela est possible ... je crois en effet les avoir, et je te les ferai donner. . . . C'est tout ce que tu as 30 à me dire?
Noël, cessant de déjeuner, mais restant assis. — Non, mon oncle, ce n'est pas tout.
Briqueville. — Ah !