‹ L'été de la Saint-Martin (volume 2)Chapitre 49 sur 92 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

Bob. — J'ai eu tort, miss Georgina, je le reconnais, de l'amener avec moi ici, comme autrefois; mais puisque cela vous déplaît, je vais le soustraire à vos regards. ... Je vais le déposer dans le corridor, (Avec un soupir.) loin de tous. (Il sort.) 5

Georgina — Il fait le soumis, mais il n'en sera pas quitte à si bon compte. Miss Barbara Bloornsfield, je vous rendrai votre adorateur en miettes.

Bob, rentrant. — Voilà qui est fait, miss Georgina.

Georgina. — Vous l'avez exilé! Cette proscription doit 10 vous briser le cœur.

Bob. — Voyons, miss Georgina! Est-ce l'approche de l'orage, car le vent a tourné depuis ce matin, qui vous rend si fébrile aujourd'hui?

Georgina. — Me prenez-vous pour un baromètre en 15 robe, à présent, mister Bob?

Bob. — Oh ! miss Gibson ! . . . Je me demande seulement pourquoi mon . . . ce . . . mon . . .

Georgina. — Parapluie, dites le mot. Oh! je suis préparée à tout! 20

Bob. — Eh bien, oui, mon parapluie ! Pourquoi le traitez-vous si rudement aujourd'hui? Qu'est-ce qu'il vous a fait, voyons ?

Georgina, avec vivacité. — Ce qu'il m'a fait! Il m'a fait ... Il m'a fait que je trouve absurde ce port éternel 25 d'un objet disgracieux ... et raillé dans tous les vaudevilles français. Il m'a fait . . . que je ne comprends pas comment un gentleman de votre sorte se condamne à une compagnie aussi grotesque tous les jours de cette vie. . . . Encore si vous le portiez élégamment! mais non! vous le 3° portez toujours sous le bras, la pointe en terre, comme si vous suiviez le convoi du général en chef des parapluies! . . . Il y a, enfin, que votre parapluie m'agace! . . . que je ne puis le souffrir, et que son maître . . .

74 VENT D'oUEST

Bob. — Oh ! miss Georgina, voilà de dures paroles ! Eh bien, miss Gibson, j'ai un parapluie, tous les jours, à toute heure, là!

Georgina. — Et il veille sur votre sommeil, peut-être ?

5 Bob, avec douleur — Oui! c'est-à-dire non! Mais, au moins, il ne me dit pas de choses . . . qui me font de la peine . . .

Georgina. — Bon parapluie ! Après sa mort, vous lui élèverez un tombeau un fourreau de marbre, n'est-ce pas?

10 Bob. — Vraiment, je suis très-étonné, miss Gibson, de la grêle de flèches que vous me décochez ce matin!

Georgina. — Ouvrez votre parapluie alors, c'est le bouclier des temps modernes!

Bob. — Eh bien, oui, miss Georgina, un parapluie est le

15 bouclier d'un Anglais. C'est son moyen de défense contre les éléments qui semblent avoir choisi notre île pour leur lieu principal de rendez-vous. Sous un ciel toujours couleur de waterproof, le parapluie est l'arme naturelle d'un Anglo-Saxon. Avec lui, il défie victorieusement les bron-

20 chites, pleurésies, et autres tristes maladies que l'hiver britannique lance sur lui comme des projectiles. Qui peut songer à reprocher à l'homme faible de porter toujours avec lui une arme pour déjouer les attaques de ses ennemis mortels ? Est-ce qu'on reproche à l'éléphant de sortir tous

25 les jours avec sa trompe ? Avec sa trompe l'éléphant arrache les bambous qui le gênent ou étrangle les tigres qui le regardent de travers. Eh bien ! mon parapluie, c'est ma trompe. C'est avec cela que je me bats contre la pluie, la neige fondue et la bruine, qui sont bien plus terribles et

30 bien plus perfides que la collection complète des tigres du Bengale !

Georgina. — Ah! que je regrette donc, mister Bob, d'avoir profané. . . .

Page 1