SCÈNE XV ADRIENNE, NOËL
Adrienne, répondant à un regard stupéfait de son mari. — Emmène moi . . . allons-nous-en d'ici. Emmène-moi tout de suite. ... 10
Noël. — Que se passe-t-il, voyons ?
Adrienne. — Il veut m'épouser. . .
Noël. — Hein ! . . .
Adrienne. — Il veut m'épouser! . . . Voilà où notre belle idée nous a conduits! certainement, en lui annonçant 15 mon départ, j'espérais bien un peu que ce départ lui causerait quelque chagrin et je comptais me servir de ce chagrin pour l'amener tout doucement à faire ce que nous voulions . . . mais est-ce que je pouvais supposer qu'au lieu de passer par le petit chemin que je lui avais tracé d'avance, il 20 s'aviserait, lui? . . . Qu'est-ce donc que les hommes, mon Dieu, pour qu'on ne puisse pas être gentille avec eux et leur dire un peu qu'on les aime . . . sans qu'il leur vienne aussitôt une idée mauvaise ou une idée folle ? . . .
Noël. — Tous les quatre . . . je ne comprenais pas pour- 25 quoi il disait que nous allions vivre ici tous les quatre.
Adrienne. — Tu comprends maintenant?
Noël. — Oui.
Adrienne. — Emmène-moi, allons-nous-en. . . .
Noël. — Nous en aller, nous en aller, nous ne pouvons pourtant pas nous en aller comme ça. . . . Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux ? . . .
Adrienne. — Quoi ?
Noël. — Aller trouver mon oncle et lui avouer tou* bravement.
Adrienne. — C'est une idée, en effet, mais comment prendra-t-il l'aveu?
io Noël. — Ça, par exemple, je n'en sais rien. . . . {Entre madame Lebreton^ par le fond.)