‹ L'été de la Saint-Martin (volume 3)Chapitre 43 sur 92 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Fougasson. — Vous avez pris deux petits pâtés chauds au macaroni. (S' attendrissant.} Betzy préférait les meringues au chocolat ! . . . mais ça ne sera pas un obstacle.

Hortense. — Ah ! ça, monsieur, expliquez-moi . . .

Fougasson. — C'est bien simple, madame, je vous ai S fait suivre.

Hortense, furieuse. — Faire suivre une femme ! . . . Ah ! monsieur, c'est indigne!

Fougasson. — Puisque je voulais vous épouser, je devais naturellement chercher à vous connaître. 10

Hortense. — Et vous avez lancé quelqu'un sur ma piste.

Fougasson. — Moi, je n'ai pas le temps; je suis venu à Paris pour traiter une grande affaire de coton et de cacao . . . mais j'ai confié cette mission à une personne discrète.

Hortense. — De la police, peut-être? i5

Fougasson. — Oh ! non ! je suis plus délicat que ça. . . . J'ai acheté une voiture de place à la Compagnie générale, j'ai habillé mon secrétaire ... un homme 'sûr et distingué ... en cocher de fiacre ... et c'est lui qui vous conduit depuis huit jours. 20

Hortense. — Ce n'est pas possible, le même cocher. . . . Je l'aurais reconnu.

Fougasson. — Il se grimait, madame ... il changeait de perruque tous les matins ... et pour que votre domestique ne prît pas une autre voiture que la sienne ... il lui donnait 25 trois francs par heure . . . l'heure étant de deux francs, vous voyez que je n'en faisais pas une spéculation.

Hortense. — Vous désirez peut-être que je vous rembourse la différence?

Fougasson. — Oh ! . . . mais vous paraissez nerveuse, 3° contrariée . . .

Hortense. — Certainement, monsieur. ... Je suis indignée de votre procédé! Je ne sais pas comment on agit

dans votre Amérique, mais en France un homme qui ferait suivre une femme ne serait pas un galant homme !

Fougasson. — Je vous demande pardon. ... Je n'ai pas cru faire mal.

5 Hortense. — Avoir recours à de pareils moyens, vous ! un homme qui a occupé de si hautes fonctions!

Fougasson. — Comment, vous savez ?

Hortense. — Oui . . . moi aussi j'ai pris mes renseignements.

10 Fougasson. — Où ça ?

Hortense. — Mais à la Préf . . . (S* arrêtant.) C'est mon secret. . . . Enfin vous avez été président d'une république à . . . par là-bas . . .

Fougasson. — Oh ! ce n'est pas la peine d'en parler . . . 15 quatre jours ... en trois fois . . .

Horente, riant. — Quatre jours! . . . pas possible.

Fougasson. — C'est comme j'ai l'honneur de vous le dire. . . . Ah! si j'avais fait pendre seulement vingt-deux avocats ... j'y serais encore.

20 Hortense. — Oh ! taisez-vous !

Fougasson. — Mais Betzy n'a pas voulu.

Hortense. — Je le crois sans peine.

Fougasson. — Comme c'était un vendredi . . . elle m'a dit de sa petite voix: Attendons à demain ... et le lende- 25 main j'étais déposé.

Hortense. — C'est heureux . . .

Fougasson. — Mais le dimanche je reprenais le pouvoir

jusqu'au mardi cinq heures . . . j'avais la Presse contre moi

. . . elle m'avait soutenu le samedi, mais le mardi elle m'ac-

30 cusait d'avoir corrompu la nation. . . . Alors, quand j'ai vu

ça j'ai dit: flûte!

Horente, étonnée. — Flûte ?

Fougasson. — Un mot américain qui signifie: je donne

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