‹ L'été de la Saint-Martin (volume 3)Chapitre 7 sur 92 · SCÈNE IV il · texte numérisé non relu

SCÈNE IV il

souriant et murmure:) "D'Artagnan resté seul avec madame Bonacieux . . ."

Adrienne, relevant la tête, après P avoir penchée comme si elle allait se remettre à lire. — Vous êtes bon cependant ? . . . 5

Briqueville. — Oui, je suis bon, très bon, mais ma bonté ne va pas jusqu'à pardonner ce qui est indigne de pardon.

Adrienne. — Et ce que votre neveu a fait, il y a deux mois, est indigne de pardon? ... 10

Briqueville. — Oui. . . .

Adrienne. — Ah !

Briqueville. — Figurez-vous ... ça ne vous ennuie pas, au moins, que je vous parle de mes chagrins . . .

Adrienne. — Non, non, ça ne m'ennuie pas du tout. . . . i5

Briqueville. — Eh bien, figurez-vous . . . j'avais arrangé pour lui un mariage superbe, de vieux amis à nous, une jeune personne charmante . . .

Adrienne. — Elle était ... ?

Briqueville. — Elle était charmante . . . pas mal d'ar- 20 gent, très grande famille . . . tout était bien convenu, on devait signer le contrat le lendemain. ... Je reçois une lettre de mon neveu, il était désespéré, me disait-il dans cette lettre, mais pour rien au monde il ne consentirait à épouser Marguerite . . . elle se nommait Marguerite ... 25 Voilà ce qu'il m'écrivait . . . vingt-quatre heures avant la signature du contrat! ... Et si encore il m'avait donné une raison; s'il m'avait dit qu'au dernier moment le mariage lui avait fait une telle peur . . . j'aurais compris, mais pas du tout, le mariage ne lui faisait pas peur; il n'épousait 30 pas Marguerite, tout simplement parce qu'il avait envie d'en épouser une autre . . .

Adrienne. — Ah ! . . .

Briqueville, se levant et avec violence en frappant de la main sur la table. — Et qui épousait-il ? qui ? ... je vous le demande ?

Adrienne, se reculant un peu. — Je ne sais pas, moi. . . . 5 Briqueville, avec éclat. — La fille d'un tapissier! la fille d'un méchant petit tapissier de rien du tout !

Adrienne. — Oh !

Briqueville. — Et n'a-t-il pas eu l'aplomb de m'écrire que je lui pardonnerais le jour où j'aurais vu sa femme. . . . io Vous devinez que ma réponse ne s'est pas fait attendre . . . je lui ai signifié que tout était fini entre nous et que je lui défendais de remettre les pieds chez moi. . . . Malgré ma défense il a essayé deux ou trois fois ... je ne l'ai pas reçu. . . . Jamais je ne le recevrai! Sa femme! . . . jamais 15 je ne la recevrai, sa femme! Une grisette! le dernier de notre race marié avec une grisette! (Se laissant retomber sur son fauteuil.} Voilà ce qu'il a fait, mon neveu . trouvez-vous maintenant que j'aie tort de lui en vouloir? . . .

20 Adrienne. — Non, sans doute ... ce mariage arrangé par vous . , . et rompu si brusquement . . .

Briqueville. — La veille du contrat . . . pas trois jours avant, pas deux jours, la veille, vous entendez, la veille!

Adrienne. — J'entends; mais l'autre, la fille du petit ta- 25 pissier de rien du tout, il l'aimait? . . .

Briqueville. — S'il l'aimait! je crois bien qu'il l'aimait! Dans cette lettre qu'il m'a écrite et à laquelle j'ai fait la réponse que vous savez, il y avait quatre grandes pages toutes remplies de cet amour: qu'il l'adorait, qu'il en était 30 fou, qu'il ne saurait vivre sans elle. ( Très vivement. ) Etaientce là des raisons pour aller, la veille d'un contrat ? . . .

Adrienne. — Non, sans doute, mais vous savez, nous autres femmes, dès qu'il y a de l'amour, nous sommes tout

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