‹ L'été de la Saint-Martin (volume 5)Chapitre 22 sur 43 · SCÈNE HUITIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE HUITIÈME

BR1QUEV ILLE.

Tudieu, quel coup de foudre!...

NOËL

Elle était si jolie.

BRIQUEVILLE, bas en montrant Adrienne.

Tu vas me faire croire peut-être qu’elle était mieux que...

NOËL, regardant Adrienne ; un ttfmps»

Mieux, non... Je ne veux pas mentir... elle n’était pas mieux....

BRIQUEVILLE

Ni même aussi bien, j’en suis sûr?..

NOËL

Ah ! si, par exemple, elle était tout aussi bien, je vous assure. (Briqueville, sans prêter ancnné attention aux paroles de Noël, continue à regarder Adrienne qui continue h arranger ses fraises.) Elle a Un SOllrire,

voyez-vous, mon oncle, un sourire tout rempli de malice et en même temps tout rempli de bonté.,.. C’est très -rare cela... Je défierais l’homme le plus insensible de voir ce sourire, et de ne pas en devenir tout de suite amoureux .. Ses moindres mouvements ont de la grâce ; il y a dans toute sa personne un charme auquel il est impossible de résister. .. Il est vrai' que je n’essayai guère, et je m’avouai vaincu, dès l’instant où elle se montra. A peine cependant, le jour de notre première rencontre, lui adressai-jequelques paroles, mais je revinsse la revis, et chaque fois elle me parut plus belle et plus digne d’être adorée... 11 n’y eut plus alors pour moi d’autre joie que de l’aimer, d’autre terreur que de ne pas être aimé d’elle... Je lui en parlai... devant son père, elle me répondit et je tombai à ses pieds... Jusque-là l’idée d’épouser une personne pour laquelle Je ne me sentais pas d’amour m’avait paru toute simple, et la plus ordinaire du monde; le jour où j’aimai, cette idée qui m’avait paru toute simple me parut monstrueuse, je brisai ce mariage auquel vous aviez pensé pour moi, je rompis avec cette famille dans laquelle j’avais été sur le point d’entrer, je rompis brusque-

ment, brutalement, reprenant ma parole... Je me rendis bien compte de l’énormité de ma conduite, de la colère dans laquelle j’allais vous mettre et de la peine que j’allais vous causer, mais il me semblait que la femme que j’épousais n’aurait qu’à se montrer pour que tout le monde me pardonnât, qu’elle n’aurait qu’à vous dire un mot pour que votre tendresse me fût rendue... C’était là ma seule défense et la seule excuse que j’invoquai, jamais je ne vous dis autre chose que ce que je viens vous dire aujourd’hui.. . Consentez à la voir... je ne vous demande que cela... Consentez à la voir! le voulez-vous?,...

BRIQUEVILLE

Non, je ne la verrai pas...

NOËL

Mon oncle...

Adrienne, son assiette de fraises a la main, s’approche très-lentement de la table.

BRIQUEVILLE, se levant.

Je ne la verrai pas. Je te demande pardon, mon garçon, je n’ai pas très-bien écouté tout ce que tu m’as dit... j’aurais écouté que tu n’y aurais pas gagné grand chose ; mon parti était pris. Tu m’as cruellement offensé. Tu as offensé plus cruellement encore des gens que j’aimais... et la femme qu’il t’a plu de choisir, a été de moitié dans l’offense. Jamais je ne pardonnerai... ni à elle ri à toi...

NOËL

C’est votre dernier mot, mon oncle ?

BRIQUEVILLE

Oui, c’est mon dern : er mot.

A Dltl EN NE, qui est arrivée tout près de la table.

Voici vos fraises, monsieur Noël.

NOËL

Merci, ma pauvre enfant, mais je ne suis guère en train, je crains de ne pas faire grand honneur...

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