‹ L'été de la Saint-MartinChapitre 42 sur 99 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FouGASSON, S* asseyant — Je vous en prie . . .

HoRTENSE, à part — Ne le contrarions pas. {Elle s^ asseoit et prend la sonnette qu'elle garde, ^ Je tiens la sonnette et au premier mouvement . . .

FouGASSON. — J'ai vu votre portrait, madame, dans Pâte- 5 lier d'un peintre célèbre et aussitôt je me suis écrié: (Avec exaltation,) Mais c'est elle! C'est Betzyl ma chère Betzy!

HORTENSE, étonnée, — Betzy !

FouGASSON. — Ma femme ... un ange . . . que je viens lo d'avoir la douleur de perdre.

HoRTENSE, à part, — Pauvre homme ! c'est le chagrin qui lui a porté sur le cerveau.

FouGASSON. — J'en ai reçu la nouvelle d'Amérique, il y a quinze jours. i5

HoRTENSE. — Et vous songez déjà à vous remarier ?

FouGASSON. — Oui ... je vous dirai pourquoi . . . chère Betzy! beauté, sensibilité, cœur, esprit . . . elle avait tout! ... et il a fallu qu'un événement ... je lui avais pourtant bien défendu d'aller en chemin de fer. 20

HoRTENSE. — Ah I c'est en chemin de fer ?

FouGASSON. — Le train traversait un pont de bois ... on fait très mal les ponts en Amérique . . . celui-là s'est effondré et le convoi tout entier est tombé dans l'Ohio I

HoRTENSE. — Oh ! quelle ruine ! 25

Fougasson! Une ruine! . . . non ... je l'avais fait assurer.

HORTENSE. — Ah !

Fougasson. — Si vous daignez m'accorder votre main, je vous ferai assurer aussi ... 30

HoRTENSE. — Vous êtcs bien bon.

^ Fougasson. — Quand je reçus le fatal télégramme . . . mon premier mouvement fut d'acheter une pelote de ficelle.

s© LA LETTRE CHARGÉE

HoRTENSE. — Pourquoi ?

FouGASSON. — J'étais comme un fou ... je voulais me pendre. (^Tirant une pelote de ficelle de sa poche,') La voici . . . elle ne me quitte jamais. (^Se levant) Oh! ce 5 sera bien vite fait ... un clou . . . une rosace ... la moindre des choses. {^Regardant en Pair,) Tenez, en voici un clou.

HoRTENSE, effrayée. — Monsieur! . . . pas ici! . . . pas ici! ...

10 FouGASSON, remettant la pelote dans sa poche, — Ne craignez rien ... j'ai renoncé à mon projet . . . pour le moment. {^11 se rasseoit J) C'est la vue de votre portrait qui a opéré ce miracle . . . car c'est étonnant comme vous ressemblez à ma chère Betzy . . . deux gouttes d'eau ... de 15 profil! . . . Ayez la bonté de vous tourner un peu.

HoRTENSE, résistant, — Mais, monsieur . . .

FouGASSON. — Ah ! je vous le demande !

HoRTENSE, effrayée se mettant de profil, — Voilà . . . voilà , , , (^A part,) Ne l'excitons pas. {Haut,) Est-ce bien 20 comme ça?

FouGASSON, la regardant, — Oui! ... oh! oui! ... (// tire de sa poche un mouchoir et se met à sangloter, ) Betzy ! ... ma chère Betzy! ne bougez pas. ... {Il se remet à sangloter,) Ça me fait du bien !

25 HoRTENSE, à part, — Je ne peux pourtant pas passer ma journée à le faire pleurer ... de profil.

FouGASSON, très ému, — Voici sa photographie . . . C'est frappant.

HoRTENSE. — Voyons. . . . {La regardant, A part.) Elle 30 a le nez de travers. . . . {Haut^ la lui rendant,) Il me semble que le nez . . .

FouGASSON. — Oui ... le sien est mieux . . . mais, avec une ressemblance aussi parfaite, il est impossible que vous

Page 1