SCÈNE PREMIÈRE
lieutenant par le général et autre chose serait de troubler cette enfant, de faire naître en elle un espoir irréalisable.
RAOUL
Irréalisable! Mais pourquoi?
MADAME DE RÉNAT.
Mais parce que vous ne l'aimez pas... Mais non, vous ne l'aimez pas ! C'est l'effet de la campagne, c'est tous les ans la même chose 1 Est-ce que je ne vous connais pas? après un mois de province, vous demandez toujours quelqu'un en mariage. C'est réglé, cela! Il y a deux ans, c'était miss Stowe, l'année dernière, c'était moi, cette année, c'est Toinon, l'année prochaine, ce sera... est-ce que je sais, moi?... Aussi vous trouverez bon que j'hésite à me prêter à vos fantaisies bucoliques... et déplacées, il faut dire le mot.
RAOUL,un peu animé, se levant.
Déplacées, mais en quoi? en quoi? en quoi?
MADAME DE RÉNAT, de même, se levant.
Mais en tout ! en tout ! en tout !
RAOUL
0 mon Dieu ! ma tante, calmez-vous 1
MADAME DE RÉNAT, se rasseyant.
Comment, que je me calme! Vous n'avez pas la prétention de m'émouvoir, j'imagine, avec vos billevesées?
RAOUL
Vous émouvoir I vous! la raison même! Oh! non, depuis huit ans que je vous connais, je ne Vous ai vue émue qu'une fois... à mon endroit, s'entend, l'année dernière, le jour de mon duel, et encore quand je dis
iO L'ETINCELLE
que je vous ai vue, j'ai cru vous voir. C'est même ce qui m'avpit donné l'idée ingénieuse d« vous offrir ma main. Ahi ah! ah! m'avez- vous assez blackDoalé, ma tante... Mon Dieul vous avez eu raison, je le confesse, aussi je me suis incliné, vous l'avez vu, mais cette foi& ci, ah! non, ah! non, et à moins que cela ne vous déplaise personnellement...
MADAME DE RÉNAT.
personnellement? Pourquoi?
RAOUL
Dame! vous n'avez pas une seule bonne raisoa a on donner, Antoinette est charmante, vive, gaie... un peu... expansive? Eh bien! moi aussi... un peu... enfin, pas sérieuse! Eh bien! ni moi non plus, il parait. Vous me l'avez assez répété. En tous cas, qu'elle dise oui seulement et je l'épouse! Et sérieusement!... et sérieusement, je vous en réponds.
MADAME DE RÉNAT.
Eh bien ! épousez-la, mon cher ami, épousez-la ; ce que je vous en disais, moi, vous comprenez... épousez-la !
RAOUL
Alors, vous '-'l'aiderez?
MADAME DE RÉNAT
Certainement.
RAOUL
Vous lui -parlerez?
MADAME DE BÉNAB,
Pourquoi pas?
RAOUL
Vous .erez...