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HISTORIQUE DE L’ÉTINCELLE ÉLECTRIQUE

Depuis Thalès de Milet, 600 ans avant l’ère chrétienne, jusqu’au dix-septième siècle, le seul phénomène électrique connu était l’attraction des corps légers par un morceau d’ambre frotté. Un médecin anglais, Gilbert, reconnut que l’ambre n’était pas la seule substance capable d’acquérir cette propriété par le frottement. Ses expériences décrites dans son Traité de Taimant appelèrent l’attention des académiciens de Florence qui augmentèrent la liste des corps jouissant de la meme propriété.

Vers le milieu du dix-septième siècle, Otto de Guericke, bourgmestre de Magdebourg , qui s’occupait de physique avec succès, découvrit par hasard la répulsion électrique. Il électrisait un globe de soufre , en le faisant tourner , afin que sa main appliquée sur le globe produisît le frottement nécessaire, et il présentait à ce corps électrisé de petits corps très-légers, tels que des fragments de papier sec, de sureau, des barbes de plume. 11 vit avec surprise quelques-uns de ces fragments fuir le globe de soufre, dès qu’ils l’avaient touché. Ce fut le point de départ de nouvelles recherches. Plus tard, ayant suspendu à des

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cordons de soie une corde de chanvre, il approcha une de ses extrémités du globe de soufre électrisé et il observa que la corde de chanvre attirait aussi dans ces circonstances les corps légers ; il découvrait ainsi que les corps peuvent s’électriser par communication, quand ils sont suspendus convenablement. C’est aussi Otto de Guericke qui aperçut le premier Vëtincelle électrique. Se trouvant dans l’obscurité et ayant approché la main du globe électrisé, il vit une lueur très-faible et instantanée entre le globe et sa main ; il compara cette lueur à celle que présente le sucre quand on le broie dans l’obscurité. Réitérant cette ex[»érience , il entendait un petit bruit à l’instant où la lueur apparaissait.

Otto de Guericke mourut en 1686; il laissait un champ très-vaste à explorer ; aussi les savants de toute l’Europe se mirent à l’œuvre, et dans le siècle suivant la physique s’enrichit de nombreuses découvertes en électricité.

Complétant une découverte précédente d’Otto , te physicien anglais Grey démontra en 1727 que tous les corps peuvent être électrisés ; les uns comme l’ambre, le soufre, le verre, la résine, par le frottement, les autres, tels que les métaux, par communication, à condition qu’ils soient soutenus par des supports de la première espèce. C’est donc à Grey que nous devons la distinction des corps bons et mauvais conducteurs de l’électricité. On a[)pelle isoloirs les supports mauvais conducteurs que l’on emploie pour électriser les corps bons conducteurs. Grey employait des tubes de verre, qu’il frottait avec une étoffe de laine pour les électriser; il reconnut que l’étincelle éclate entre un pareil tube et tout corps conducteur qu’on en approche. On pouvait alors obtenir des étincelles de 1 ou 2 centimètres, visibles dans une demiobscurité, et faisant entendre un bruit que Hauksbée appelle un craquement.

Outre l’étincelle proprement dite, on avait observé certaines lueurs sur les corps électrisés. Royle paraît être le

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pn^iiiior qui ail élé (éinoiii de ce phénomène; Sympson avait aussi remarqué qu’en passant la main bien sèche sur le dos d’un chat on rendait son poil lumineux dans l’obscurité. Grey fit une étude particulière de ces lueurs, en se servant de barres de fer suspendues par des cordons de soie (177)4). Ayant ainsi disposé une barre de fer pointue dans l’obscurité, il approcha d’une extrémité un tube de verre électrisé, et il vit luire à l’autre un cône de lumière faible et violacée ; il lui donna le nom d’r//‘- (jreUe électrique que l’on a conservé. Grey fut tellement émerveillé de cette découverte, que, « comme saisi d’un (( esprit de prophétie, il annonça une découverte qui ne (( se fit que bien longtemps. après. Quoique ces effets, « dit-il dans les Philosophical Transactions, n’aient été (( produits que très en petit, il est probable qu’on pourra, « avec le temps, trouver une façon de rassembler une plus « grande quantité de feu électrique, et par conséquent (( d’augmenter la force de cette puissance, qui, par plu- (( sieurs de ces expériences, s’il est permis de comparer (( les petites choses aux grandes, semble être de la même (( nature que celle du tonnerre et de T éclair f ))

Grey était le précurseur de Franklin, à qui était réservée la gloire de démontrer en l’identité de la

foudre et de l’électricité, et celle plus grande encore d’enseigner à riiomme les moyens de se préserver de ses redoutables atteintes. ^

Grey avait un digne émule en France : c’était Dufay, auquel nous devons la découverte capitale de la dualité électrique. Une de ses plus belles expériences conduit à deux conclusions : d’abord que réleclricité du verre poli frotté avec la laine n’est pas de même espèce que l’électricité de la résine Irottée de la meme façon (pour exprimer ces deux manières d’étre de Félectricité, Franklin a appelé positive la première et négative la se-

^ Ëlénum/s (te P/irjfiique de Sigau(] de la Fond. Tome IV, 1777.

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Ronde) ; ensuite qn’un corps électrisé quelconque ne peut posséder une troisième espèce d’électricité.

Personne , avant Dufay , n’avait tiré une étincelle d’un corps animé , rendu électrique par l’approche d’une source d’électricité. Voici comment il fit cette découverte :

Il s’était mis dans un plateau de bois, suspendu par des cordons de sole, comme un plateau de balance, afin de se faire électriser. On approchait de lui un tube de verre récemment frotté, et il attirait avec ses mains de petites feuilles de métal qu’on lui présentait. Une de ces feuilles étant tombée sur sa jambe, une personne voulut la ramasser, et en la touchant ^elle sentit une petite pi- (pire au bout du doigt. On répéta l’expérience ; les assistants entourèrent Dufay et firent ainsi une certaine obs- (Uirité autour de lui. Alors on vit qu’une étincelle éclatait entre le doigt et le point du corps de Dufay qui en était le plus voisin : Dufay lui-même sentait une piqûre à l’endroit de l’étincelle.

Telle est l’origine de la célèbre expérience du Tabouret isolant sur lequel une personne se place pour être électrisée. On tire des étincelles de toutes les parties de son corps ; elle-même en fait jaillir une toutes les fois qu’elle cherche à toucher les objets voisins qui ne sont pas isolés. En meme temps ses cheveux se hérissent et (die éprouve sur le visage une sensation semblable à celle (jue produit le contact d’une toile d’araignée.

De telles expériences étaient à cette époque faites pour exciter une vive admiration : aussi elles étaient répétées sous les formes les plus variées, et elles devenaient un sujet de recréation fort recherché. Drydone faisait monter sur des tabourets isolants deux personnes dontTune avait une abondante chevelure, blonde autant que possible, et qui n’avait été ni jioudrée, ni pommadée depuis {)lusieurs mois. L’autre tenait un peigne à La main e( b» passait dans l’abondante chevelure, Cba((ue coup de peigne pi‘o-

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(luisait une liiour et Ton tirait (ies étincelles de ces deux personnes.

Bose , professeur à Wittemberg , eut un grand succès avec une expérience qu’il appelait la béatification électrique. Il mettait sur la tete de la personne montée sur le tabouret isolant une couronne de métal à pointes mousses. Lorsque cette personne était électrisée dans l’obscurité, il sortait de sa tête, par les pointes de sa couronne, des aigrettes lumineuses dont l’assemblage représentait assez bien l’auréole que les peintures nous montrent autour de la tête des saints. Bose ayant publié cette expérience, les physiciens cherchèrent à la répéter, mais comme l’antenr n’avait pas mentionné la couronne, aucun d’eux ne réussit. La béatification devenait simplement une ' innocente supercherie. Pourtant Jallabert, professeur à Genève, s’approcha beaucoup de l’expérience de Bose, sans se servir du même artifice. Un jeune homme fut isolé avec soin , il était vêtu d’un tissu de fil et de coton, et il communiquait an moyen d’une grosse barre de fer avec un excellent globe que l’on électrisait. « Ses habits , dit Jallabert , principalement vers (( les bords, se parsemèrent d’une infinité de points lu- (( mineux. J’en aperçus aussi aux extrémités de ses che- (( veux, surtout à ceux du derrière de la tète.... A six (( pieds de distance de la barre , un bout de ficelle atta-

chée au plancher et qui servait de prolongement à un (( des cordons de soie sur lesquels reposait la barre se (( couvrit aussitôt de points lumineux L ))

Des lueurs électriques furent observées dans une foule de circonstances , non-seulement dans l’air , mais aussi dans le vide de la machine pneumatique, llauksbée faisait rentrer l’air dans le récipient de cette machine sous forme de bulles traversant une couche de mercure ; le mercure paraissait en feu. Mais il ne suffisait pas d’observer les apparences bizarres des étincelles, des ai-

^ Élcmoils (le PInjsigiic de Si^.iiid de la Fond. Tome lY, 1777.

5ü ]ÆS MERVEILLES DE L’ÉTINCELLE ÉLECTRIQUE.

guettes et des lueurs, il fallait en étudier toutes les propriétés.

En 1744, Ludolf, médecin allemand, confirma l’idée de Dufay, que l’étincelle électrique était un véritable feu. Jusqu’alors aucune expérience n’avait montré la chaleur dans l’étincelle. Ayant versé de l’éther dans une capsule de métal isolée, il la fit communiquer avec le conducteur de sa machine électrique, et il tira avec le doigt une étincelle au-dessus du liquide ; immédiatement i’éther s’enflamma. On réussit ensuite à. enflammer l’alcool, la poussière de colophane, la poudre à canon, en la mêlant avec un peu de camphre et la chauffant préalablement ; on ralluma une ‘bougie, en faisant passer l’étincelle à travers la mèche encore chaude. Une importante propriété de l’étincelle se trouva démontrée par ces expériences.

Une nouvelle découverte vint agrandir encore le domaine de l’électricité; elle fut due encore au hasard; mais, reconnaissons-le bien, un pareil hasard n’arrive qu’à ceux qui consacrent leur vie à de patientes recherches, et pour lesquels la découverte d’une loi de la nature est la plus belle récompense que Dieu réserve à leur dévouement. Habitués à observer attentivement ce qui se passe autour d’eux, ils ne laissent rien échapper à leur investigation, et leur principal mérite est de savoir profiter d’une circonstance fortuite, d’en tirer les conséquences qui échapperaient à un spectateur ordinaire.

En 1746, à Leyde, Muschenbrock, célèbre professeur de cette ville, remarquant avec ses amis Cunéus et Allaman que les corps électrisés exposés à l’air perdaient rapidement leur électricité, imagina d’isoler les corps de l’air en les renfermant dans des vases mauvais conducteurs. Il voulut donc voir si l’eau placée dans une bouteille de verre recevrait plus d’électricité que si elle était contenue dans un vase ordinaire. Tenant d’une main la bouteille, il voulut détacher la chaîne qui faisait com-

llISroUlQÜE DE L’ÉTINCELLE ÉLEGTIUQUE.

riiLiiiiqiier l’eau avec le conducteur de la machine électrique, lorsqu’il crut l’eau suffisamment électrisée; à cet instant il se sentit frappé, sur les bras et sur la poitrine, d’un coup subit qui l’étonna tellement que, rendant compte, quelques jours après, de cette expérience à

Fig. 4. — Découverte de la bouteille de Leyde.

Kéaumur, il l’assurait qu’il ne voudrait point la recommencer pour la couronne de France^ (fig. 4).

Ajoutons, pour compléter ce récit, qu’une étincelle jaillit entre la main de l’opérateur et la chaîne, en même temps qu’a lieu la commotion.

Éléincnls de Physique de Sigaud de Lal’oiid. Tome IV, 1777.

LES MEllVEILLES DE L’ÉTINCELLE ÉLECTUIQÜE.

Après une élude sérieuse de ce pliônornèiie, on adopta plusieurs perfeclionnenients cpii auginentèrent la puissance de ce nouvel appareil, Allaman plongea la bouteille dans l’eau juscpi’au goulot, pendant qu’on l’électrisait, et pour recevoir la commoîion, il toucha cette eau d’une main, tandis que de l’autre il touchait la chaîne. La commotion et l’étincelle étaient plus fortes que précédemment. Enfin, Devis supprima l’eau, aussi bien en dedans qu’en dehors de la bouteille; il colla une feuille d’étain extérieurement, jusqu’à une certaine hauteur, remplit la bouteille de feuilles de clinquant, et terma le goulot avec un bouchon traversé par une tige de cuivre recourbée. Telle est la forme usitée encore de nos jours. Pour se servir de l’appareil, on tient la bouteille par la panse, et on touche la machine électrique avec la tige de métal, Ouand la bouteille est chargée d’électricité, il suffit d’approcher l’autre main du crochet pour éprouver la commotion et voir l’étincelle. Cette étincelle est grosse et brillante, lorsqu’on réunit la feuille d’étain extérieure et le crochet par un conducteur de cuivre à charnière (fig. 5). On appelle ce conducteur Y Excitateur, et armatiires les feuilles de métal qui garnissent l’appareil.

Pendant la seconde moitié du dix-huitiéme siècle, les physiciens multiplièrent à rintini les expériimces d’électricité. Les appareils furent perfectionnés, particuliérement les machines électiâqiies.

Üufay n’avait employé que des tubes de verre, bien que déjà tiauksbée eût disposé un globe tournant rapidement autour d’un axe. îlausen à Leipzig, Dose à Wittemherg, se servaient de ce dernier procédé. Le père Gordon faisait tourner un cylindre de verre à l’aide d’un archet. Les globes de verre étaient généralement adoptés à l’époque de l’expérience de Leyde. Leur usage était assez périlleux. On voyait souvent un globe voler en éclats pendant sa rotation et les fragments de verre étaient projetés assez loin dans un plan perpendiculaire à l’axe. Sigaud de La-

HISTORIQUE DE E’ÉJllNCELLE ÉLECTRIQUE.

fond raconte qu’un jour il vit un éclat de sou globe couper à vingt-trois pieds de distance une corde qui supportait un aimant. Les machines à cylindre tournant rapidement donnaient lieu aux memes accidents. Aussi était-il nécessaire d’éviter l’emploi de la main comme frottoir. Winkler, à Leipzig, fixa un coussin contre le-

Fig. 5. — Décharge de la bouteille de Leyde.

quel le globe se frottait en tournant ; mais, comme son coussin était trop rigide, le globe, qui n’était pas rigoureusement sphérique, ne touchait pas le coussin uniformément. Aussi Nollet rejeta Lusage du coussin et continua à se servir de la main. Il était pourtant bien facile de remédier à la rigidité du coussin : il suffisait de le presser légèrement contre le globe avec un ressort, et le contact se trouvait par là assuré pendant la rotation : c’est ce que fit Sigaud de Lafond.

Eu 176(], Iiamsden construisit à Londres la première machine électrique à plateau de verre ; c’est encore ce genre de machine qui est le plus répandu aujourd’hui. Puis vinrent les macliines de Yan-Marum, de Nairne. On obtint avec des plateaux de 1 à 2 mètres de diamètre de magnifiques étincelles; on put charger de grandes bouteilles de Leyde, qu’on disposa en batterie, et les propriétés de ces beaux appareils furent rapidement connues.

On voit une machine de cette époque au Conservatoire des Arts-et-Métiers ; elle appartenait au duc de Chaiilnes.

La plus grande machine à plateau est, dit-on, celle de l’Institut polytechnique de Londres; son plateau a 2'%^7 de diamètre et elle est mise en mouvement par une machine à vapeur. Celle du musée Teyler, à Harlem, construite en 1785 par Cuthherslon, dans le système de Van Marurn, a aussi une grande réputation. Les étincelles atteignent aisément 60 centimètres de longueur; elles sont grosses comme un tuyau de plume et le craquement de llauksbée devient une forte détonation. Parmi les plus importantes découvertes qui furent faites dans cette période, celles qui se rattachent à notre sujet sont les découvertes de Viniluence électrique par Canton en 1755, de l’électrophore par AAhlke, en Suède, vers 1776, de la propagation de Pélectricité à de très-grandes distances, qui fut observée en Angleterre sur le mont Shooter, vers- 1747.

Lorsqu'un conducteur isolé est en présence d’un corps électrisé, il présente à son extrémité la plus rapprochée de l’électricité contraire à celle du corps, et à son extrémité la plus éloignée de l’électricité semblable. L’étude approfondie de ce phénomène permit d’enchaîner entre eux la plupart des faits connus. Malheureusement on se servit d’hypothèses relatives à la nature de l’électricité, pour établir celte enchaînement, et la théorie de Synmier et d’Œpinus, qui eut assez de vogue pour être professée jusqu’à nos jours, n’est pas conforme aux principes de la méthode expérimentale. Les apparences lumineuses que

lllSTOlUQUE DE L’ÉTINCELLE ÉLECTUIQUE.

prêseiileiit les corps électrisés condiiisirent tous les physiciens à regarder l’électricité comme un llnide que la plupart coufoudaieut avec la matière du feu. Nous savons aujourd’hui que le feu u’est pas un Iluide, et les considérations développées dans le chapitre précédent s’appliquent à l’agent inconnu des phénomènes électriques. Tout nous porte à penser que cet agent est un mode particulier du mouvement de la matière, et qu’une hypothèse fondée sur une telle conception est seule acceptable. On voit par ces remarques quelle était rimportance de la découverte de Canton.

L’électrophore de Wilke est la plus simple des machines électriques, et il peut donner de très-fortes étincelles, quand il a des dimensions suflisantes. On en construisit un à Gœttingue, dont le diamètre avait plus de deux mètres. C’est simplement un plateau de métal, ou de bois recouvert d’étain, qui est muni d’un manche de verre et posé sur un gâteau de résine. Pour s’en servir, on frappe le gâteau avec une peau de chat, ce qui l’électrise négativement. Puis, posant le plateau conducteur, on le touche avec le doigt; une étincelle jaillit. Ensuite on enlève le plateau, en lé tenant par son manche de verre, et il se trouve électrisé positivement, et capable de donner des étincelles. Cette série d’opérations peut être répétée un grand nombre de fois, sans qu’il soit nécessaire de frapper de nouveau le gâteau de résine avec la peau de chat, celui-ci conservant longtemps son électricité.

(hi peut regarder l’expérience du mont Shooter comme le précurseur de la télégraphie électrique et d’une foule d’applications de l’Etincelle, que nous étudierons dans la suite. Elle a donc pour nous une importance capitale : aussi la décrirons-nous avec quelque détail.

Deux observateurs se placèrent à une distance de 10 000 pieds environ l’un de l’autre, sur un terrain sec. Entre eux était une bouteille de Leyde isolée, de laquelle partaient deux fils de fer soutenus par des morceaux de

bois sec. L’un de ces fils, ayant G 752 pieds de lon^ , connnimi(|nait avec ramialnre extérieure de la bouteille, et arrivait à la portée dnn des observateurs; l’antre lil, ayant 5 868- pieds de long, partait de l’armature intérieure et aboutissait à l’antre observateur. Lorsque la bouteille eut été chargée, le premier toucha le fd de 1er placé prés de lui, et le second approcha son doigt du lil correspondant. Une étincelle jaillit, et les deux observateurs reçurent simultanément une commotion L L’électricité s’était donc propagée avec une rapidité extrême le long d’un fil de 10 600 pieds.

Avec les puissants engins que l’on possédait déjà à cette époque, avec des machines capables de charger des batteries de 58 métrés carrés de surface (batterie de Harlem), dont la commotion tuait un bœuf, qui rendaient incandescent et fondaient un 111 de fer de 20 mètres, il pétait facile d’établir l’identité de la . foudre et de l’étincelle électrique. Lorsque Franklin, Dalibard, de Romas, Le Monnier et tant d’autres physiciens eurent réussi à charger des conducteurs, des batteries de Leyde avec l’électricité des nuages, et à reproduire dans le laboratoire la plupart des effets de la foudre, tous les doutes furent dissipés.

La foudre n’est qu‘une gigantesque étincelle entre un nuage et un point voisin du sol ; l’éclair est l’étincelle entre deux nuages ; le tonnerre est le bruit de ces étincelles, lequel est prolongé lorsque les divers points de l’étincelle sont à des distances inégales de l’observateur, ou lorsqu’il y a succession d’étincelles. Telle est la conclusion des recherches souvent périlleuses des savants du dernier siècle. Dans une période de cent années à peine, le petit fait connu depuis Thalès avait transformé la physique, et amené l’homme à dompter l’une des forces les plus formidables de la nature. Aussi que d’admiration

^ Histoire de VÉlecIrlcllé, pnr Uricslley. Tome L

lllSTOiViQUE DE L’ÉTINCELLE ÉLECTDIQÜE.

chez les spectaleiirs qui se pressaient à l’eiivi autour des appareils d’électricité ! que de courage et de persévérance chez les savants qui scrutaient les mystères de cette force nouvelle ! La science compte parmi ses martyrs un célébré électricien de ce temps.

Uichmann, à Saint-Pétersbourg, avait disposé dans son cabinet une boule de métal, au bas d’une longue tige de fer qui traversait le toit, et qui était isolée. Lorsqu’un nuage orageux passait au-dessus de la tige, celle-ci s’électrisait par influence, ainsi que la boule. Au-dessous était un conducteur communiquant avec le sol, que l'on plaçait auprès de la boule, afin d’en tirer des étincelles. Richmaim s’approcha un jour trop près de la boule ; une étincelle de 50 centimètres le frappa au front et le tua : c’était le 16 mai 1753.

Le commencement du dix-neuviéme siècle fut encore plus fécond en découvertes inattendues, ^près la pile de Volta (1800) et l’expérience d’Oerstedt (1820), la science de LÉlectricité progressa avec une rapidité dont on n’avait jamais eu l’exemple.

Non-seulement des faits nouveaux s’accumidèrent et des lois nombreuses furent déduites des expériences, mais encore les applications les plus extraordinaires surgirent de toutes paris. Grâce à la perfection des instruments d’observation et à la précision des méthodes, il semble qu’il suffisait de loucber un corps terrestre pour y voir apparaître rélectricité. Cet agent, presque inconnu un siècle auparavant, se révélait alors à chaque pas, devant l’œil attentif du physicien, comme une force incessamment en action, aussi universelle que la chaleur et la lumière. Physiciens, chimistes, naturalistes, tous ceux qui interrogeaient la nature consacraient une partie de leurs veilles à cette science nouvelle, qui envahissait tout, mais qui les récompensait largement de leurs efforts. Parmi tant de glorieuses conquêtes, l’industrie trouva de nouveaux moyens d’accroître sa puissance; elle créa la té-

LES MEUVEILLES DE L’ÉTINCELLE ÉLECTKIÜÏE.

légraphie, Téclairage électrique, les machines électromagnétiques, qui passionnent aujourd’hui tant d’inventeurs.

Essayons de suivre, au milieu de cet immense mouvement scientifique, la trace des découvertes qui concernent l’Étincelle, afin de nous renfermer dans notre sujet.

Volta et tous les physiciens qui s’étaient servis de la pile avaient remarqué que, lorsqu’on sépare les deux fils conducteurs qui ferment le circuit, une petite étincelle apparaît au point de rupture. On désigne ce phénomène sous le nom à' Étincelle de rupture. Il n’y avait guère de ressemblance entre cette étincelle et celle que donne une bouteille de Leyde.

En 1813, Davy fit à l’institution royale de Londres la célèbre expérience de l’arc voltaïque. Sa pile était composé de 2 000 couples, zinc et cuivre, ayant chacim une surface de deux décimètres carrés environ. Les conduC’ teurs aboutissaient à deux morceaux de charbon ayant 5 cent, de longueur et 5 millimètres de diamètre ; leurs extrémités taillées en pointe étant séparées par un intervalle d’un millimètre, on vit paraître une brillante étincelle, et les charbons devinrent incandescents dans la moitié de leur longueur. Davy écarta ensuite les charbons l’un de l’autre jusqu’à la distance de 11 centimètres, et la lumière persista, ayant l’aspect d’une gerbe de feu, se courbant et s’agitant continuellement. Le platine, métal infusible au feu de forge, fondait dans cette gerbe, comme la cire dans la flamme d’une bougie ; les pierres les*plus réfractaires, le diamant, disparaissaient rapidement au milieu de ce foyer qui semblait les dévorer. La pile ressemblait à une puissante batterie de Leyde mettant en jeu une quantité intarissable d’électricité.

On fit l’expérience dans le vide en disposant les charbons au centre d’un ballon de verre ; on réussit à donner à l’arc lumineux une longueur de 18 centimètres. Le même appareil servit à étudier l’arc au milieu de divers gaz. On le produisit aussi dans les liquides.

HISTORIQUE DE L’ÉTmCELLE ÉLECTRIQUE.

Les physiciens répétèrent à l’envi cette belle expérience et étudièrent les diverses propriétés de l’arc voltaïque. Les principales recherches faites sur ce sujet depuis Davy sont celles de Brandt, de la Rive, Faraday, Quet, Sillirnann, Despretz, Yan Breda, Matteucci, Daniell, Fizeau et Foucault, Wheatstone. Ce dernier découvrit les raies brillantes du spectre que l’on observe en regardant l’arc à travers un prisme. Des raies analogues avaient été vues pour la première fois, en i802, par Woilaston, dans le spectre des étincelles ordinaires. Frauenhofer, AYheatstone et surtout Masson, en 1850, poursuivirent cette étude qui a conduit à V analyse spectrale, dont nous avons déjà parlé.

En 1852, Faraday en Angleterre, et Henry en Amérique, faisaient deux découvertes qui firent connaître de nouveaux moyens de produire l’étincelle électrique, soit avec la pile, soit avec des aimants, soit enfin par le simple déplacement d’un conducteur, convenablement orienté par rapport au globe terrestre. De ces deux découvertes, la plus importante était celle de Faraday. Suggérée par les conséquences que l’illustre Ampère avait tirées de ses expériences d'electro-dynamiqne, et de celles d’Arago sur Y électro-maynétisme, expériences qui suivirent de près celle d’Oersted, l’idée de Ylnduction avait été émise par Ampère lui-même; mais il n’avait pas réussi à la réaliser, et la découverte de cette nouvelle classe de phénomènes électriques était réservée à Faraday.

Elle fut le point de départ d’une admirable série de recherches, poursuivies sans relâche jusqu’en 1868, époque de sa mort. Faraday rattacha sa propre découverte et celle de Henry au même principe, lequel embrasse une foule de phénomènes qui ont été successivement observés par divers expérimentateurs.

Voici en quoi il consiste essentiellement :

Ayez deux circuits fermés voisins, dont l’un soit à l’état naturel, et l’autre le lieu d’un courant électrique;

4ü J, ES MEHVEILLES DE L’ÉTINCELLE ÉLECTUIQUE.

(oui déplaceujeiit momentané de Tun d’eux fera naître dans le premier un courant égafement momentané.

Dans rime des premières expériences qui conduisirent à ce principe, Faraday avait enroulé sur une bobine de bois creuse (fig. O) un fil de cuivre recouvert de soie. Les extrémités de ce fil étaient réunies au fil d’un galvanomètre; une seconde bobine pouvant entrer dans la première était enveloppée d’un fil semblable, dont les. extrémités communiquaient respectivement avec les pôles

Fig-. G. — Induction volla-laradaïque.

d’une pile voltaïque. En rapproidiant les deux bobines, il vit l’aiguille du galvanomètre dévier un instant, ce qui, d’après l’expérience d’Oersted, indiquait un courant temporaire dans le premier fil ; en les séparant, il vit l’aiguille dévier de l’autre côté, et pendant un instant seulement, ce qui indiquait un courant temporaire de sens contraire au précédent.

faraday vit les mêmes effets se produire quand il in- Irodiiisait dans la bobine creuse un aimaiit ou quand il le l'olirait. T(dl(' est l’oi'igiiu* d(‘s coiirauls (pi’il (“onvien-

historique: di: électrique.

(Irait d'appeltH* volta-faradàiqnes et magnélo-faradàlqiæs, en Uhoaiieur des lioiiiines illustres, dont les travaux oui rendu de grands services à riuiiuauité.

L’année inéiiie de la découverte de rindiiclion, Pixii construisit à Paris un appareil produisant des courants magnéto-faradaïqnes assez intenses, et il réussit à faire jaillir des étincelles de rupture, et même à charger faiblement une bouteille de Leyde. Saxton et Clarke perfectionnèrent ce genre de macbines, avec lesquelles on obtenait de l’électricité à l’aide d’un aimant, sans qu’on eut besoin ni de plateau de verre, ni de pile; de plus, elles donnaient aussi bien les effets des macbines à frottement que ceux de la pile. Plus tard, on les perfectionna tellement, qu’on les fit servir à l’éclairage électrique. C’est à cette classe d’appareils qu’apparliennent la macbine de Nollet, aujourd’biii employée aux phares, celle de Ladd, construite pour le meme usage, d’après les idées de Wbeatstonc et Siemens.

On imagina aussi une foule d’appareils volta-faradaïques, dans lesquels ce n’est plus un aimanl, mais une pile qui est l’excitateur du courant. Les appareils de celte espèce jouent un rôle plus important que les précédents dans la production des étincelles. Mais leur histoire est liée à celle de la découverte d’Henry, et par conséquent nous avons besoin de la faire connaître préalablement.

Henry remarqua le premier que, les conducteurs de la pile étant plongés dans une capsule pleine de mercure, l’élincelle qui se produit au point d’interruption du circuit, lorsqu’on relire dn mercure l’iin des conducteurs, est jilus brillante avec un conducteur très-long qu’avec un conducteur très-court. L’étincelle augmente encore d’intensité lorsque le fil est enroulé un grand nombre de fois sur lui-méme. Vers la même époque, Dal Nagro observa le meme accroissement de l’étincelle de rupture, en employant comme (*010111010111* le fil d’nn électro-almcmt. Jenkins, Masson, Pouillet, observèrent aussi que.

LES MERVEILLES DR L’ÉTirsCELLE ELECTRIQUE.

si on louche (rune main le mercure, de l’autre l’exlrémilé du conducteur, on reçoit une commotion très-forte dans les circonstances où l’étincelle de rupture est grosse et bruyante. Faraday reconnut que ce phénomène est dû à Fintluence que chaque portion du fil conducteur exerce sur les portions voisines, influence qu’il a appelée induction du courant sur lui-même et extracourant.

Ifétude de Fextracourant fut poursuivie à Paris par Masson, qui entrevoyait la solution d’un nouveau problème.

Sans doute Davy avait obtenu une succession rapide d’étincelles entre deux conducteurs séparés par un petit intervalle*; mais il fallait pour cela que la pile fût composée d’un nombre considérable de couples, et le phénomène de l’arc différait essentiellement de l’étincelle de nos machines à frottement, par l’énorme chaleur qui vaporisait les conducteurs, et par la petitesse de la longueur. On dit que dans l’arc voltaïque, et plus généralement dans le courant ordinaire de la pile, il y a en jen une énorme quaiitité d’électricité, et qu’elle est dépourvue de tension. On caractérise de cette manière la différence de cette électricité avec celle des machines à frottement, dont une faible quantité peut produire de longues étincelles. En' général, les mots quantité et tension de l’électricité désignent deux^ qualités de l’étincelle; la quantité correspond à la grosseur, à l’éclat, à la chaleur de l’étincelle, et la tension à sa longueur seulement. L’emploi du premier de ces mots est assez naturel, quelque idée qu’on se fasse de la nature de l’électricité; celui du second résulte de ce que cet agent semble exercei* une pression sur l’air à la surface des corps, et vaincre la résistance de cet air au point où éclate l’étincelle, de même qu’un fluide renfermé dans une vessie la j)resse intérieurement et la ci*éve en un point, si la résistance n’est pas suffisante.

11 était intéi’cssant de trouver un moyen de donner de

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