OBSERVATION XIV
Ernest G..., infirmier, 28 ans, entré le 4 juin 1893, salle Vulpian, n°8, à la Charité (service de M. Constantin Paul).
La maladie à débuté par du malaise, de la courbature de l’inappétence et de la fièvre. La dysphagie est rapidement devenue intense, elle s’est accompagnée de constriction incomplète des mâchoires. Céphalalgie violente.
La muqueuse des piliers est rouge vif, vernissée, œdémateuse, les amygdales sont luméfiées. Les jours suivants, l’état général reste mauvais. L'amygdale gauche devient énorme, tout ce côté du pharynx est comme repoussé vers la ligne médiane et a l’aspect pblegmoneux.
-Ganglions énormes et douloureux.
La température oscille entre 40° et 380.
Le 7 juin, ouverture de l’abcès, amélioration de l’état général et local pendant 2 jours, chute de la température.
Les jours suivants, l’état général redevient mauvais, la température remonte à 400.
Les articulations deviennent douloureuses, le poignet est rouge et empâté. Taches érythémateuses sur la peau du thorax et du ventre.
Pseudo-rhumatisme infectieux. La température reste très élevée, la langue est rôtie, les dents fuligineuses, il y a du subdélire.
Le malade meurt le 21 juin.
Obs. bactériologique. — L’exsudat de l’angine a donné : streptocoque de l’érysipèle. Pneumocoque virulent.
Le sang du cœur, recueilli à l’autopsie, a donné : streptocoque de l’érysipèle.
RÉFLEXIONS. — Cette observation montre qu'une angine
phlegmoneuse peut être suivie d’une véritable septicémie avec le syndrome pseudo-rhumatisme infectieux. Le streptocoque, d’abord localisé à l’amygdale, a causé la mort par généralisation. Dans ce cas, le pneumocoque est resté localisé dans la bouche.