‹ L'Étoile de Séville;Chapitre 49 sur 85 · DON ARIAS - MATILDE · texte numérisé non relu

DON ARIAS - MATILDE

DON ARIAS

Fier couple, par ma foi, famille surhumaine, Où le frère e'gale la sœur.

C'est vraiment la fierté romaine Qui revit en ces nobles cœurs, Et, si j'en avais le loisir, J'en resterais tout ébahi !

Mais un Roy veut être obéi Et n'admet pas dans son désir Qu'il soit d'entreprise impossible...

... En viendra-t-il à bout? J'en doute, Mais pouvoir et persévérance Brisent les rochers les plus durs.

D'ailleurs, il est d'autres moyens.

Si je parlais à la suivante ?

Les cadeaux sont entremetteurs.

Ils ont bien su forcer la porte Ües Lucrèce et des Portia.

(à Matilde) Tu appartiens à la maison ?

MATILDE

Oui, j'y appartiens, mais par force.

DON ARIAS

Par force ?

MATILDE

Oui, je suis esclave.

DON ARIAS

Esclave ?

MATILDE

Esclave, c'est-à-dire Exposée aux fers, au martyre, Si je n'obtiens ma liberté.

DON ARIAS

Si tu sers bien Sa Majesté Je te sortirai d'esclavage.

Et, par surcroît, tu recevras Une rente en mille ducatas.

IVUTILDE

Tu parles à qui peut l'entendre.

Ah ! que ne ferait une esclave Pour For et pou r la liberté ?

Que faut-il faire ? Je suis prête.

DON ARIAS

Il s'agit de fournir au Roy Le moyen d'entrer cette nuit Dans la maison.

MATILDE

Toutes les portes • Seront ouvertes devant lui Oui, mais qui me garantira Tout ce que tu me promets là ?

DON ARL\S

Un rescrit, et signé du Roy Du Roy lui-même, te sera Remis avant qu'il entre ici.

MATILDE

Je le mettrais, à ce prix-là, Moi-même, cette nuit, dans le lit d'Estrella.

DON ARIAS

Dis-moi, maintenant, à quelle heure

Ce Tabera a-t-il coutume

De se retirer dans sa chambre ?

MATILDE

D'ordinaire, toute la nuit il court et ne rentre qu'à l'aube.

Un tel genre de vie se paye souvent cher.

DON ARIAS

A quelle heure, alors, penses-tu Que l'amoureux puisse venir ?

MATILDE

Qu'il vienne une heure avant minuit.

Estrella dormira déjà.

DON ARIAS

Maintenant tâche à mériter Les faveurs qui tisseront dues.

MATILDR

Elles ne seront pas perdues,

l'étoile de séville ITT

Ton Roy, ce soir, sera content De son esclave qui l'attend...

Par Allah ! Seigneur, je suis tienne, {Elle va prendre une clef à part.) C'est un plaisir pour nous, maudits, De perdre une fille chrétienne !

{Haut.)

Voici la clef du paradis

Car c'est là que brille sans voile

Et dans tout son éclat l'Etoile !

{Elle remet la clef. Don Arias sort. Elle rentre dans Vapparte»

ment des femmes^)

Il existe ici une courte scène de retour à TAlcazar où Ton remet à Busto les clefs, insignes de sa nouvelle dignité. Elle est généralement supprimée.

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