PRASCOVIA, CATHERINE
PRASCOVIA gaiement à Catherine.
Et moi, pendant ce temps, que je te raconte une aventure 1... Le vieux bourguemestre qui l’adore — c’est connu ! — me voyant tout à l’heure, en costume de mariée, m’a regardée d’un air ému... attendri... Tu crois peut-éire que je vais sur tes brisées... Rassure-toi ! (o demi-voix) il m’a priée de te remettre à toi... à loi seule, a-t-il dit, d’un air mystérieux, cette lettre... (la tirant de sa poche) quelque billet doux! et d’un bourguemestre, ça doit être drôle !
CATHERINE, repoussaut le billet qu’elle lui présente.
Lis! je n’ai pas de secret pour toi J
PRASCOVIA, ouvrant la lettre vivement.
Quel bonheur ! ( parcourant les premières lignes ) ah 1 mon Dieu !
CATHERINE, inquiète.
Qu’est-ce donc ?
PRASCOVIA, lisant avec émotion.
Les officiers moscovites ont imposé la ville à une douzaine de recrues, et le bourguemestre te prévient, en ami, que si tu ne trouves pas sur-le-champ tin remplaçant à George qui est
désigné... , I, . -
CATHERINE, prenant vivement la lettre qu elle achève.
Il partira ce soir même comme soldat !
PRASCOVIA, avec colère.
Partir ce soir! mais c’est indigne! c’est affreux! un jeune
homme qui allait se marier !
CATHERINE
Tais-loi ! {regardant la maison à gauche) George, qui s’habille, va t’entendre !
PRASCOVIA, pleurant.
Si encore le mariage avait été fait !
DUO
Ah ! quel dommage 1 Ah ! quels regrets !
Croyez donc au mariage,
• Le mien ne viendra jamais!
CATHERINE, qui pendant ce temps a rêvé.
Allons, enfant.
Plus de tourment !
Ne pleure plus, et l’on te marlra.
PRASCoviA, essuyant ses yeux.
Vraiment! vraiment ! il aurait pour cela Un congé d'une heure!
D’une heure !...
Avec le bourguemestre Ici l’on s’entendra '
. ■ PRASCOVIA, riant.
Quelle joie enivre mon âme !
O bonheur !... à bonheur ! je serai donc sa femme ! {Pleurant )
Mais le quitter une heure après !
C’est peut-être encor plus terrible !
J’en mourrai, je crois, de regrets.
Ah ! ah ! ah ! ah ! ah ! ah !
CATHERINE
Allons, sèche tes pleurs ! on fera son possible Pour l’avoir quelques jours !
PRASCOVIA, vivement et essuyant ses pleurs.
. • Combien !
CATHERINE
Cinq ou six !
PRASCOVIA, pleurant.
C’e$t bien peu, ma sœur ! Ah ! ah !
CATHERINE
Eh bien !
Si c’était toute une semaine ?...
PRASCOVIA, gaiement.
Vrai ! ( Se remettant à pleurer.) Ah ! ah !
CATHERINE
Qu’as-tu donc encore à l’attrister ?
PRASCOVIA
C’est que. , . quand, le dimanche, il faudra sc quitter, Juge donc pour nous quelle peine!
CATHERINE
Eh bien !... quinze grands jours ?
PRASCOVIA, poussant un cri de joie.
Ah ! j’cn rends grâce à Dieu, On a du moins le temps. . .