‹ L'etoile du nord opera comique en trois actes de M. E. ScribeChapitre 36 sur 90 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

GBITZENK.O.

Noa !... il n'a plus rien ! ni nous non piusi Sakinka.

CATHERINE, avec impatience.

Eh bien ?

GRITZENKO.

Eh bien, tout en me versant du Dantzick, la cantinière... je veux dire la sorcière... m’avait prédit que j’entrerais dans la garde impériale... ça n’a pas manqué: j’ai été nommé par ordre non seulement soldat... mais caporal l... rienquecela, Sakinka!

^ CATHERINE

Est-il possible!...

CRITZENKO.

Vous en voyez les galons!... sans le visa desquels je n’y croirais pas encore!

CATHERINE, haut à Gritzeuko.

Et ainsi nous voilà caporal dans la garde, gagnant six kopecks par jour!

GRITZENKO, à demi-voix.

Bien davantage!... vingt, trente, quarante kopecks chaque soir !

CATHERINE

Gomment cela ?

GRITZENKO.

Toujours par suite de la fortune... que ta sœur a vue là... dans ma main!... On a beau être caporal... ça n’empéche pas les soucis et les regrets. Je n’en avais qu’un... celui de ma barbe qu'il m’avait fallu couper pour entrer dans la garde... c’est l’ordre despotique et formel du czar... et j'en gémi.ssais un jour... quand un ofiicier qui m’entendit... me serra la main en me disant à voix basse: C’est bien. Tu es des nôtres!... prends ce papier et lis?... — Oui, mon officier. — Aussi . fidèle à la consigne, j’ai pris le papier et ne l’ai pas lu, Sakinka!

CATHERINE

Pourquoi?

GRITZENKO.

Parce que je ne sais pas lire !. . mais le papier contenait vingt kopecks que j’ai placés là (monfronf son gousset), et le lendemain au soir, en passant rapidement devant moi, on m’a demandé: As-tu exécuté mes ordres? — Oui, mon officier, autant que j’ai pu ! — Bien I continue ainsi ? Et il m’a remis un autre papier qui contenait trente kopecks, et hier soir, quarante... en me di- .sanl: Place-les de même?... ce que j’ai fait... [montrant son gousset) mais bientôt il n’y aura plus de place... tant il y a foule... Sakinka !

CATHERINE, avec finesse.

C’est que vous avez gardé les papiers?

GRITZENKO.

Oui, sans doute...

CATHERINE

C’est un tort,., ça tient de la place.

GRITZEKKO.

C’est juste!

{Il les tire de sa poche et va pour les déchirer.) CATHERINE, le retenant.

Un instant... je peux vous dire ce qu’il y a là... moi qui sais lire...

Tu sais lire... Sans doute !

GRiTZENKO, avcc étonnement.

CATHERINE

GRITZENKO.

Et lu ne sais pas faire l’exercice... voilà un cadet singulièrement éduqué! (yl Catherine qui a pris les papiers et qui les lit.) Eli bien... qu’y a-t-il ?

CATHERINE

Il y a: Gratifications pour le caporal Grilzcnko,

GRITZENKO.

Preuve que la lecture est inutile , car sans le savoir... j’avais deviné cela...

CATHERINE, à part, lisant le papier.

« Dix kopecks par jour, pour cliacun des soldats que le caporal » enrôlera dans notre entreprise. » Quelle entreprise ? et qu’estce que cela signifie ?

GRITZENKO.

Silence !... voici mon colonel, avec d’autres de ses amisl... le colonel Yermoloff, un ancien Slrelitz. Saluez, jeune soldat.

{Gritzenko et Catherine portent la main à leur front et resteM immobiles.)

SCÈxNE V.

Les précédents ; le colonel YERMOLOFF ; derrière lui plusieurs OFFICIERS ; puis ISM AILOFF.

YERMOLOFF, àvoix haute à Gritzenko.

Caporal!... {Avoix basse.) Tout va-t-il bien!

GRITZENKO, toujours droit et immobile.

Oui, colonel I

YERMOLOFF, de même.

As-tu de nouveaux amis?

GRITZENKO, de même.

Oui, colonel 1

YERMOLOFF, montrant Catherine qui est aussi restée iminohile, „ . lo, mam collée à son front,

Lejeune soldat en est-il?

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