SCÈNE VI
YERMOLOFF, ISMAILOFF et plusieurs officiers de différentes armes entrant l'un après l’autre. Yermoloff et les principaux officiers parlent entre eux à demi voix.
ISMAÏLOFF. •
Quelles nouvelles, colonel?
YERMOLOFF
Une proclamation du czar.
ISMAÏLOFF.
Qui nous est adressée. C’est élounant! car, pour nous, le czar est un inconnu qui nous compte à peine parmi ses soldats.
YERMOLOFF
Il est vrai que jusqu’à ce jour. . jamais cette division de l’armée russe n’a été honorée de sa présence,
ISMAÏLOFF.
Et que dit la proclamation ?
YERMOLOFF
Elle établit le knout dans l’armée... pour les oflSciers comme pour les soldats l
ISMAÏLOFF.
Ce n’est pas possible.
YF.RMOLOFF.
Si cela était, que diriez-vous? que feriez-vous?
ISMAÏLOFF.
Ce que nous ferlons? demandez-leur à tous.
CIJQEUU , avec indignation.
Assez d’opprobre! assez d’alTronts,
Ont fait rougir nos fronts !
Assez longtemps ce czar si fier Nous a brisés d’un joug de fer!
Sans murmurer de tant de maux Nous vîmes le fer des bourreaux!
Mais le knout !... la honte à subir. . .
Jamais !... plutôt mourir !
40 L’ÉTOILE DU NOBI).
{En cr moment, les tambours battent aux champs. Officiers et soldats courent se ranger en ligne. Parait le général Tchéré- MÉTEFK, qui rient de la droite, et passe devant le front de bataille.)
CHOEUR général.
Flottez dans l’air, drapeaux vainqueurs!
Sonnez, clairons ! et ranimez nos cœurs !
A vos accents, au signal du combat Tressaille l’âme du soldat.
{Les troupes défilent devant le général. Celui-ci, avant de partir, donne à voix basse des ordres à quelques soldats , puis il fait signe ci Gritzenko, qui vient de rentrer, de s’approcher de lui.)
GRITZENKO, immobile et portant la main à son bonnet de grenadier , pendant que le général lui parle à l’oreille.
Oui, général! oui, général!
(Le général sort.) GRITZENKO, toujours immobile.
Le général en chef... quel honneur!... me promettre vingt coups de canne... lui-même... si ses ordres ne sont pas exécutés... Ils le seront! {Aux ouvriers qui commencent à dresser une tente.) Dépêchez-vous, mougiks, ou je vous donne sur-lechamp, et comptant, ce que le général m’a promis {levant sa canne). Sakinka !