SCÈNE V
GRITZENKO, GEORGE et PRASGOYIA.
GRITZENKO, hrusquemeut.
Qui va là ? que voulez-vous ? d'où venez-vous ?
PRASCOVIA
Nous arrivons de la Finlande !
GEORGE
A pied, monsieur I A pied !
PRASCOVIA
Oui ! et le chemin ne nous a pas paru long 1 nOMANCE.
PREMIER GOUPLET, montrant George.
Sur son bras m'appuyanl,
Je m'arrêtais souvent
Près de Teau qui murmure Et fuit à travers la verdure, Roulant ses llo(s amoureux...
Et nous rêvions près d'eux Tous les deux I
DEUXIEME GOUPLET.
Je cueillais des bluets I Je riais, j'écoulais Les oiseaux, qui sans cesse Gazouillaient leur tendresse Et leurs chants amoureux...
Et nous faisions comme eux Tous les deux 1 GRITZENKO.
Ainsi donc j'ai cru comprendre que vous étiez Finlan dais?
PllASCOVIA.
Oui, monsieur le caporal.
GRITZENKO.
Très bien... J'ai ordre du czar de laissor entrer au palais tous ceux qui viennent des environs de Wiborg.
PRASCOVIA
Nous en venons.
GRITZENKO.
Vous ôtes charpenliers... comme les autres ?
GEORGE
Du tout. Je suis soldat : George Skavronski.
GRITZENKO, vivtmetit.
Ah bah ! George Skavronski.
PRASCOVIA
Du régiment de Novogorod I
GRITZENKO^ fOUSSaUt UH CVi.
Ah ! mon Dieu ! Troisième bataillon :...
GEORGE
Oui, monsieur.
GRITZENKO.
Troisième compagnie ?. .
PRASCOVIA
Oui, caporal... (.4 Gcorgesl) Montre donc la feuille de roule.
GRITZENKO, prenant leiMpier, qu'il ne lit pas.
C'est exactement cela I... ça doit être ça, c'est mon homme 1... excepté qu'il ne lui ressemble pas le moins du monde... {Prenant le papier que George lui présente,) Mais peu importe 1... ses papiers sont en règle... et à moins que vous ne soyez deux... du même régiment... et du môme nom...
GEORGE
Justemenl l.,. nous sommes deux l
GRITZENKO.
Je n'en demande pas tant ! un seul me suilit... Et puise juo vous voilà...
GEORGE
Bien plus lard que je n'aurais voul>^.. J'ai couru nuit o
jour après le régiment de Novogorod... il avait quitté le champ de bataille.,, et elle... v^est-à-dire lui... George Skavroiiski, du troisième bataillon... pas de nouvelles... Que faire ?.., qu' est-elle devenue ?... Vous comprenez ?...
GRITZENKO,
Pas trop !... mais allez toujours... allez...
GEORGE
Eh bien l... eh bien I... j'allais disant à chacun : Je suis George Skavronski, et à ce nom, un émissaire d'un général, d'un aide de camp du czar, nous a arrêtés ma femme et moi... avec les plus grands égards, et nous a conduits ici à Saint-Pétersbourg... au palais... Vous comprenez ?
GRITZENKO.
Pas trop !
C'est moi ! monsieur... c'est moi... qui vient remplacer l'autre, et vous prie de me prendre pour lui.
GRITZENKO.
Moi d'abord... je vous reçois, je vous accepte... pourvu que l'empereur n'en demande pas davantage cl consente à la chose...
PRASCOVIA
Il ne peut s'y opposer !
GRITZENKO.
Vous croyez !
GEORGE
Eh I oui sans doute... l'autre George... c'est moi... ça m3 regarde I
GRITZENKO.
Mais tout ce qu'il a fait...
PRASCOVIA
C'est pour lui !... c'est pour son compte !
GEORGE
C'est pour moi 1... c'est pour mon compte I...
GRITZENKO, portant la main à sa joue.
Ah ! diable !... c'est vous. . qui. . alors je vous plains... parce que la punition...
Raison de plus... me voilà... me voilà prôl... Et pour commencer...
GUITZENKO.
Soit I pour coramenc.T... vous allez être fusillé !
PRASCOVIA et GEORGE.
0 I ciel l
GRITZENKO,
Deux fois... premièrement comme déserteur... deuxièmement pour m' avoir donné un soufflet à moi...
PRASCOVIA et GEORGE.
Vous?...
GRITZENKO.
Ce dont je vais faire mon rapport à mon empereur.. . Attendez-moi là... tous deux ?
GEORGE et PRASCOVIA.
Mais, monsieur le caporal,
GRITZENKO.
Fusillé!...
Fusillé !
[Il sort par la gauche.)