‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 23 sur 102 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

comme cela que j'avais baptisé sa fiancée, à cause de l^Bnseigne des magasins du père) ; j'avoue que j'ai trouvé l'alliance un peu risquée pour un Septmonts. Il est vrai qu'il était tellement ruiné et tellement compromis, qu'il fallait être du faubourg Saint-Denis pour lui donner sa fille. Peu à peu, je me suis prise d'amitié pour la pauvrette. Elle était modeste, douce ; elle se tenait à sa place, et je pressentais qu'elle serait si malheureuse avec le personnage, qu'elle m'attendrissait. La scène d'hier lui a conquisses galons. 11 n'a pas été mal. non plus, ce petit drôle. Il avait, en allant chercher cette femme et en l'introduisant ici, un certain air qui donnait à celte impertinence une allure chevaleresque. La coquine faisait aussi bonne figure. Ce banquier qui avait dîné avec nous et qui a pris son mandat, déduction faite du courtage, probablement, tout cela faisait tableau. Le mouvement de la tasse cassée, l'ordre donné d'ouvrir les portes à tout le monde, pour changer l'air, c'était original, c'était amusant. J'ai été enchantée de ma soirée. D'qù peut-elle tenir ces grands airs? Le père Mauriceau est d'une vulgarité qui dépasse la moyenne. Est-ce que la mère ? .

RÉMONIN.

La mère était une femme très-distinguée, très-intellîgente et irréprochable.

HADAHE DE RUHIÈ RE S, se lerant.

Et elle a contrebalancé l'influence du père. Vous croyez à ces choses-là, vous autres savants. — Nous, nous appelons cela la grâce 1 Mais pourquoi, puisqu'elle était intelligente, a-t-elle laissé sa fille épouser Septmonts ? Elle aurait pu prendre des informations, et le premier huissier venu l'aurait renseignée. Pourquoi n'a-t>-elle pas fait cela?

RÉHONIN.

Elle avait une excuse : elle était morte.

MADAME DE RUMIERES.

Vous m'en direz tant ! Ces mariages-là m'étonnent toujours. Le grand avantage qu'il y a à être un bourgeois» le seul, même, c'est qu'on peut se marier par inclination. Il est tout

3i L'ÉTRANGÈRE.

naturel qu'une demoiselle Duval épouse un monsieur Durand, tandis qu'il est absolument défendu à une fille de giande maison d^épouser un Duval, si beau, si célèbre qu'il puisse être. Voyez-vous cette carte de visite : «Madame Duval, née Montmorency I »

RÉHONIN.

' Madbinoiselle Mauriceau voulait aussi se marier selon son origine et son inclination; mais le père s'était fourré des idées de noblesse dans la tête, et le jeune homma que Catherine aimait, bien qu'il s'appelât Gérard tout court, ce qui est l'équivalent de Durand et Duval, étaic le plus honnête garçon du monde. Or, il y a des roturiers qui ont le culte de l'honneur, comme il y a des nobles qui ont l'amour de l'argent; seulement l'honneur conserve encore celte infériorité, par rapport à In noblesse, qu'on ne peut pas le vendre, parce qu'une fois qu'il serait vendu, il ne serait plus l'^honneur et ne vaudrait plus rien.

MADAME DE RUMIÈRBS.

Allez, allez; plaisantez-moi, c'est à votre tour, et ça ne me gône pas.

RÉMONIN.

Quand Gérard apprit que mademoiselle Mauriceau serait quinze ou vingt fois millionnaire, lui qui n'avait que son intolllgonce, sa volonté, son travail, il fut très-triste, trôs-malhouroux, car il l'adorait; — mais il se retira et ne la vit plus. Les fommes ne comprennent pas, quand on les aime, qu'on no passe pas par-dessus tout. Le père Mauriceau profita du dépit de ^a fille pour lui faire épouser le duc, qu'il avait rencontré, comme nous l'avons appris hier, chez cette énigmatique mistress Giatkson.

MADAME DG RUMIÈRES.

Et ia petite s'est dit : ff Malheureuse pour malheureuse, autant être duchesse, n

RÉMONIN.

Et OII0 est dovenue duchesse, et elle est restée malheureuse,

MADAME DE RUMIÈRES.

Dites donc, Rémonin, vous qui avez la prétention d'expli-

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