ACTE DEUXIÈME
CATHERINE
Ce q\^ f avais décidé auparavant, que je n'irais pas chei cette dame.
GUY
Vous avez raison.
MADAME DE RUMIÈRES.
Vous avez tort.
CATHERINE
Vous me conseillez ?. .
MADAME DE RUMIERES*
Je vous conseille, en général, de ne jamais avoir de discus* sions qui puissent devenir sérieuses pour des choses qui ne le sont pas. Cette mistress Clarkson est peut-être calomniée. En tout cas, ce n'est pas la première venue. Elle a l'insolence des femmes qui ont à leur service un droit ou une force. Voyez-la. Vous saurez bien vite à quoi vous en tenir. C'est votre mari qui est responsable, ce n'est pas vous, dans une pareille affaire. Messieurs nos maris ont décrété qu'ils sont nos ftiattres; qu'ils ont la science infuse et que nous devons leur obéir. Obéissons-leur. L'important, c'est d'avoir la" 'paix. Mon mari était comme le vôtre; — ils sont tous pareils, à quelques nuances près! — il faisait la cour à toutes les femmes, pas longtemps, mais, pendant qu'il leur faisait la cour, il n'avait qu'une idée, lui aussi, c'éfait de me présenter ces dames. Je crois qu'il tenait un peu à mon opinion. Je la lui donnais toujours favorable. Du reste, j'avais l'air d'ignorer absolument de quoi il s'agissait, et, de son côté, il prenait toutes les précautions imaginables pour que je ne soupçonnasse rien. Au bout d'un certain temps, ces danies, quand elles voyaient une nouvelle figure féminine chez moi, commençaient à me faire des observations. Elles reprochaient à mon amitié d'être banale, elles me faisaient de véritables scèfîes de jalousie; elles finissaient par s'en prendre à moi et par me dire, à mots couverts, que j'étais une sotte, si je ne voyais pas pourquoi celte nouvelle personne venait dans la maison. Je me blessais et je déclarais à la plaignante qu'elle avait été un peu loin; qu'elle m'avait fait beau-
coup de peine, et que, si elle devait revenir sur ce sujet, nos relations en souffriraient beaucoup^ Je disais à M. de ^mières qu'elle ne me paraissait pas avoir pour moi une véritsmie ami* tié ; il me ^répondait : « Je ne sais mÔme pas comment vous avez pu la prendre au sérieux si longtemps. » Je savais ce que cela voulait dire, et nous ne nous rencontrions bientôt plus, mon. excellente amie et moi, que dans le monde. Quand M.^de Rumières est mort, —car il est mort assez jeune, pour lui, — vous ne sauriez croife quelle consolation j'ai éprouvée à me souvenir que je lui avais rendu la vie aussi agréable que possible... Imitez-moi, ma chère enfant. Des femmes comme nous ne sont jamais compromises par la mauvaise conduite des autres ; elles ne le sont que par la leur. A une époque comme celle que nous traversons, la sévérité d'autrefois devient à peu près impossible. Nous avons encore un si grand avantage à être du monde dont nous sommes, que c'est bien le moins que nous payions un peu cet avantage. Faisons l'aumône à celles qui ne l'ont pas. Seulement, quoi qu'il arrive, restons toujours supérieures par notre dignité comme par notre rang. Ne donnons jamais aux petits bourgeois, dont vous n'êtes plus, le plaisir de mal parler de nous, et gardons éternellement le droit d'avoir pitié des autres. Ai-je raison, Rémonià ?
BÉMONIN.
Absolument. Tous avez toujours raison. •
UADAME DE RUMIÈRES.
Ëtès-vous de mon avis, mon cher monsieur Mauriceau ?
UAURIGBAU.
Je n'aurais pas mieux dit.
MADAME DE BUMIÈRBS.
Yous me flattez, [a Guy.) Il n'y a que vous qui continuez à protester. ,
GUY
C'est vrai.