‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 54 sur 102 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

MISTRESS GLARKSON.

Ce n*est plus une entrevue, c'est un congrès^ Elle a donc bien peur de moi qu'elle veut être ainsi entourée de toute sa famille ?

SEPTHONTS.

Si elle savait comment vous me recevez, elle se demanderait comment elle va être reçue.

MISTRESS CLARKSON

Plus je vous reçois mal, plus il y a de chances pour que je la reçoive bien.

SEPTHONTS.

Parce que?..

MISTRESS CLARKSON

Parce qu'un de mes griefs contre vous, c'est la manière dont vous vous conduisez avec elle.

SEPTHONTS.

En voilà bien d'une autre !

HISTRESS CLARKSON.

Pourquoi n'aimez-vous pas votre femme ?

SEPTHONTS.

Parce que je vous aime.

HISTRESS CLARKSON.

Oui, c'est convenu ; mais alors il ne fallait pas l'épouser.

SEPTHONTS.

Vous savez mieux que personne pourquoi je l'ai fait. C'est vous qui me l'avez conseillé, qui m'y avez aidé, vous m'avez dit : « Mariez-vous d'abord I et... »

HISTRESS CLARKSON, IMnterrompant.

SoitI Aussi ma responsabilité est- elle engagée dans cette affaire, car j'ai voulu votre bonheur, à vous, sans vouloir son malheur, à elle; et puis noblesse oblige, mon cher. Eh bien, la première chose à laquelle la noblesse oblige, c'est la continuation de cette noblesse à des descendants. Vos ancètrei,

ceux qui étaient les familiers, les compagnons de plaisir de Louis XV et du Régent, étaient vicieux aussi ; mais leurs vices avaie&t de Télégance, de l'esprit, une sorte de probité. Ils se mésalliaient, comme vous avez cru devoir le faire, pour redorer leur blason ; mais au moins avaient-ils le respect de leur signature, de la signature du contrat. Ils payaient scrupuleusement la dette du mariage comme la dette du jeu ; ils donnaient à leurs femmes les hautes fonctions et les austères joies de la maternité. Si celles-ci avaient eu la sottise d'acheter un nom, elles avaient au moins la gloire et le plaisir de le transmettre. Faites comme vos ancêtres, mon cher Septmonts, et, si ce n'est la délicatesse qui vous décide, que ce soit au moins l'intérêt. La duchesse peut mourir, nous sommes tous mortels, et, si elle mourait sans enfants, vous vous trouveriez ruiné du coup. La fortune retournerait aupèreMauriceau, qui ne penserait pas une minute à vous faire son héritier. Mettez- vous à Tabri de ce malheur, derrière une nombreuse famille... d'autant plus...

SEPTMONTS.

D'autant plus?..

MISTRESS GLARKSON.

D'autant plus que la duchesse est une personne 6ère, qui pourrait se lasser un jour du dédain qu'affecte pour elle l'homme dont elle a le droit de vouloir être appréciée, et qui pourrait bien demander à un second ce qu'elle aurait vainement espéré du premier.

Un second ! Que voulez- vous dire ?

MISTRESS GLARKSON.

Vous voyez, vous êtes jaloux d'elle, malgré vôtre grand amour pour moi.

SEPTMONTS.

Non.

MISTRESS GLARKSON. *

Ce n^est que de l'orgueil, je le sais bien. Vous n*ètes pas capable de cette jalousie naturelle et noble qui natt de l'amour

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