SCÈNE PREMIÈRE
CATHERINE, GUY
CATHERINE, à Guy qui entre.
Je suis contente de vous voir.
GUY
J'ai reçu votre billet et je suis accouru.
CATHERINE
Oui. Je voulais vous serrer la main. J'ai été injuste pour vous. M. Rémonin m'a dit ce que vous avez fait. Il y a des moments où il est bon de sentir qu'on a un ami, et je suis dans un de ces moments-là.
Ne me soyez pas reconnaissante .U)'abord je n'ai fait que ce qu'un ami intelligent devait faire, ^t c'est encore plus pour moi que pour vous,
CATHERINE
Gomment cela? \ -^
\» GUY
s* Je ne vous dirai pas que je ,vous ai sacrifié le sentiment que
vous m'inspiriez; if n'y a^s^cnfice que là où il pourrait y avoir réalité, ou tout au moins espérance. On homme qui non-seulement n'est pas aimé, mais qui sait que celle qu'il aime en
aime ua autre, oû prendrait-il le droit dedirequ'il se sacrifie? 11 se résigne forcément. Tout son héroïsme se borne là, et il ne lui reste plus qu'une ressource, s'il a quelque générosité dans l'âme, c'est de prouver la sincérité du sentiment qu'il éprouve en ne lui donnant plus que l'expression de l'amitié et en se dévouant même à un rival. Vous aimez depuis longtemps un homme qui n'a jamais aimé que vous. Je veux étpe l'ami de cet homme comme je suis le vôtre.
CATHERINE
Merci, attendez quelques instants. Il ne peut tarder à venir. Je lui ai écrit en même temps qu'à vous. Je suis même étonnée qu'il né soit pas encore là.
GUY
Soyez prudente, je vous en prie; ne vous compromettez pas. Que votre nom ne vole pas débouche en bouche, escorté d'un autre nom. Souvenez- vous que vous avez un mari dont l'orgueil ne vous pardonnerait pas.
CATHERINE
Je n'ai pas besoin d'être prudente; je n'ai rien à cacher. Je suis aimée comme je dois, comme je veux l'être.
LE DOMESTIQUE, annonçant.
M. Gérard.
Gay se lève et passe la maia sur son front.
CATHERINE
Qu'est-ce que vous avez ?