SCÈNE PREMIÈRE
MAURICEAU, GUY, RÉMONIN, puis MADAME
DE RUMIÈRES.
VAURIGEAU, & Guy.
Voilà rhistoire, cher monsieur. Vous avez bien voulu accepter d'être avec moi le témoin de Gérard ; je ne vous ai rien caché, parce que vous êtes un galant homme et que ma fille m'a dit que je pouvais avoir toute confiance en vous
Guy. '
Et elle a raison. Personne ne l'estime et ne la respecte plus que moi, surtout après ce que vous venez de m'apprcndre, et dans la situation où elle se trouve...
MAURICEAU, ÀRémonin.
Quant à toi, je te prierai d'être là sur le terrain, en cas de blessure dangereuse, que tes soins immédiats pourront empêcher d'être mortelle.
RÉMONIN.
Compte sur moi.
GUY
Vous êtes toujours décidé, monsieur, à servir de témoin à M. Gérard?
MAURICEAU
C'est le seul moyen que j'aie d'aflfirmer publiquement Tin-
nocence de Catherine. On corataencera bien par dire que je suis un père immoral et que j'ai prêté la main aux amours de ma fille. Mais on peut ne pas être éloquent dans les événemeots ordinairds de la vie ; quand il s*agit de ces choses-là, on trouve dans son cœur, dans sa conscience et dans ses entrailles, des mots et des cris si sincères, que les honnêtes gens ne s'y trompent pas. Lorsque, dans le procès qui aura certainement lieu, en plein tribunal, je dirai la vérité sur cet homme; lorsque j'étalerai toute sa vie à côté de la mienne et de celle de ma fille; lorsque je raconterai commentée mariage s'est fait et ce que nous a coûté l'honneur d^étre duchesse, on dira peutêtre: a Le beau-père est un imbécile!» mais on dira certainement : « Le gendre est une canaille! »
RÉUONIN.
Mais tu oublies que la véritable raison du duel doit rester ignorée et que ce n^est pas ta fille qui est en jeu, mais la mère de Gérard.
UAURIGEAU.
Gela ne trompera personne, et j'aime autant faire les choses franchement. J'ai été assez orgueilleux et assez bête jusqu'à présent; il me reste à essayer de réparer les sottises et les malheurs que mon orgueil et ma bêtise ont causés. Si le duc est tué, tout est dit ; s'il survit, il faut une séparation entre lui et Catherine. Je connais assez mon gendre pour savoir qu'il fera alors tout ce qu'il pourra pour l'éviter, ou, du moins, pour la faire payer cher; mon intervention comme témoin dans le duel la rend inévitable.
GUY
Je vais tout de suite chez M. Gérard pour qu'il puisse sortir. On a toujours beaucoup à faire la veille d'un duel.
MAURIGEAU.
Merci encore une fois, monsieur. Bien des gens de votre monde et à votre place se contenteraient de rire de moi. Je vous remercie de l'honneur que vous me faites et de la sympathie que vous nous témoignez. A bientôt.