SCÈNE III
Les Mêmes, CATHERINE.
CATHERINE
Pardon, chère madame.
MADAME DE BUMIEHES.
C'est moi qui dois m'excuser de venir vous déranger un jour où vous n'êtes pas chez vous; mais j'ai appris, Rémonin vous dira comment, ce qui se passe, et je venais, si vous ne comptez pas demeurer ici pendant etaprès le duel, je venais vous offrir de rester chez moi. Il est bon qu'en face du scandale qui va avoir lieu, vous ayez la caution d'une femme du monde et d'une femme inattaquable. Je vous propose la mienne. Si vous êtes dans ma maison, personne ne vous jettera la pierre-i: les murs sont trop hauts.
Monrioeau est entré et a entendu.
CATHERINE
Merci, madame, je compte aller chez mon père.
MADAME DE RUMIERES.
C'est naturel; mais ce n'est pas suffisant. Un père qui prend le parti de sa fille, ça ne prouve rien.
MA«URIG&AU.
La marquise a raison, el je suis on ne peut plus touché de la démarche qû^elle fait. Tu iras chez elle, elle remplacera ta mèrer, que j*ai si mal remplacée... (s'attendrissant un peu.) Quelle autorité aurais-je devant Topinion, moi? Je suis un sot vulgaire et ridicule' Bourgeois bouflB d'orgueil, parvenu ambitieux qui te figures qu^on achète le bonheur et la noblesse pour ses enfants avec des sacs d'écus, comme une terre ou un fonds de commerce ! tu n'^s que ce que tu mérites. Ma Glle aimait un honnête homme, cet honnête homme l'aimait; il fallait les marier, c'était bien simple. Je n'ai pas trouvé ça, imbécile I £t je suis cause que cet honnête homme va être tué peutêtre et que ma fille en mourra ; et il se trouve encore des gens pour me plaindre! Je ne suis pourtant pas intéressant; mais je suis bien malheureux!
U esBuie ses yeux et se laisse tomber sur le canapé. CATHERINE.
Mon pèrel..
UAURICEAU.
Permets-moi de t'embrasser, ma pauvre chère enfant. Tiens, devant madame de Rumières, qui est si bonne pour toi, devant notre vieil ami Rémonin, G\}e voudrais que tous les pères de famille fussent là pour me voir, je me mets à genoux, ma bien chère fille, et je te demande pardon de tout le mal que je t'ai fait et de tout le mal qu'on te fera encore.
CATHERINE, le relevant et le prenant dans ses bras.
Mon* père, mon pauvre père !
UAURICEAU.
Ne me pardonne pas, mais embrasse-moi tout de même. Et puis, tu sais, si tu as trop de chagrin après, si tu veux mourir, je t'aurai bientôt rejointe, va, ce ne sera pas long.
MADAME DE RUUIÈ RE S, émae.
Voyons, mon cher monsieur Mauriceau, calmez-vous.
UAURICEAU.
Âh! je suis calmé maintenant qu'elle m'a embrassé et pue j'di pleuré; mais j'en avais bien besoifi.