‹ L'étrangère: comédie en cinq actesChapitre 97 sur 102 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

SBPTUONTS.

Oui ; el il a même voulu me la prendre de fotee.

GLARKSON.

Pourquoi ne Ta-t-il pas prise?

SEPTUONTS.

Parce que j'ai eu la présence . d'esprit de lui dire que jt n'avais plus cette lettre et que je vous l'avais envoyée.

C'est très-ingénieux I

SEPTMONTS. .

C'est alors que, M. Gérard m'ayant provoqué, M. Mauriceau a cru faire un coup de théâtre en lui disant devant moi : a Je serai votre témoin ! »

GLARKSON.

Voilà toute l'histoire?

SEPTMONTS.

Oui.

GLARKSON.

Eh bien, cher monsieur, à vous parler franchement, tous ces gens-là me font l'effet d'être de braves gens. Votre petite femme me parait être la victime de préjugés, de mœurs et de combinaisons auxquelles nous ne comprenons rien, nous autres sauvages de l'Amérique. Dans notre société, que je ne saurais comparer à la vôtre, puisque nous datons d'hier, si mademoiselle Mauriceau eût aimé un brave garçon comme M. Gérard, son père l'eût donnée à celui qu'elle aimait, et, si son père n'avait pas voulu, elle serait allée tout bonnement se marier chez le juge de paix du district. Le père ne l'eût peut-être pas dotée, mais le mari eût travaillé et les deux jeunes gens eus*sent été heureux. Quant à M. Gérard, c'est un homm^^ de 'îœur et de talent. Nous aimons les gens^ui travaillent, nous autres, et, à quelque paya qu'ils appartiennent, nous les tenons pour des compatriotes, toujours sans doute parce que nous sommes des sauvages, "^^us comprenez donc que je ne partage pas tout à fait vos idées dans la question qui nous occupe.

' SEPTUONTS.

Ce qui veut dire ? .

CLARKSON

Que, si Je vous donne celte explication, c'est que je crois comprendre qu'en me faisant l'iionneur de me ciioisir pour . premier témoin, vous avez pensé que les gens de mon pays étalent moins clairvoyants ou moins scrupuleux que les gen?, du vôtre. Bref, vous vous êtes figuré que je prêterais les mains à toutes les petites malpropretés dont vous venez de me faire le récit avec une candeur qui vous honore. Eh bien, vous vous êtes trompé, cher monsieur.

SEPTUONTS.

C'est à moi que vous parlez?

CLARKSON

G'esi à vous, puisqu'il n'y a que nous deux ici ; mais, si vous voulez, on fera entrer du monde.

SEPTMONTS

Alors, vous me dites en face.. ?

'cLARKSON.

Je vous dis en face que gaspiller Théritage qu*on a reçu, perdre au jeu l'argent qu'on n'a pas, en emprunter à une femme sans savoir ni quand ni comment on le lui rendra, se marier pour payer ses dettes et continuer ses farces, se venger d'une femme innocente, dérober des lettres, abuser de S9 force aux armes pour tuer un galant homme, je vous dis en face que tout cela est le fait d'un drôle ; que, par conséquent, vous êtes un drôle, et ce qui m'étonne, c'est que cinquante personnes ne vous l'aient pas déjà dit avant moi et qu'il ait fallu que je fasse trois mille lieues pour vous renseigner à ce sujet, car vous n'aviez pas l'air de vous en douter et vous n*en paraissez pas encore très-convaincu.

SBPTUONTS, le contenant avec la plus grande peine.

Vous savez que je ne puis vous demander raison avant-d'er avoir fini avec votre ami, monsieur Gérard. Vous en abusez

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difangemeot, monsieur, mais nous nous retrouverons. Veuillez me rendre le papier que vous avez à moi.

CLARKSON

Jamais de la vie! Puisque c'est à M. Gérard que ce papier était adressé, c*est à M. Gérard qu'il appartient Bi c'est à M. Gérard -que je compte le remettre. S'il veut vous Je rendre, lui, je ne Ten empêcherai pas, mais j'en doute.

SEPTMONTS.

Vous vous battez, n'est-ce pas ?

CLARiîSON.

Oh! ça, tant qu'on veuti

SEPTMONTS.

Eh bien, quand j'en aurai fini avec l'autre, nous aurona affaire ensemble.

CLARKSON ■■*'*'

Après-demain, alors? , - .

SEPTMONTS.

Après-demain. '

CLARKSON. '

Mais il faut que je parle demain soir, au plus t^d-

Vous attendrez. Et, en attendant, sortez !

CLARKSON

Comme j'ai l'air d'un monsieur à qui on dit comme ça . t Sortez! » et qui sorti.. Regardez-moi donc; ce n'est pas difficile de voir à quoi je suis décidé. Je ne veux pas que vous vous battiez avec Gérard avant de vous être battu avec moi. Si Gérard vous tue, je n'aurai pas le plaisir de croiser le fer avec un des premiers tireurs de Paris, ce qui m'amuserait cependant; et, si vous le tuez, vous aurez causé des malheurs irréparables. Si vous croyez que je vais vous laisser tuer un homme qui va me faire faire une économie de vingt-cinq pour cent sur le lavage de l'or, vous vous trompez. Allons, prouvez (jtae vous êtes brave, même quand vous n'êtes pas sûr d'être le

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plus fort. Allez chercl^r dans votre chambre une bonne paire d'épées, puisque c'est ça que vous tirez le mieux, moi aussi, du rest», et suivez-moi dans ces grands terrains déserts qui sont derrière votre hôtel. Je me demandais en venant pourvoi OP. né les utilisait pas. En pleine ville, ça .vaut de Targentl Eh bien, nous allons les faire connaître Quant à nos témoins, aux arbitres du point d'honneur, ce seront \e$

gens qui passeront, s'il en passe. (Septmonto se dirige vers i» P^rte, mais, quand il y est, Il étend la maio vers la sonnette pour appeler. — Clarkson se jette entre la sonnette et lui.) Ah! paS de SOnnette!

Né faisons pas le gentilhomme Louis XY et n'essayons pas de faire bâtonner le croquant par nos gens, ou, aussi vrai que je m'appelle Clarkson, j.e vous soufflette devant tous vos laquais!

SEPTMONTS.

Eh bien, soit, monsieur, je commencerai par vous.

CLARKSON

A la bonne heure ! (Regardant sa montre.) Allons, je pourrai peut^àtre partir ce soir.

Septmonts est sorti. Clarkson sort par le fond.

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