SYPHILIS
Les leçons cliniques de M. le Dr Fournier sur la syphilis dans le mariage et dans la famille (Paris, G. Masson, 1880), l'ouvrage de M. le Dr Diday sur le péril vénérien (Lyon, 1880), les mémoires de M. le Dr Mauriac sur la contagion des maladies vénériennes à Paris (France médicale et Annales d'hygiène, 1882), le livre de M. Yves Guyot sur la prostitution (Paris, Charpentier, 1882), montrent, pour ne citer que des auteurs français, dans quel sens se poursuit aujourd'hui l'étude clinique de cette affection et ce que l'on voudrait obtenir au point de vue de sa préservation administrative.
Parmi les causes, souvent si difficiles à observer, de la syphilis, et récemment indiquées, nous devons mentionner les jouets d'enfants présentés aux acheteurs par des marchands forains syphilitiques, qui les essaient devant le public, suivant l'observation de notre collègue M. le Dr Galippe à la Société de médecinepublique (Bulletin etPievue d'hygiène, 1880), etsurtout cette coutume de prendre comme servantes dans les brasseries des femmes, dites inviteuses. MM. les Drs Barthélémy et Dewillez (France médicale, 1882) ont appelé l'attention sur le métier de ces femmes qui sont chargées, tout en entretenant la conversation avec les clients, d'alimenter aussi la consommation, en buvant elles-mêmes, et sous le prétexte qu'on ne refuse pas à une femme. Or, ces femmes, qui ne reçoivent d'ordinaire aucun salaire et souvent payent leur costume, ne tardent pas à devenir des alcooliques invétérées ; et, lorsque le soir arrive, alourdies et abruties, elles ne rentrent jamais seules ; « on peut dire, sans crainte d'exagération, que la moitié des cas de syphilis, constatés chez les jeunes gens des écoles, ont été contractés avec ces femmes de brasserie ». Il est difficile de ne pas reconnaître avec MM. Barthélémy et Dewillez que ces établissements sont insalubres au premier chef et qu'il conviendrait de
de la rougeole, des oreillons ou de la diphtérie, seront slrictement isolés de leurs camarades; — 2° la durée de l'isolement devra être de 40 jours pour la variole, la rougeole, la scarlatine et la diphtérie ; de 23 jours pour la varicelle et les oreillons; — 3° l'isolement ne cessera que lorsque, le convalescent aura été baigné ; — 4° les vêlements que l'élève portait au moment où il est tombé malade devront être passés dans une étuve à plus de 90° et soumis à des fumigations sulfureuses, puis bien nettoyés ; — 3° les objets de literie, les rideaux de lit et de la chambre d'isolement, les meubles et les parois mêmes de la chambre devront être largement désinfectés, lavés, puis aérés ; — 6° l'élève qui aura été atteint, en dehors d'un établissement public, de l'une des maladies contagieuses énumérées dans ce rapport, ne pourra être réintégré que muni d'un certificat du rnédeciti attestant qu'il a satisfait aux prescriptions cidessus énoncées. »
supprimer toutes les brasseries servies par des femmes consommant elles-mêmes avec les clients.
Nous remarquons enfin, parmi les recherches statistiques de M. le Dr Mauriac (Annales d'hygiène, 1882) sur les maladies vénériennes à Paris de 1875 à 1881, les chiffres suivants tout particulièrement intéressants au point de vue de la réglementation de la prostitution ; ils font connaître les cas de contagion suivant la provenance :
Contagion des maladies vénériennes à Paris, de 1875 à 1881, suivant la provenance :
Femmes de maisons 768
Femmes encarte 1.118
Coureuses 3 . 268
Femmes de brasserie 3-48
Ouvrières 1 . 175
Maîtresses .... 447
Domestiques 549
Artistes 109
On voit ainsi que la prostitution réglementée contagionne environ 3 fois 1/2 moins que la prostitution libre, et que la contagion par la prostitution clandestine est près de 8 fois 1/2 plus nombreuse que par les femmes de maisons et environ 5 fois 1/2 plus que par les femmes en carte ; enfin, les vraies coureuses sans profession font courir, à peu de chose près, trois fois plus de risques que les ouvrières exerçant une profession avouée.
Les ouvrages que nous avons signalés au début de ce chapitre à propos de l'étude des épidémies mentionnent les recherches les plus récentes sur la fièvre typhoïde qui entre, pour une si forte part, dans la mortalité générale et dont la nature épidémique et contagieuse est plus que jamais démontrée. On trouvera à VIndex des renseignements suffisants pour retrouver les nombreux mémoires publiés à ce sujet, notamment à l'occasion de la récente épidémie de Nancy, et que nous ne saurions, vu leur grand nombre, faire connaître ici. Notre collègueM.leDr Léon Colin enfaitchaque année une étude toute particulière, surtout dans le milieu militaire où peu de garnisons en sont indemnes.
Dans le dernier de ses rapports au Conseil de santé des armées (Nouvelle étude sur la fièvre typhoïde dans l'armée (1877-78-79), Paris, J.-B. Baillière, 1882), il est un chapitre qui offre aujourd'hui un intérêt plus grand encore par suite de l'extension du service militaire à tous les Français : c'est celui qui traite des influences typhoïgènes d'origine urbaine. M. L. Colin montre que les casernes ne sont pas seulement malsaines par les causes d'insalubrité que crée l'encombrement ; elles le deviennent souvent par l'insalubrité de la localité où elles sont élevées, dételle sorte que, souvent, on accuse la garnison d'infecter une ville, alors que les soldats ne sont atteints qu'en raison de leur peu d'accoutumance au milieu urbain. La même imminence morbide, dit M. L. Colin, se retrouve chez les nouveaux venus de la classe civile : ouvriers, lycéens, domestiques venant des campagnes. On s'aperçoit moins de l'importance des pertes subies par ces dernières catégories parce que les individus qui les constituent sont disséminés, perdus dans l'ensemble de la ville et que leurs atteintes moins condensées frappent moins l'attention que celles des soldats. Les rapports adressés au Conseil de santé montrent par des faits indéniables que le soldat est surtout exposé à contracter la fièvre typhoïde parce qu'il est immergé dans l'atmosphère d'une ville favorable à l'entretien des germes morbides et parce que l'on y concentre des groupes de sujets arrivés à l'âge où la réceptivité morbide est à son maximum .
Dans cette dernière période triennale, la mortalité de la fièvre typhoïde est descendue à une proportion inférieure à 3 sur 1000. En 1879, il y a eu 400 décès typhoïdiques de moins qu'en 1876. Or, M. L. Colin n'hésite pas à attribuer cette amélioration à une mesure qu'il a souvent recommandée et qui n'est autre que l'évacuation des casernes contaminées. Grâce à la généralisation de cette mesure, les épidémies sont plus courtes et, partant, moins meurtrières. L'évacuation et le campement des troupes sont les seules mesures à prescrire en cas d'épidémie, et c'est parce que l'autorité militaire a écouté les justes observations des médecins de l'armée que la morbidité et la mortalité par fièvre typhoïde se sont trouvées réduites. M. L. Colin cite comme exemple le résultat obtenu par l'évacuation totale de la garnison de Rouen (décembre 1878). En une semaine (du 13 au 20 décembre), 97 malades avaient été envoyés à l'hôpital. Le 21 décembre, l'autorité militaire ordonnait à toutes les troupes de camper sur le plateau de Rou vray, à 5 kilomètres de la ville. A dater de cette époque, il n'y eut plus que 6 cas de fièvre typhoïde.
La nouvelle direction autonome du corps de santé militaire, afin d'éviter ces épidémies et d'empêcher le renouvellement des faits sur lesquels, à propos de la dernière campagne en Tuni
37S MALADIES ÉPIDÉMQUES.
sie, notre collègue M. le Dr Lereboullet a publié, dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie (1881), des articles si remarqués, vient de prescrire aux généraux commandants de corps d'armée les instructions suivantes: 1° Les médecins-majors des corps de troupe établiront un rapport indiquant les causes présumées de l'épidémie et les mesures qu'il y aurait lieu de prendre à titre préventif pour améliorer l'état sanitaire des troupes ; 2° Pendant la durée de l'épidémie, ils adresseront au ministre, tous les cinq jours, un rapport sur la marche de l'épidémie. En cas d'insuffisance des mesures prescrites, ils feront connaître celles dont l'application leur paraîtrait devoir être prise à titre complémentaire. Une enquête demandée en 1879 aux Conseils d'hygiène, par M. le ministre du commerce, à l'instigation du Comité consultatif d'hygiène publique, fournira sans nul doute, dans un délai plus ou moins rapproché les renseignements pathogéniques qui font encore défaut sur cette maladie ; le programme suivant a été rédigé, pour cette enquête, par notre collègue M. le Dx Proust :
Programme d'enquête sur la fièvre typhoïde, rédigé par M. le D1' Proust, au nom du Comité consultatif d'hygiène publique.
Un cas de fièvre typhoïde éclate dans une ville ou dans un village, plusieurs questions doivent être posées et résolues :
1° A-t-il existé précédemment dans ce village ou dans les environs des cas de fièvre typhoïde ?
A quelle époque?
Et combien?
Préciser l'époque du dernier cas.
Si la maladie a été transmise, il sera utile de déterminer le mode de transmission (matières des déjections, linges souillés par ces matières, effets à usage, literie, transmission de malade à malade, etc.).
S'il n'a pas existé de fièvre typhoïde dans le village ou dans les environs, on devra rechercher si le premier malade vient d'un pays où règne la lièvre typhoïde ou s'il a été en rapport avec un individu venant d'un pays où règne cette maladie.
2° Avant de conclure que la fièvre typhoïde est née spontanément dans le pays, ces deux questions devront être résolues négativement.
Il faudra ensuite préciser l'état des localités, des eaux et de l'individu lui-même.
A). Examen des localités :
Nature du terrain.
Système des fosses d'aisances? Trous à la turque. Peut-il y avoir infiltration ? Ou bien les fosses sont-elles étanches ? Les matières sont-elles envoyées au ruisseau, à l'égout ?
Etat des ruisseaux ?
— des égouts?
Etat des eaux stagnantes ?
— des mares ?
Y a-t-il des amas d'immondices, de matières putréfiées? B). Examen des eaux :
Quelle est l'origine de l'eau potable (puits, citernes)?
Quels sont ses caractères?
A-t-elle pu être infectée par une infiltration de fosses d'aisances?
Dans ce cas, nettement préciser si la fosse d'aisances a reçu, oui ou non, depuis plus ou moins longtemps, des matières provenant d'un individu atteint de fièvre typhoïde ?
C). Examen de l'individu ?
Y a-t-il de l'agglomération ? de l'encombrement ?
Y a-t-il eu des fatigues physiques excessives?
Y a-t-il eu des émotions morales dépressives ?
Y a-t-il eu changement d'habitudes, de régime ?
Enfin y a-t-il eu des circonstances particulières d'alimentation, soit insuffisance, soit absorption de matières animales altérées, etc.?
Ces diverses conditions des localités, des eaux et de l'individu sont-elles récentes ou existaient-elles depuis plus ou moins longtemps? Peuvent-elles être invoquées comme cause du développement de la maladie?
Impaludisme. — Notre collègue M. le Dp Laveran a signalé récemment, dans le sang des malades atteints d'impaludisme, un microbe spécial, auquel il adonné le nom (Toscillariamalariœ, et dont les éléments figurés se présentent sous trois formes différentes : 1° les uns, allongés, cylindriques, un peu recourbés en croissant, offrant à leur partie moyenne une tache constituée par l'amas de granulations noirâtres ; 2° d'autres, arrondis, d'un volume un peu inférieur à celui des globules rouges du sang, marqués aussi de granulations noires en forme de couronne, tantôt immobiles, tantôt mues par de longs tentacules qui s'insèrent sur leurs bords; 3° d'éléments encore arrondis, beaucoup plus gros que les précédents, dus sans doute au gonflement de ces derniers, à leur imbibition par le sérum.
De son côté, notre autre collègue M. le Dr Richard a institué les mêmes recherches à l'hôpital dePhilippeville et iî a trouvé, d'une façon constante, le même parasite chez les malades ayant des fièvres d'accès, parasite qui manque absolument chez les non-paludéens. Ce microbe, dit-il, a un habitat spécial, le globule rouge du sang, dans lequel il se développe comme un charançon dans une lentille, et d'où il sort une fois qu'il est arrivé à l'état parfait. Chez tout malade qui va avoir un accès, le microbe se retrouve.
Parasites. — Pour tout ce qui concerne les maladies parasitaires chez l'homme et les animaux domestiques, le premier
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volume, actuellement paru, de l'ouvrage de notre collègue M. P. Mégnin (Les parasites et les maladies parasitaires, Paris, G. Masson 1881) renferme sur l'histoire naturelle des parasites articulés et des affections qu'ils déterminent, des renseignements tout spéciaux. (Voir aussi l'Index.)