REPRODUCTION DES INTERVALLES DU TEMPS PAR
TEMPS NORMAUX ARMENDE MARGUERITE PS Ge. ER CET re Différence avec le temps normal
Différence avec ie temps normal
Temps reproduit
Temps reproduit
» Total des différences.|.......... (AA NO | NARER A RR V
Les écarts entre les temps reproduits par Armande et ses temps normaux sont sensiblement plus petits que ceux 4
de Marguerite; Armande se rend mieux compte des petits intervalles de temps; et, encore, les différences sont-elles plus grandes qu'il ne faudrait; car les chiffres précédents résultent d’une séance où Armande se disait mal en train. Marguerite ne cesse de répéter qu'elle ne sait pas comment faire ni sur quoi se guider; elle trouve l'expérience très difficile, dit qu’elle répond au hasard; elle attend, se demande si elle n’a pas attendu assez longtemps. Elle n’a jamais compté, supposant à juste titre que c’eût été tricher. Une fois, elle a essayé de se représenter les secondes sur
la montre en marche; une autre fois, elle a voulu imagi-
ner le mouvement d’un bateau, qui se balance, maïs elle n'a pas réussi; elle regrette souvent de me pas marquer elle-même le premier intervalle; « je suis’ sûre, dit-elle, que je pourrais bien mieux si je tapais en même temps que toi. » Armande a plus souvent confiance dans l'exactitude de ses appréciations; elle explique tout autrement les procédés dont elle se sert. Je transcris demandes et réponses. « D. Comment fais-tu pour mesurer le temps? — R. Pendant que tu faisais cela (c'est-à-dire pendant que le temps normal était frappé) je me suis dit : c'est déjà long, etc. J'essaye de me dire les mêmes choses, de repasser par les mêmes sentiments, pour avoir le même temps. » Cette explication a été répétée deux fois, à peu près dans les mêmes termes, dans une autre séance. Il semble que le procédé de Marguerite, quand elle arrive à en trouver un, est objectif; c'est une représentation de mouvement; le
procédé d’Armande, au contraire, est subjectif; elle s'étu-”
die elle-même, elle porte son attention sur ses états de conscience, et cherche « à se dire les mêmes choses où à passer par les mêmes sentiments ». Cette explication, ajoutée aux résultats, nous conduit à admettre que les
expériences précédentes sont une preuve de la différence.
::, LA VIE INTÉRIEURE fie 4 295 :
que nous avons trouvée chez Armande et Marguerite (1).
Armande est donc une subjectiviste, et Marguerite une objectiviste, Rien dans les apparences ne révèle la différence profonde de ces deux esprits; les apparences sont même trompeuses. On pourrait croire qu'Armande, subjectiviste, aime l'isolement, la vie contemplative, et dé-
daigne les exercices du corps; ce serait une erreur; elle est plus exubérante que sa sœur, se passionne pour l'exer-
cice physique, aime la société et a de grands besoins de vie active. On pourrait croire encore qu’elle ferme les yeux au monde extérieur, et préfère les arts qui détournent des choses matérielles: ce serait une seconde erreur; elle a des aptitudes incontestables pour le dessin, la peinture, la déclamation, et abandonne la musique à sa sœur. Comment expliquer ces contradictions? C’est que nos sujets ne sont pas des types idéaux, d’une perfection schématique; ce sont des exemples concrets, mélangés.
Il est à peine besoin d'ajouter combien il serait intéressant d'étudier chez les adultes et à l'état de perfection ces formes particulières du caractère qui s’ébauchent seulement chez nos fillettes. La tendance à vivre dans le monde extérieur, ou l’objectivisme, de même que la tendance à se renfermer dans sa propre conscience, ou le subjectivisme, caractérisent des types mentaux bien différents, et ont donné lie à des conséquences bien curieuses pour
l’histoire psychologique de l’humanité.
(1) Deux auteurs italiens, MM. Ferrari et Guicciardi, ont étudié le procédé par lequel des personnes se rendent compte de la longueur d’un intervalle de temps ; et ils ont constaté que les uns se représentent le mouvement de l'aiguille sur le cadran, c'est-à-dire se représentent le temps en termes d’espace, tandis que d’autres perçoivent en eux le temps qui s'écoule. Il faut ajouter que, dans l’expérience des auteurs italiens, un cadran et une aiguille étaientprésentés aux sujets, et la vue de cet ins: trument devait les encourager à se représenter visuellement la marche du temps. Cette existence de deux types de perception pour l'évaluation du temps est bien d’accord avec notre propre description.