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a dépensé; si j’ai pu arriver à quelque lumière par l'étude ! ; attentive de deux sujets, c'est que je les ai regardés… vivre et que je les ai scrutés pendant plusieurs années.
Lorsque je me suis départi de cette méthode, j'ai perdu « ma peine, J'ai fait pour des questions analogues des re-… cherches sur des enfants d'école primaire; ces recherches È ne m'ont pris que quelques semaines; je n'en publie pas une M seule ligne, parce que je trouve que l'analyse n'a pas été M assez approfondie (1).
Non seulement il faut rejeter toute épreuve rapide sur des anonymes, mais encore on doit préférer les expériences que l’on peut faire sur des personnes dont le ca-w ractère et l'existence nous sont connus. Notre psychologie n’est pas encore assez avancée pour que nous ayons Ie droit de dédaïgner toutes les sources de renseignements « qui nous proviennent d’ailleurs que des expériences. En général, dans les recherches les plus minutieuses, celles qui ont été faites par exemple dans les laboratoires allemands, on a pris presque exclusivement pour sujets l'espèce d'individus qu'on appelle des élèves de laboratoire. Ce sont, à beaucoup de points de vue, des sujets d’élec- 1 tion; mais en général on connaît mal leur caractère intel-” lectuel et moral, et on sait surtout que leur arrière-pen-… sée est une complaisance excessive pour le professeur qui sera un jour leur examinateur. Sans rejeter les épreuves qu'on peut faire sur des élèves de laboratoire, je crois que lorsqu'on étudie des fonctions supérieures il faut s'adresser surtout à des personnes qu’on connaît intime-… ment, à des parents, à des amis.
(1) J’aurais eu plaisir à continuer encore mes expériences sur mes deux fillettes si je ne m'étais pas aperçu que l’âge a amené quelques change-… ments dans leur caractère. Les portraits psychologiques que j'ai tracés” d’elles sont devenus aujourd’hui moins ressemblants qu’ils n'étaient il y a trois ans : et il me paraît probable que dans une dizaine d'années veus u tres changements plus importants encore se seront produits. Â
CONCLUSIONS : d 299
Un autre élément d'information qu’on ne doit pas né-
… gliger, c'est la disposition d'esprit que le sujet apporte à
l'expérience, ce que j'ai appelé plus haut son adaptation mentale. Pour bien comprendre le sens des réponses, il faut savoir dans quel esprit elles ont été faites, si le sujet était sérieux ou moqueur, s’il a pris une attitude passive ou contrainte, ou critique; il serait à souhaiter que dans toute expérience de psychologie, l’attitude mentale du
sujet fût décrite avec soin.
IL faut aussi non seulement répéter un grand nombre de fois une expérience sur la même personne pour bien comprendre ce qu'on fait, mais encore analyser beaucoup d’au-
tres expériences, un peu différentes, qui puissent éclairer les premières. Le résultat d’un seul genre d’ex-
périences est souvent équivoque, car il prête à plusieurs interprétations entre lesquelles on se trouve incapable de choisir. Ainsi, dans le test des 20 mots à écrire, nous avons établi des coefficients, et nous avons montré que chacun de ces coefficients a un nom qui implique au moins une hypothèse; c’est par le concours de plusieurs recherches indépendantes qu'on peut arriver à l'interprétation exacte. Tel résultat peut s'expliquer tout aussi bien par la vivacité de la pensée que par un défaut de réflexion; tel autre peut provenir autant de l'esprit d'observation que d'une pauvreté dans les idées. L'expérience unique et isolée reste équivoque; c'est l'accord de plusieurs recherches parallèles qui fixe l'interprétation juste.
Tous les détails accumulés dans les pages précédentes montreront comment je comprends le rôle de l'introspection en psychologie, et comment je crois qu’on peut appliquer la méthode expérimentale à des phénomènes aussi compiexes que ceux de l’idéation. Si on n’y regarde pas de près, on croira peut-être que, dans la plupart de mes expériences, comme tout se passe en conversations, la méthode ne diffère pas beaucoup des anciennes méthodes
d'introspection que la psychologie subjective a employées à À
exclusivement, quand elle ne se contentait pas d'imaginer
et de raisonner. Mais avec un peu d'attention, on remar- .
quera que même dans celles de mes recherches qui ressemblent le moins à des expériences, je n’ai pas perdu de vue ce qui est l’âme de la méthode expérimertale, le contrôle; le seul fait que dans ces conversations il y avait un observateur et un observé, et que l’observé ignorait les idées et les théories de l’observateur, est une garantie que les
réponses n'ont pas été viciées par l’auto-suggestion, çette,
formidable erreur de psychologie qu'on devrait afficher dans toutes les avenues de notre science, comme les descentes dangereuses pour les cyclistes. Pour éviter autant que possible une autre cause d'erreur, la suggestion de l'observateur à l’observé, j'ai adopté et suivi inflexiblement un principe de première importance, celui d'écrire
de suite et sans aucune exception tout ce qui se dit pen-
dant la séance. Ne point tenir compte des paroles échangées, c’est s'exposer de gaieté de cœur aux erreurs les plus graves; car un mot, un simple mot dit par l'expérimentateur peut changer complètement les dispositions mentales du sujet. Les études récentes que j'ai publiées sur la suggestibilité à l'état de veille m'ont démontré que
cette cause d'erreur agit d’une manière incessante; la né-.
gliger, c'est commettre une négligence équivalente à celle d’un bactériologiste qui ferait ses recherches si délicates de culture dans un milieu sale.
Le but principal de ce livre a été d'étudier dans l'idéation
ce qu'il y a de personnel à chacun de nous; et nous avons
fait un long parallèle entre deux fillettes dont nous avons étudié avec détail les idées, les images et les mots. Malgré le soin mis dans ces études, malgré les circonslances exceptionnelles qui en ont favorisé la précision et l'étendue, nous ne sommes arrivés qu’à de petites vérités partielles, n'atteignant pas ce qui avait été autrefois
. l'ambition de Taine : connaître la faculté maîtresse de l'individu, et en déduire toute son organisation mentale. “ On se rappelle les tentatives si curieuses qu'il a faites … pour dégager la faculté maîtresse d’un Shakespeare, ou - d'un Michelet. C’est très intéressant, au point de vue de la critique littéraire, mais ce n'est nullement de la psy- .… chologie, au sens tout récent où nous prenons ce mot. Taine, du reste, malgré la puissance de la pensée, n’est jamais … parvenu à saisir nettement la différence entre le scientifique et le littéraire; je me permets d’adresser cette cri-: . tique à son œuvre si suggestive et si attachante, sans manquer, je l'espère bien, à sa mémoire, pour laquelle j'ai autant d'affection que d'admiration.
Il est vrai que nous avons eu plus d’une fois la tentation de résumer le caractère intellectuel de nos deux sujets par un mot unique; mais aucune de ces tentatives
ra pu nous satisfaire pleinement; aussitôt que nous avions choisi un de ces mots-synthèses, un autre s'évoquait, qui exprimait une autre face des caractères à diagnostiquer, puis un troisième, et ainsi de. suite, et aucun n'avait uneassez grande plénitude de sens pour embrasser l’ensemble. Ainsi, tour à tour, nous avons accepté et rejeté les mots couples de constance et variété, bon sens et caprice, obser- vation et imagination, vie intérieure et vie extérieure; parmi toutes ces formules, la plus vaste, la plus abstraite est peut-être celle-ci : stabilité, pour Marguerite, et variabilité pour Armande. A stabilité se rapportent les qualifications suivantes : esprit pratique, réfléchi, ordonné, conservateur, équilibré, uniforme, sérieux, régulier, précis, etc. La variabilité donne également un lien à une série de qua- . lités opposées : esprit idaliste, peu pratique, mobile, original, inventif, capricieux, etc. 11 y a dans tout cela beaucoup de vrai, mais ce sont des étiquettes et non des explications; c’est un jeu littéraire plutôt que de ia science. Pour trouver la clef de voûte de ces organisations men-
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tales, il ne faudrait pas s'adresser au vocabulaire littéraire courant, qui n’exprime que des ensembles complexes d'ap- M titudes, mais aller demander un secours aux propriétés.
primitives de l'esprit; voilà ce qu'il est facile de comprendre : pour faire une bonne synthèse, il faut faire une synthèse qui soit explicative. Maïs alors, dans combien de difficultés on s'engage ! Croit-on que notre psychologie
moderne soit capable de donner des explications de carac-
tères? Elle a déjà fort à faire de constater les propriétés mentales. Lorsqu'elle établit que chez un individu il existe une grande variation psychologique, j'entends par là une tendance au changement, elle peut donner hypothétiquement à ce fait tangible beaucoup d'explications, mais elle n'est sûre d'aucune. La tendance au changement peut provenir, dira-t-on, d’un caractère de l'attention volontaire, qui facilement change de direction. Voilà une première explication, empruntée à la volonté. Cette tendance à la variation tient aussi, pourra-t-on dire, aux propriétés des images mentales; chez tel sujet considéré, les associations de contraste et de ressemblance sont mieux développées que les associations de contiguité; et comme
ces premières associations sont évocatrices de changement, | tandis que les secondes sont des forces conservatrices,
on s'explique que la prépondérance des premières donne à l’individu de l'instabilité mentale, Cette seconde explication fait donc intervenir, non la volonté, maïs les lois de l'intelligence proprement dite. D’après une troisième ex-
plication, la tendance à la variation provient d'un -
état instable de la sensibilité et du tonus émotionnel. En suivant cette troisième hypothèse, on trouverait que les
variations ne dépendent point d’une faiblesse ou d’une in-
coordination de l'attention, pas plus que du mode d'éveil des images, mais de ce fait élémentaire que le sujet se dégoûte vite de ce qui lui plaît, S'ennuie de ce qui l'a amusé, méprise ce qu'il a admiré, ou souffre de ce qu'il
en LÉ SR
mn:
a D d'abord trouvé agréable. Voilà, ce me semble, la trinité … d'explications psychologiques qu'on peut mettre en avant, met cela sans préjudice d’autres explications qui n’ont pas 14 “moins de vraisemblance que les trois précédentes, et qui feront intervenir la physiologie; par exemple, l'état de la circulation, les réactions des cellules nerveuses, l’histochi- “ mie de ces cellules, les phénomènes de désagrégation phy- …. siologique, etc., etc.
Suivant les préférences de chacun, tel cherchera son explication dans la volonté, tel dans l'intelligence, tel dans lémotivité, tel dans les propriétés physiques de l’organisme. Quant à nous, nous refusons de choisir. | Mais ce qui nous semble hors de doute, c'est qu'il existe “ une continuité mentale entre les modalités des fonctions | que nous avons explorées.
C'est sur ce point décisif que nos recherches ont fait la lumière; et comme la question est d'importance, je me permets d'y insister un peu, en terminant ce livre.
Une des causes qui, selon moi, ont arrêté dans ces der- - nièrés années le développement de la psychologie individuellé, c'est que les recherches les plus approfondies qu’on poursuivait dans ce domaine rencontraient un obstacle
invincible. Tant qu'on se bornaït à dresser des program- | mes, à proposer des expériences, on ne connaissait point de difficulté. Il était aussi très facile d'imaginer des tests mentaux inédits, et de les appliquer sur une centaine d'individus, et de mettre ces résultats sous la forme de tables et de graphiques. La littérature s’est enrichie, pendant ces dernières années, de quelques articles de ce genre, qui - n'ont pas fait faire un grand pas à la science; je rappel- … lerai en passant, comme type de cette littérature inutile, + un article qui a été publié sur « tout ce qu'on peut faire … d'expériences avec une tache d’encre ».
Les esprits sérieux n’ont pas tardé à comprendre que … la psychologie individuelle doit être cultivée selon des mé-
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thodes un peu différentes; un test mental n’a de sal que si l’on sait ce qu'il signifie; tester des séries d'individus ne peut être intéressant et utile que si l'on arrive à saisir une relation entre le caractère des personnes et la } manière dont elles réagissent aux tests; ou encore, il faut. chercher si, lorsqu'on applique vingt tests à une même personne, les résultats de ces vingt tests présentent quelque rapport logique. Or, les essais tentés ‘dans, l'esprit que je viens d'indiquer n’ont point été encourageants; et notamment, quand on a répété plusieurs tests sur les mêmes individus, et qu'on a voulu en faire la syn- ” thèse, on n'a trouvé qu'incohérence, soit que les tests utilisés eussent été mal choisis, ou mal appliqués, ou mal … interprétés.
C'est sur ce point spécial que j'ai appliqué mon effort; et j'ai la pleine conscience que l'étude. que je présente est toute nouvelle pour la psychologie. Profitant de ce que j'avais à ma disposition, d’une manière indéfinie, deux. sujets dont je connaïs la vie privée, j'ai fait sur eux des tests avec la préoccupation de trouver un lien logique entre les faces de caractère que j'étudiais successivement, et avec des tests différents. Ce lien existe, avec quelque patience je l’ai trouvé. Lt Voici en effet, à titre d'exemple, quelques-unes des constatations que nous avons pu faire sur nos sujets; c’est un résumé très sommaire des conclusions auxquelles des expériences indépendantes nous ont amenés. Je donne d’abord . la liste des expériences, et ensuite les conclusions, avec l'indication, par un numéro, des expériences qe les 118 appuient. HAT