CENT. CUBES
MORSURES A LA TÊTE ET A LA FACE (sili/c)
14e jour
Les expériences entreprises sur des lapins avaient autorisé l'inventeur de cette méthode à établir les comparaisons suivantes entre la virulence des moelles el celle de ces dilutions : depuis celle au i : îoooo jusqu'à celle au i : (iooo, les dilutions corresponde^ à la série des moelles du quatorzième au huitième jour; injectées sous la dure-mère, elles ne donnent qu'exccp-
286 AI'l'LJCATlONS m L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA RACE
tionnellement la rage. La dilution au i : ôooo, qui ne lue pas tous les animaux, équivaul à une moelle du septième jour; enfin Les dilutions au i : tooo, au I : 5oo, au i : 200 correspondent aux moelles des sixième, cinquième et quatrième jours.
Les succès obtenus par la méthode pastorienne eurent un retentissemenl rapide, et déjà, au [crmars [886, 35o malades avaienl subi le traitement antirabique; le 12 avril 1886, on avait recueilli plus de 700 observations, et plus de 2000 en novembre.
V la suite de l'Institut Pasteur de Paris, fondé par souscription publique dans le but d'assurer le service antirabique et aussi de permettre l'élude des différents problèmes que posait la science nouvelle, des stations vaccinales ne lardèrent pas à s'édifier en divers centres. Voici une liste des principaux laboratoires de vaccinations antirabiques.
Alger
Ann Arbor (États-Unis) Athènes
Atlanta (2) (États-Unis) Vu s tin — B ahia
Baltimore (Étals-l nis)
Barcelone
Bala\ ia
Berlin
Bologne
Bordeaux
Bresiau
Bruxelles
Bucarest Buenos-Aires Calcul la Chicago
Cleveland (États-Unis)
( lonstantinople
Cracovic
Hanoï
.lassy
kharkolT
kiew
koh \ an
La Havane
Le Caire
Lille Lyon Malle Ma rseille Milan
Minneapolis (États- Unis) Montpellier Moscou Naples
New-York (2)
Nouvelle-Orléans
Odessa
Pacloue
Palerme
Paris
Pavie
P.erin
IVrnamboue Pesth
Pétershourg
Pittsburg
Richmond
Rio-de-Janeiro
Rome
Saigon
Saint-Louis (2) (Etats- Unis)
Saint-Paul (Brésil)
Saint-Paul (États- Unis)
Samara
San-Francisco
Santiago du Chili
Saratov
Tewksb'u i'v (È lats-
Unis) Tiflis ïokio Tunis Turin Va: 30vie \ ienne \\ eltewreden Wilna
On (ut surpris de constater le nombre très considérable de cas de morsures par des animaux enragés. Si avant les découvertes pastoriennes le chiffre des individus mordus semblait beaucoup moins élevé, la raison en était dans le silence qu'on Taisait autour d'une maladie réputée incurable. Au désir de tte pas effrayer la personne mordue, son entourage ajoutait la peur de lui porter préjudice le travail étant souvent
refusé à des ouvriers qu'on supposâil pouvoir être dangereux parce que mordus par des chiens enragés. On peul estimer à plus de cent mille le nombre des; personnes ayanl subi le traitemenl antirabique depuis [886.
Bien qu'il n'entre pas dans le programme de ce livre de donner d'amples détails sur la thérapeutique pré Ventive de la rage, nous devons dire quelques mots des résultais obtenus.
Les statistiques de tous les instituts antirabiques témoignent, par rabaissement du chiffre de la mortalité, des progrès accomplis dans la méthode des vac dilations.
A Paris, depuis l'origine, on classe les malades suivant trois tableaux : \. B, G. Dans le tableau A sont inscrites toutes -les personnes mordues par des animaux reconnus enragés par preuve expérimentale.
Dans le tableau B figurent les sujets mordus par un animal que le certificat d'un vétérinaire a déclaré atteint de rage; c'est le tableau le plus chargé. Enfin le tableau C contient tous les individus mordus par des animaux suspects. Si. avec Hôgyès, on récapitule les moyennes établies dans vingt-quatre laboratoires antirabiques, on trouve que. sur 54620 personnes inoculées. £28 sont moites: ce qui donne 0.77 p. 100 de mortalité. S' i I est bon de remarquer que plusieurs tlo ces instituts ont eu beaucoup de morsures de loups à traiter, de toutes les plus dangereuses, il faut ajouter d'autre part que beaucoup d'individus ont été inoculés sans avoir été mordus par des animaux enragés.
Voici, à litre d'exemple, la statistique détaillée de
l'Institut antirabique dé Paris depuis su fondation jusqu'en [906.
Aujourd'hui la plupart des instituts antirabiques font usage de la méthode pastorienne. Celle de Hôgyès est appliquée à Buda-Pesth. Le procédé de Puscariu (atténuation par la chaleur à 4o-8o°) est usité à Tokio.
Les résultats obtenus sont soumis à de nombreuses conditions, eu particulier à des retards dans l'application du traitement, à la gravité des morsures. \ Gonstantinople, par exemple, où nous avons dirigé le service antirabique, il nous était donné fort souvent de voir les malades arriver plusieurs semaines après la morsure. Des habitants de Smyrne étaient dirigés sur Conslantinople par les autorités avec une diligence telle, qu'ils entraient à l'Institut un mois et plus après l'accident; cependant les deux villes sont distantes seulement de deux ou trois jours en bateau ou en chemin de fer. Mous savons que cet état de choses n'a pas changé dans l'Empire Ottoman.
\ Barcelone. Ferran refuse impitoyablement toute personne qui arrive plus de dix jours après la morsure.
Parlant de celle idée que le virus fixe est un virus rabique parfaitement acclimaté à l'organisme du lapin, ferran s'est depuis longtemps décidé à se servir de la moelle fraîche pour immuniser l'homme. Cette méthode repose sur l'emploi de grandes quantités de virus pur D âpres Sentinon*, le directeur du laboratoire antirabique de Barcelone se servirait aussi de cerveaux virulents, chauffés pendant quarante minutes; le traite-
1 Sentinon, Cenlr. f. Bakt., p. 221.
L'ét. exp. de la rage.
:>i)0 APPLICATIONS DE L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE ]>!•) LA KAGE
ment durerait cinq jouis, pendant lesquels les malades recevraient vingl injections. Sur six cenl cinquante deux individus ainsi traités, Irois seraient morts de rage.
D'ailleurs il esl assez, difficile de connaître exacte nient la technique de Ferran, qui n'a rien publié de récenl à ce sujet.
Quoi qu'il en soit, c'est une question intéressante de savoir si le virus fixe n a pas en effel perdu toute propriété pathogène pour l'homme.
Déjà, en 1888, Protopopoff recommandait l'emploi de moelles 1res virulentes. Plus lard, di Matlei. Babes, revenant sur celle question, préconisaient les inoculations de moellttdu premier jour. \ \\ ilna. VS . Orlowski constate (pie leur injection en grande quantité peut prolonger L%cubation de la maladie. Depuis 1902. il a entrepris le traitement des personnes gravement mordues au moyen d'inoculations bi -journalières de 5 gr. d'émulsion de moelles desséchées, y compris celle du premier jour. En i qn.'i . il a'hésite pas à administrer jusqu'à 200 gr. de dilutions médullaires dans l'espace de Irois semaines, traitement qui lui donne les meilleurs résultais, particulièrement à la suite de morsures à la lète par des loups.
A Gracovie, Yilsch inaugure, en tqo.k le mode suivant :
Jours de traitement : J 2 3 i j 6 7 8 9 J0
Age des moelles : 6-5 6-5 5-4 4-3 3-2 6-4 4-3 3-2 3-2 2-1
Gomme Remo Segré à Milan, [vo Novi à Bologne,
Nitsch donne non plus 2 mm., niais [0 mm. de moelle par chaque injection, et sans attendre le dépôt dans
l'émulsion des gros fragments de substance nerveuse, ce qui a pour effet de provoquer des rougeurs et de la tuméfaction. De plus, comme, à l'institut de Gracovie, la série des moelles n'était pas toujours au complet, \ilsch1 commençait quelquefois par la moelle du quatrième jour.
Enfin, Bareggi, s appuyant sur les recherches expérimentales de Marx chez les singes, ainsi que sur les résultats obtenus à Barcelone par Ferran . adopte le traitement par le virus fixe pur, dont ij laisse seulemenl reposer l'émulsion afin de ne pas inoculer les fragments trop volumineux. D'après Bordom-Uflreduzzi, cpii commente2 cette méthode, cinq personnes seraient mortes de « rage expérimentale » à la suite de ce traitement.
Par contre, on sait que Y\ issokowicz a pu inoculer le virus fixe dans les veines des malades, sans aucun accident.
Une question d'ailleurs se pose en présence des cas de mort observés par Bareggi, et en général de tous ceux qui peuvent survenir à la suite du traitement antirabique : comment reconnaître si la rage est due au virus de la morsure, ou bien à celui qui fut administré préventivement coulis ses suites; autrement dit, peut-on savoir si la rage d'un individu traité est imputable au virus des rues ou bien au virus fixe?
Il, y a lieu, semble-t-il, de tenir compte des trois considérations suivantes :
i° L'époque à laquelle la maladie est apparue.
1 Nitsch, Wien. klin. Woc/i.,1904, n» 36.
2 Baumrjartens Jahresber, 1889, p. ,111.
« Parmi les personnes traitées et qui oui succombé, dil Pasteur, plusieurs sonl mortes dans les joins qui onl immédiatemenl suivi le traitement. Elles devraienl être retranchées de la statistique. Il esl évident que l'effet des inoculations préventives n'esl pas ïnstan tané, qu'il faut, pour que l'immunité soil acquise, qu'un certain temps soil écoulé, toul comme dans les cas de vaccination jennérienne...
« L'incubation de la rage étant de quinze jours envi ron chez le chien, quand on pratique l'inoculation intracranienne , il serait de toute justice de ne pas compter, pour l'évaluation de la mortalité, tous les cas où la çage a éclaté dans les quinze jours cpii ont suivi le traitement... » D'où il résulte que tout cas de morl survenu dans les quinze à vingt jours après le débul du traitement ne saurait être imputable qu'à la morsure.
2" L'aspect clinique de la maladie. Eu général, le virus des rues donne la rage furieuse; le virus fixe, la forme paralytique. Toutefois on sait, depuis les recherches de Gamaléia. que celle-ci s'observe aussi à la suite de morsures.
3° La durée de l'incubation chez les animaux injectés dans le cerveau avec le bulbe du malade, le viras fixe donnant la rage après sept ou huit jours, le virus des rues seulement au bout de deux ou trois semaines em iron.
Mais nous avons vu qu'il existe dans la nature des cas de virus renforcé.
Nitscli est convaincu, ainsi que Marx, de l'innocuité du \ i tu s fixe pour l'homme. Il s'est injecté à luimême, sous la peau du ventre, le 29 décembre 1903,
un fragment do moelle dorsale de \ ~) mm- provenant du 858" passage chez le lapin. Les animaux témoins succombèrent à la rage. Nitsch ressentit seulement quelques douleurs pendanl deux jours.
Nous pensons également que le virus lixe utilisé dans les laboratoires, el en particulier celui de Tins titut Pasteur de Paris, a perdu pour l'homme son pouvoir pathogène, tout au moins que son injection dans le lissu cellulaire sous-cutané de la région abdominale pourrait se faire sans aucun risque. Mais il en serail peut-être autrement si ce même virus fixe était introduit en un point particulièrement riche en filets nerveux, tel que la pulpe digitale.
Nous même avons été piqué très profondément à I extrémité de l'auriculaire avec une aiguille chargée de viras fixe; nous ne conclurons pas de cet accident à l'innocuité générale de semblables piqûres. Une injection de virus fixe dans l'encéphale ou dans la chambre antérieure d'un singe anthropoïde nous édifierait assez bien sur son pouvoir pathogène pour le cerveau de
' • " " ('*' pas à noire connaissance qu'une
telle expérience ait été faite.
Même introduits chez l'homme dans le lissu cellulaire de la région abdominale, il pourrait se faire que des fragments un peu volumineux de l'émulsion viru lente puissent rencontrer des filets nerveux et, chez certains individus, provoquer l'infection rabique.
Nous pensons donc qu'il serail imprudent de pratiquer systématiquement chez l'homme des inoculations de virus fixe pur. Aussi, afin de concilier l'innocuité (l" traitement antirabique avec l'emploi des moelles les plus virulentes, et par cela même les mieux douées des
294 APPLICATIONS DE L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA RACE propriétés vaccinales, nous avons ou L'idée d'appliquer au traitemenl préventif de La rage chez l'homme l'em ploi des mélanges virus-sérum qui nous ont donné chez le chien de si bons résultats.
Les avantages de celte préparation nous paraissent considérables.
D'abord elle peut être inoculée sans aucun danger: il nous suffit de rappeler que. chez les animaux, nous n'avons jamais vu la rage éclater à la suite de l'injection d'une telle émulsion préparéo avec excès de riras. Si elle peut se montrer infectante pour le cerveau, elle reste moffensivo dans une région pauvre on terminai sons nerveuses ; la raison principale en est que La présence du sérum spécifique facilite singulièrement la résorption de la substance virulente.
Voici le procédé, tel qu'il est adopté à l'institut Pasteur do Paris. On broie finement i gr. de bulbe du lapin de passage, et on prépare ainsi une émulsion dans 10 ce. de bouillon faible ou d'eau physiologique; on la passe à .travers un linge. A 2 ce. de cette dilution décimale on ajoute f\ ce. de sérum antirabique de mouton, et on injecte ce mélange (6 ce.) sous la peau du. ventre, en deux points.
La même inoculation est répétée les trois jours suivants, après quoi le malade est soumis aux injec lions des moelles desséchées à partir de celle du sixième jour.
Il nous semble utile de commencer le traitemenl de l'homme par les mélanges virus-sérum. Los e\|>é notices de Remlingcr oui montré que ceux ci pouvaienl encore préserver des animaux infectés dans la chambre antérieure, à la condition d'être inoculés dans les trois
APPLICATIONS DE L'ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE LA RAGE 29'i
jours qui suivaient- celte épreuve. Ces mélanges doivent donc assez rapidement conférer à l'organisme l'immunité; celle-ci esl ensuite fortifiée par le traite ment paslorieu.
Il ne faut pas oublier, en effet, que si l'on en juge par la date d'apparition des substances immunisantes dans leur sérum, il faut aux malades traités par la méthode pastorienne environ vingt jours (Kraus et Kreissl) avant d'elle immunisés. Nous n'avons pas encore eu l'occasion de rechercher si le sang- des individus traités par les mélanges virus-sérum a des propriétés antirabiques plus précoces: dans une semblable recherche, il faudrait nécessairement tenir compte du sérum injecté.
Depuis 190/i, ce traitement préliminaire par les mélanges virus-sérum esl appliqué à toute personne se présentant à l'institut avec une morsure grave, que celte gravité vienne de son siège, ou bien de sa profondeur, ou enfin d'un retard dans l'application du liai tentent.
Les cas où les malades viennent subir les inoculations longtemps après leurs morsures sont liés rares en France; mais celte méthode serait très précieuse dans les nombreux pays où il en va tout autrement.
Il n'est pas encore possible de formuler un jugemenl sur cette addition an traitement pastorien: pour le faire il faudra attendre encore plusieurs années. Tout ce que nous pouvons dire, c'est que depuis l'emploi des mélanges virus-sérum la statistique n'a cessé d'aller en s'améliorant.
INDEX BIBLIOGRAPHIQUE