‹ L'étudiant et la grande dameChapitre 3 sur 28 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

FERDINAND, puis CORBINEAU.

(Au lever du rideau, Ferdinand est en manches de chemise et achève sa toilette. La porte du tond est ouverte.)

FERDINAND , cherche dans sa commodr, Quediable ai-je donc faitde mon habit noii ? (Appelant aufowl.) Corbineau !... Coibineau ! . . .

CORBINEAU, en dehors. Qu'est-ce que c'est ?

feudi:ma\d. Tu n'as pas vu mon babil noir?

CORBINEAU, en dehors. Si fait!... Je vais te L'apporter. ..

FERDINAND, riant. J'étais sûr que c'était lui...

CORBINEAU, entrant tout houille. iwec une petite redingote et brossant l'habit noir qu'il

MAGASIN THEATRAL

tient à la main. Le voilà , je l'avais pris hier pour passer mon examen de médecine légale : c'a été très -bien.

FERDINAND. Ton examen?...

CORBINEAU. Non... ton habit !.... qui m'a fait un honneur... Quant à l'examen, M. Adelon m'a dit que je n'étais pas trèsfort !... c'est possible !... J'ai eu cinq boules noires...

Ferdinand. Combien étaient-ils?..

COrbineau. Eh bien ! ils étaient cinq... Ferdinand. Là ! — aussi tu ne fais rien... C'est une honte !... entouré de jeunes gens studieux, pleins d'ardeur, qui devraient te servir d'exemple... toi seul es toujours à perdre ton temps, à dépenser le peu d'argent que nous avons , à t'a muser!..

CORBINEAU, lui aidant à passer son habit. Dam !... la vie est si courte î nous autres médecins, nous savons cela mieux que personne!.. (Changeant de ton.) Dis donc, Ferdinand ? as tu un foulard?... Je ne sais ce que deviennent les miens.

FERDINAND, se brossant. Regarde dans la commode.

CORBINEAU , prenant un mouchoir. 31 a foi , il n'y en a plus qu'un... je le prends. C'est charmant de loger comme ça sur le même pallier... Deux amis... deux garçons... cette communauté de sentimens et... de mouchoirs de poche!., malgré ça .. un habit noir à deux... ce n'est pas assez... aussi... j'en achèterai un sur le premier malade qui me tombera sous la main.

FERDINAND, gaîment. Des malades!...

toi ! tu n'en trouveras jamais.

CORBINEAU, aoec sang-froid. J'en ferai.

Ferdinand. Tu en es bien capable...

CORBINEAU. Comme les autres !... (Avec gravité.) Du reste, je vous préviens, monsieur le jurisconsulte, que les plaisanteries sur les médecins sont de très-mauvais goût, maintenant!., c'est usé.

FERDINAND. Tu as raison. . - il vaut mieux chercher quelques moyens de sortir d'embarras ! Tu sais que notre propriétaire... CORBINEAU, soupirant. Oui, M. Dupré...

c^ riche et farouche tapissier, qui a toute la fierté du comptoir et l'aristocratie des franges de velours, se permet de nous renvoyer.. C'est ta faute.

Ferdinand. C'est la tienne , tu es toujours à le taquiner...

CORBINEAU. Et toi , tu compromets sa maison . . .

FERDINAND. Moi...

CORBINEAU. Oui... oui... avec ton petit air posé , tu n'as pas de mœurs... Hier encore... cette belle dame. . ce chapeau à

plumes roses que j'ai rencontré dans notre escalier ! au cinquième.

Air du FaitdecitU de t Écu de six francs Ce n'est pas ici la coutume De voit- escalader si haut Des dames en pareil costume, De ces tournures comme il faut, De ces tournures, en un mot, anglaises ou napolitaines, En robe de velours, ma foi !

Ça ne pouvait être pour moi, Je ne connais que des indiennes.

Ferdinand. Je te jure...

COrbineau. Ah ! tu es discret.... tu auras des femmes, loi.

Ferdinand. Il se peut que j'aie une passion,... mais ce n'est pas celle-là... c'est tout uniment une cliente... une dame, très-bonne , très-aimable , qui m'a été adressée par un ami commun, un M. d'Herbellot , à ce qu'elle m'a dit... Je ne me rappelle pas avoir eu d'ami de ce nom.. mais c'est égal... il suffit de la voir, de l'entendre un seul instant, pour être pénétré pour elle d'une estime, d'un respect! Il s'agit d'un procès important, d'une affaire très-compliquée... car, malgré ses explications, je n'y ai rien compris... il est vrai qu'elle entremêlait tout cela de questions... sur moi, sur ma position... avec tant d'intérêt, de bonté... tiens... (Montrant sur sot bureau un bouquet et des gants de femme.) La pauvre femme en était si préoccupée... qu'elle a même oublié son bouquet et ses gants.

CORBINEAU, d'un air incrédule. Oui...

des gants et un bouquet!... et, c'est sans doute pour mieux étudier son procès que je t'ai rencontré un moment après, avec elle , dans sa calèche.

Ferdinand. Dans sa calèche?

CORBINEAU. Parbleu!... tu m'as éclaboussé, juste dans l'œil ! mais, de celui qui me restait... j'ai parfaitement remarqué... Bon genre... belle femme... voiture superbe... des yeux longs de ça... avec deux gris pommelés...

Ferdinand. Mais c'est elle qui a voulu me conduire au palais.

CORBINEAU. Hé! mon Dieu!... je ne t'en fais pas un crime, au contraire... c'est très-bien, mon cher, te voilà lancé.

Ferdinand. Lancé...

COrbineau. Sans doute... Vois-tu , on me disait toujours dans mon pays : A Taris, les femmes font la fortune des beaux garçons... J'y suis venu !... et j'attends... j'attends ce que tu as déjà trouvé.

FERDINAND. ÎMoi?...

CORBINEAU. Qu'est-ce qu'il faut •» des

L'ETUDIANT Kl LA GIIANDE DAME,

jeunes geusaimaoles qui n'ont pas le sou ' Une femme riche, sensible, qui les lire de la foule et se charge de leur avenir... Tu e;i as rencontré une, encore jeune et jolie ; ça ne gâte rien...

FERDINAND. Veux-tu bien te taire !.. si l'on t'entendait, tu me ferais une belle réputation.

CORBINEAU

Air : // n'est pas temps de nous quitter.

FERDINAND

Y penses-tu ?

Qui? moi, recevoir d'une femme...

CORBINEAU

Oui, c'était un état perdu, Voilà qu'il revient...

FERDINAND

C'est infâme!

Le monde encor pardonne aux étourdis Qui se ruinent pour les belles, Mais il flétrit de son mépris Celui qui s'enrichit par elles.

CORBINEAU. Oh .'.... voilà les vieilles idées... les tètes à perruques... l'amour ennoblit tout, monsieur, et ce qui vient d'une main chérie ne peut jamais blesser... en amour, celui qui donne n'est-il pas le plus heureux? pourquoi donc être égoïste et priver l'objet aimé... du plus grand bonheur qui existe? C'est ce que je disais indifféremment à la marchande de nouveautés , ici en face , cette veuve , la belle Dorothée... une blonde assez agréable, à qui j'ai lancé quelques œillades.

Ferdinand , riant. Mais elle li'est pas jolie.

CORBINEAU. L'amour ne s'arrête pas à ces misères-là... et puis elle rachète cela par tant de qualités... Un magasin magnifique... au beau milieu du faubourg Saint- Martin... un train de princesse. Je ne serais pas étonné qu'elle m'eût compris ,

qu'elle m'envoyât quelques présens

d'abord , j'ai soigné sa cuisinière, qui avait une esquinancie, que j'ai prise pour une gastrite... C'est peut-être pour cela que je l'ai guérie... Je voyais clairement que sa maîtresse venait s'informer des nouvelles de sa bonne, pour causer avec moi... et comme elle m'avait souvent reproché de me tromper d'heure :

Air : Restez, restez, troupe jolie.

J'ai, profitant de la rencontre, Dit quelques mots, par ci, par ta, Sur Breguetet sur une montre.

FBtmiN ni), i tarif .

Et lu crois qu'elle arrivera î

Ali ! j'en mus i ei l.iin «I <l< | i Son < ii-iii qui p. n l,i lionli In die

A commande cheai Phoi loger

l-a montre dont L'hearaue aiguille

M.- dira l'heure <lu l>< i

i i itniNwn. Je te conseille «l'y compter..

CORBINEAU. Et plus tard un petit cabriolet pour mes visites.

FERDINAND. Oui dà... en attendant tu vas avoir la bonté d'aller à pied cherche] un appartement pour nous deux .. quelque chose de simple... de modeste... et dépêche-toi, car c'est aujourd'hui qu'il faut quitter celui-ci.

CORBINEAU. Aujourd'hui! oh! diable nous n'avons pas de grâce à espérer! . . avec ça que M. Dupré a un redoublement d'humeur.

Ferdinand. Pourquoi donc?

CORBINEAU. Parce que sa fille est malade.

FERDINAND, virement. Mademoiselle Louise?

COUBINEAU. Qu'est-ce qu'il te prend donc?., comme te voilà troublé!

FERDINAND. Ah! mon Dieu ! j'ignorais.

je cours m'informer...

(La porte du fond s'ouvre , Dupre paraît )

CORBINEAU, bas. Chut! c'est lui! c'est notre féroce propriétaire qui vient nous mettre à la porte.

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