CHAPITRE XI
De la célébration du dimancbe et du carDaval.
onr moi, pour vous, pour les flâneurs, piiur les artistes, poin* les gens qui ont vingt mille francs de rente, et pour une foule d'autres personnes dont le détail serait beaucoup trop long, le dimanche est un jour fort triste ; toutes les rues ne présentent , au lieu de ces brillants étalages de magasins à la mode , qu'une longue série de volets verts, — nuance qui peut être fort salutaire pour les vues affaiblies, mais qui est furieusement monotone quand on la contemple dans toute la longueur de la rue Richelieu ou de la rue Saint- Denis.
Mais comme tout se compense icibas , cette fermeture des magasins , qui est cause de voire ennui, produit la joie de cinquante ou soixante mille grisettes qui , ferventes chrétiennes , seraient bien désolées qu'on abolît la célébration de ce jour où elles honorent le Seigneur à la façon du roi David , — c'est-à-dire en dansant au son de harpes représentées par trois violons, deux clarinettes et une grosse caisse.
Aussi ce que les griscttes peuvent le moins pardonner à la République française, c'est d'avoir imaginé un calendrier qui ne ramenait le dimanche que tons les dix jours. — Si par suite de quelque bouleversement social nous revenons à ce genre de gouvernement, nous conseillons au futur président, s'il tient à se bien mettre avec la partie la plus intéressante et la plus féminine de la popula-
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lion française, de décréter que le dimanche se célébrera tous les cinq jours.
La grande joie de la griselte parisienne, et je dirai même de la grisolle de toute la France , — c'est la danse.
Et cela se conçoit parfiiitenient ; car lorsqu'une Jeune lillo est restée pendant six Jours de la semaine, et penilanl douze heures de chacun de ces Jours, placée sur son séant et occupée à tirer perpétuellement une aiguille, sans avoir d'autre distraction que de l'enfder, — vous conviendrez que cette jeune personne peut éprouver le besoin de ramener la circulaiion du siint; dans ses jambes; — et le cancan fiançais e>t spécialement pré4;onisé pour CCI usage par tous les ducleurs les plus distingués.
Aussi, hiver couuneété, trouve-t-on 5 Paris une foule d'orchesires qui se sont voués à la mission hygiénicpie et salutaire détaillée ci-dessus. — A peine les clarinettes des bals champèlrcs ont elles fait retentir leur dernier soupir sous les feuilles Jaunissanics des bois de Vinccnnes et autres lieux extra muros, que ces mêmes clarinettes , semblables à des canards voyageurs , émigrent iiilrn muros, et vont faire résonner de leurs notes jilus ou moins mélodieuses les murs du Vauxhall , du Prado d'hiver et de tous les autres ciablisscments brevetés du gouvernement et placés sous l'inspection paternelle et empoignaloire des sergents de ville.
Nous ne voulons pas passer à la description détaillée de tous ces bals (les quatre saisons, car ils offrent chacun un aspect bien spécial et qui nous mènerait beaucoup trop loin de toutes les manières.
Après le lyl, il n'est rien que la grisette aime plus que le spectacle ; — il est même certaines griselles (jrand genre qui aiment encore plus le spectacle que la danse : aussi tous les théâtres fontils de brillantes recettes tous les soirs où les magasins de lingéres ou de couturières sont fermés. — Le goût du spectacle est telle-
A,vitii
ment inné chez la grisette, (pi'il en est bien peu qui n'aient rêvé au moins une fois dans leur vie de se faire actrices, et qui en con-
séquence n'aient déclamé pendant huit jours quelque tartine de mélodrame en se drapant dans un. tartan.
Les plus obstinées vont Jus(|u';i la salle Chantcreine, qui voit s'évanouira cha(|ue représentation une foule de rêves de gloire; — après un essai malencontreux, la {aXwe Déjazct se remet à cultiver les modes, et ne retourne au théâtre qu'en qualité de speciairice, quand un jeune homme galant lui offre son cœur et une loge.
Nous avons déjà eu occasion , dans la Physiotofjie de l'Étudiant, de parl(>r de la passion delà grisette pour les beautés de la nature et pour l'herborisntiou des fraises en compagnie d'un jeune horticulteur âgé de vingt à trente ans; aussi renvoyons-nous nos lecteurs à cet ouvrage aussi curieux qu'attachant ( nous parlons de la Physiotof/ie de i' Étudiant, Aubert, éditeur. Prix 20 centimes). — Le même ouvrage traite aussi de la partie champêtre prise sous son point de vue carré.
Mais, quel que soit son goût pour la nature , la verdure et les sensations ks phis pures, la griselte salue avec une acclamation très-Joyeuse l'arrivée du mois de novend)re, non parce que ce
inois amène la fêle de saint Hubert, grand patron des chasseurs, qu'elle ne connaît que comme patron des maux de dents ; mais
LA OniSF-TTE.
parce que novembre amène décembre , cl les grandes afTiclies Jaunes annoncent les iirrrrands hais masqiUs!
El alors, ab(ii(|iiant son buniiet et son sexe, la grisettc n'est plus une grisettc; — c'est un di'ùnnliur !
Autre personnage dont vous tnnnerez la monographie dans la Physioloiiir s|KV-iale de notre spiriltiel collaborateur Maurice Allio> , —toujours Auberl, édiieur.