I.F. PROVINCIAL A PAIllS
irHont endroit où l'on est fort bien cl à très -bon compte : /'est chez Vïry.
— Je le cotiiials de irpulalion , mais je n'y suis jamais allé. On m'avait dit (|iie c'était irés-tht'r.
— Pour le vul'p'aire, oui. Ceux (|ni ne sont pas initiés >(>ut tdiit jimplemont dans le salon du re/.-cli'clianssée, et ils pajeni au prix marqué sur la carte; mais dans les cabinets, c'est îi prix lixe. On a cinq plats, une bouteille de bordeaux et une demi-bouteille de cliampa;;ne, par téie, pour deux francs. Véry a voulu f.iire ain^i une eonciurcnce aux mauvais petits traiteurs (|iii pnllnleut dans le quartier du P.dais-Iloy.il. Voili ce ipic tout le uioiule ne sait pas. tes gens bien informés vivent nia^nilifpuuieut et pour rien !i Paris. Le tout est d'être au courant <les bonnes aubaines.
Les deux dîuems se mettent il l'ieuvre. Le Parisien choisit les mets les plus recbercbés ; puis lors(|u'arrive le (piart d'iKure de Rabelais, il dit au provincial : — Donnez-moi vos deux francs, je vais payer au comptoir.
Knchanté de la découverte , le provincial déclare (pie désormais il ne dînera pas ailleurs. Le lendemain , il rencontre trois de ses compatriotes et, voulant leur faire une splendide politesse à peu de frais, il les conduit chez Véry dans ui\ cabinet parliculier. 1! demande cinq plats exfpiis, du poisson, ihi gibier, des trolïes, quatre iHJUieilles de bordeaux-lalliite et deux de cbampafjne frappé. A la fin du repas , il passe au bureau et présente deux pièces de cinq francs en demandant sa monnaie.
— Je ne vous comprends pas , dit la reine du comptoir, voici TOtre carte, total : 110 francs 7') centimes.
— Mais, madame, il y a erreur de votre part, nous dînions à prix Gxe.
— Mais, monteur, ici on ne dîne pas à prix fixe.
— Dans les cabinets?
— Tout comme dans les salons.
— dépendant, hier...
Après de cruelles explications et de douloureux débats, le proincial est bien obligé de payer les 110 francs 75 centimes.