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CHAPITRE XII

l*e grand inonde.

Il peu refroidi sur le chapitre des études de mœurs, le provincial rrçoil le malin une lettre ainsi conçue :

« Madame la baronne de Clian-

■) dernagor prie monsieur *** de lui

^ » faire l'IioniKur de venir passer la

» Soirée chez elle le lucrcrcdi iU

» du couraïU. »

— Diable ! s'écrie le provincial après s'être assuré que ce billet est bien à son adresse ; — il paraît que je perce ! Je savais bien que cela liiiirait par là. Voici maintenant que le ;^rand monde s'ouvre à moi de lui-même...

Exact il cet appel flatteur, le provincial fait des frais excessifs de

toilette; et se rend chez la baronne de Chandernagor, qui habite la Chaussée d'Anlin. L'appartement est vasic et décoré de meubles un peu vieux , de tentures passablement éraillées ; mais ce luxe de vieille date prouve que la maîtresse de la maison n'est pas une parvenue.

La baronne est comme son ameublement : — fanée par Vigc'f par l'usage. Klle fait au nouveau venu un accueil empressé : — '. me plais, lui dit-elle , à recevoir chez moi les étrangers de disiinclion et à leur faire les honneurs de la haute société parisienne. Des

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personnes ircs-rccominandables m'ont parle de vous, et je ni'esli-

incrais heureuse si je pouvais contribuer à vous rendre le séjour de Paris agréabk'.

— Coniuuni donc, madame, mais je suis confus et très-flatlé de vos bonii's !

— Nous n\ons du monde ce sciir, et d'asstz joiirs femmes qui aiineni bcaucuup les étrangers. Vous pourrez leur faire votre cour.

JUMPZ-VOUSÎ

El sans attendre la réponse de son hôte , la baronne le place h une partie de liouillDtlc avec trois messieurs très comme il faut et ornés de plusieurs ordres.

— Pas de folies, messieurs! dit la maîtresse de la maison.

— Ohl mon Dieu, répond un des partners, le jeu ordinaire, tout ce ((u'il y a de i)lus modeste.

Le provincial n'en demande pas davantage; il joue de confiance, cl il se laisse gagner cinquante fiches. La partie est finie.

— Combien vous dois-jc? dcmande-t-il.

— Mais, répond le plus décoré des joueurs, cinquante fiches b dix francs, cela fait juste le billet de rin(| cents.

Le provincial s'étonne, se récrie, gémit; ses partners, toujours graves et pohs, le regardent avec un sourire de surprise ironique. Il faut bien pourtant finir par s'exécuter.

C'est sa faute; pourquoi n'a-t-il pas demandé quel était le petit jeu du grand momie?

Pour se distraire de ce rude échec, le malheureux joueur s'apprechc du cercle des dames; l'une d'elles lui paraît charraanic, il entame la conversation, on le reçoit à merveille, on l'écouie avec plaisir, on lui répond avec cette libellé qui est le cachet de la bonne société.

— Quille est celle aimable dame? — Une dame polonai c, la comtesse Cliamoski.

Lncouragé par les vives oeillades et les dourcsjiaroles de la comtesse, noire provincial oublie sou billet de cinf( cenis francs. A minuit, la Polonaise prend congé c'e la haroiini'; il la suit : elle n'a pas de cavalier, il lui propo.se de la reconJuire; clic acceiile son bras et son fiacre.

— Me pcrmcttrcz-vous, madame, de cultiver votre connaissance et de me |iréscnler chez vous?

— Yol'iu tiers, monsieur.

Il est ravi, le fiacre s'arrête, et la noble Polonaise dit à son galant cavalier :

— Puisque nous devons nous revoir, je prendrai la liberté de réclamer de vous un léger service?

— Parlez, madame, il n'est rien que je ne fasse pour vous plaire; je me mellrais au feu, si vous l'exigiez.

— bh bien, prétez-moi quinze francs.

Inrorluné, pour aller dans un grand monde pareil c'était bien la

peine de commander des bottes vernies imperméables , insalissables , et... immettables !

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