‹ L'étudiantChapitre 16 sur 243 · L'INTRIGUE · texte numérisé non relu

L'INTRIGUE

Nous sommes à l'Opéra. Il faut le dire, parce que le costume TRiGiualogue ne vous donneraient pas d'aperçu exact de la topographie.

Un débardeur féuiiniu avise un monsieur qui se croit déguisé derrière un nez de carton, elqui donne le bras à un domino.

Le débardeur lui crie : — Dis donc, Oscar, le buraliste du bal n'est pas aussi bon garçon que le syndic de ta faillite, n'est-ce pas?... il ne fait pas de remise de cinquante pour cent...

liini.îOTHRQUE POUR RIRE.

I.i- iiKiiiM.ur porle la main ii son lU'zfaclice, sous lequel il seul ion II' L vi-riiablc se colorer (l'une chaude teinte de pourpre. .\ ce

nioiiii'nt, un domino reçoit un fjamin de Paris à travers les jand)es. L'indigène est tombé en gardant ré(|iiilil)re; il se relève, et plaçant les deux mains enlr'onveitfs an houl de son nez en forme d'éventail , il crie : — Oh ! c'tc téie!... Je la reconnais. L'amphiihéiilro te l'a donc louée pour vin^t-qiialrc hriins?

Un piislillon de l.on<;jnmeau dit à un clicf de di\ision du ministère. . . — Tiens ! t'as donc pris dix francs sur les fonds secrets pour payer la contre-marque? Voilà le spécimen du langage!

Nos grands-p«ïres nous racontent comment de leur temps on inlrii/uait à l'Opéra ; nos graud'aières sont plu^ discrètes sur ce chapitre.

Nous savons par tradition que c'était un grand plaisir que de surprendre par trahison de costumier, ou de femme do chand)re, lo scrri'i d'un travestissement, et de venir dire à sa fiiinmc masquée ce qu'on n'aurait osé lui révéler de sa vin intime le visage découvert.

Il y avait des maris qui, pendant dix ans, se mettaient au lit la veille du jeudi-gras, se relevaient, entraient au bal sous un domino et venaient intriguer leurs propres moitiés i[ui, pendant dix ans, feisiiaient d'ignorer quel était le masque mystérieux, ou l'ignoraient véritablement. Il est vrai que souvent, et cela est commun avec les mœurs de nos jours, la femme pouvait être intriçutic nir les détails de sa vie secrète par un autre indiscret que le mari. Celte année, au bal de l'Opéra, car c'est toujours l'Opéra qu'il faut prendre pour point de départ dans les observations de mœurs carnavalesques, nous avons été témoin d'un perfeciionnement sensible dans la manière d'inirigucr.

I.e comte de..., connu par ses libéralités et sa facilité à délier les cordons de sa bourse, fut accosté par un débardeur féminin.

— Comte, lui dit le travesti, donne-moi cinquante francs pour aller souper.,.

Le comte répondit par un sourire négatif.

Le débardeur répéta en haussant l'intonalion : Comte, prends garde h toi ; si je n'ai pas mes cinquante francs, je vais dire tout haut le nom de celles à qui tu ne les refuses jamais.

Le comte se faisait encore prier.

— Une fois, deux fois, trois foie... les cinquante francs arriventils? dit le débardeur...

Aucun son métallique ne se faisant entendre, le débardeur allait 'érouler la liste des Lorettes pensionnaires du comte ; déjà plusieurs noms et adresses avaient été révélés avec preuves à l'appui et commentaires, quand le comte jugea prudent de couper court à ces confidences publiques. Il transigea, appela le débardeur dans le couloir, etcoliii-ci descendit bientôt en plaçant une pièce d'or en guise de lorgnon à chacun de ses yeux... et chantant le refrain

J'ai d' l'argent...

Celte nouvelle manière de demander la bourse a paru plus lazzarone que débardeur.

Le sljle de la causerie inlime du Lai masque n'a pas toujours eu ce parfum sauvage qu'on peut de nos jours lui reconnaître. On s'est beaucoup égayé il y a quelques années d'mie intrigue dont le principal acteur était M. Romieu, ancien prcfi't , ([ui a\;!it alors la profession iVfiomme le plus fiai de France, bien qu'il ponàt la figure d'un pbilii>.i pie au troisième degré. James Ilousseau, l'ancica Pylade de l'Oreste de la Dordogne, a raconté, je

crois, dans une Physiologie, comment M. Ronueu donnant un repas, et la marée manquant, ainsi qu'au temps de Vatel, l'homme d'iitat y suppléa habilement. Il avait promis un turbot monstre à ses convives... Au relevé de potage, l'amphitryon, inquiet, sortit de la siille du festin , et quelques inoments après deux domestiques apporlaient'une longue planche recouverte d'une serviette... Le voile fut levé p;\r le chef d'ollice : et quel fut l'élonnement quand on a|ierçut, au lieu du turbot attendu, le fonctionnaire public entièrement nu, enfariné de la tète aux pieds, et couvert d'une couche de persil!...

Cette facétie, dans laquelle M. Romieu mit les rieurs de son côté^ lui compta comme revanche de l'intrigue de bal masqué dans laquelle il fut victime.

Vax ce temps-lii , celui qui six ans plus tard devait èlrn un grave magistral était mi vrai tourtereau qui roucoulait volontiers quand une blanche colombe lui apparaissait, fût-elle même cachée sous le froc d'un domino noir... C'est ce qui arriva à un bal de l'Opéra où se trouvait M. Romieu : il fut intrigué par un domino beurre frais ; lo masque avait de l'esprit ; il maniait l'épigraminc avec art, et lardait l'homme de plume aux défauts de la cuirasse.

Du symptôme trahit l'émotion profonde produite par l'apparition du domino.

M. Romieu perdit l'appétit pendant toute une semaine.

A un second bal, il revit l'inconnue et obtint la faveur de baiser sa main blanche.

A un troisième bal, le domino voulut bien accepter une bavaroise, qu'il |>rit sans lever même la barbe de son masque.

Au quatrième bal, l'inconnue, vivement sollicitée par l'homme de lettres, qui ne parlait rien moins que d'aller bientôt coucher chez Pluton, voulut bien souper cliezVéry.

Knfin l'heure du dénoûmont arrive... le soupirant tombe aux genoux du domino; il lui offre sa main, sa fortune, ses vaudevilles : dans ces momenls-l.'i, qu'est-ce qu'on n 'offre pas?...

Il le conjure de montrer ses traits angéliques.

Le masque tombe , et M. Romieu reconnaît Ferdinand Lamjlé, son ami , son collaboralenr.

La victime bouda plus d'un mois son confrère. C'est de celte époque que date l'invasion des mystifications.

Dans les bals masques, la charge de Pugobert est conlemporaine de la mystification Romieu. Voici le calque de la scène de Rigobert.

Un des affiliés frappait sur l'épaule d'un marquis, d'un Turc ou d'un espagnol. Ces trois individualités, qui ont cessé d'êire représentées dans les bals publics, étaient fort en vogue sous la Restauration.

L'affilié frappait donc sur l'épaule du masque , et lui disait tout bas :

— Tiens! c'est toi, farceur de Rigobert... tu as donc quitté Limoges î

Le AIARQLIS , l'EsPAGNOL OU le TURC. — Tu te trompes, je ne suis pas Rigobert.

{Plusieurs compères entourent le premier affilié, qui s'adresse aux nouveaux venus.)

— Vous qui êtes de Limoges, ne reconnaissez-vous pas monsieur? Vous voyez ce pied solide; h qui ce pied?

Tous. — A Rigobert, le fils du financier.

Page 1