CHAPITRE VIL
X*a Madeleine parisienne.
quarante ans, il arrite quelquefois qu'une Parisienne a du bon sens. Après une vie des plus agitées , elle éprouve le besoin de se ranger.
Cn homme l'a trompée.- Le premier faux pas l'a conduite dans un abîme. L'abîme est devenu un métier. Le génie de la spéculation dominait le siècle, elle a subi l'inpulsiou générale , et comiiiP ellç était feiimie, c'est à-dire une miné de plaisir très-recherchée, elle prit le parti de se nieitre elle-même en actions. Sa toilette lui servit de prospectus; chaque jour les meilleures ouvrières de Paris rédigèrent des réclanies de gaze et de satin; elle sut se créer des patrons empressés qui la vantèrent partout , des experts jurés atleslèrcnt dans les cercles que l'argent coiilié h ses mains habiles produisait cinquante pour cent en plaisii-H. La jeune industrielle vit bientôt affluer chez elle tous les capitaux, mais au lion de prendre de toutes les mains , elle eut la haute habileté de choisir ses commandilaircs; elle délivra des coupons d'amnur h trois ou quatre personnes à la fois. Quaiul un seul voulut prendre à sa charge unique tous les frais tic l'entreprise, elle livra le capital social en entier, se réservam à peine un on deux amants de cœur comme prime et actions industrielles.
A quarante an*, rnmme lions tenons de le dire tout i l'heme, elle s'avise qu'il est teinj)» de se repentir comme Madeleine. Klle
fait sa liquidallnn , renvoie ses amants, et se trouve à la tête d'une vingtaine de mille livres de rente.
Alois plusieurs 11105 eus SR présentent il elle pour èire heureuse, nous direz-vous. lille peut se marier. Avec qui? nous direz-vous. Eh parbleu! avec tout ce (ju'il y a de mieux. Quand ou a une inscription de quatre cent mille francs, on n'a qu'à choisir parmi les maréchaux de camp de l'empire, les procureurs (généraux dégommés de la restauration, et les agents de cliange de juillet.
Une fois mariée, elle a des enfants qui la rendent malheureuso; cela la distrait sur ses vieux jours.
Elle peut encore se fixer dans une ville de province ; et comme elle sait ordinairement l'anglais , il lui est permis de .se faire passer pour une douairière immensément riche, et un peu folle. Dans ce cas, elle habille ses domesli(|ues en cipayes; on la porte dans les rues en palaïKpiin , et mille autres extravagances. J;lle se fait appeler lady Douglas Wilmord, veuve d'un colonel niorlauservico de la Compagnie. Klle parle de Tippo-Saïb au sous-préfet cl d.e la chasse au tigre au lieutenant de louveterie.
Si celte vie l'ennuie, elle peut encore congédier ses cipayes, se retirer dans son pays , faire acheter par toutes sortes de lunrmcnts l'espérance de sa succession à ."ses malheureux parents, et mourif en léguant tous ses biens !i l'iiglisp.
Aujourd'hui la courtisane ne se retire plu^ daps le crc^x des rochers. Vous voyez qu'elle a u)îlle autres manières plus ingénieuses de se repentir.
Avouons-le, cps tnadelerffês sôrit "rares; mais il leur sera beaucoup pardonné , .parce qu'elles ont beaucoup d'esprit.