CHAPITRE. VIII
Be la Médecine et de la Philanthropie.
• pliilniiiliiopii' l'st uni' invciilion toute ^^^ iikhU'iiio qui a M piomplcuu'iii nppliipii'i' il luic foule tl'iiislilutioiis et do choses (|iii , ;hi premier abord, ne seiubiaient nullement couipaliblcs avec cette venu. Nous avons eu des discours, des poi'UU's , des romans, des baufinoset (les prisons pliilantliniiiiques; uécessaireuient la médecine ne pouvait pas iiiaïupior de suivre la meule générale et de se faire encore plus pliilaulliropique que tout le reste. — I>ans deux ou trois cents ans , quand on ne connaîtra plus toutes ces belles choses que de nom , notre siècle semblera s'être livré ;i la pratique de toutes les vertus les plus sociales qu'on puisse iuia^'iuer. — El pourtant il faut avouer (pi'en fait de morale et de vcriu, notre époiiue laisse encore quelque peu à désirer. Le médecin pliilaiithrope ne se contente pas de se vouer 5 riiumanité souffrante , comme le vulgaire de ses semblables. Non-seulement , nouveau don (Uiicholie de la médecine , il parcoiu't le monde en redressant partout les torts et les iravers , mais encore il rougirait d'accepter le moindre salaire pour ses consultations. Vous avez vu ou du moins vous avez \ni voir au Cirque-Olympique, dans la pièce du Mirliton cnchantc, un certain docteur espagnol qui remettait les bras et les jambes, et qui recollait la tète à ses malades. Puis, lorsqu'on lui demandait combien on lui devait pour cela , il répondait chaque fois : — C'est bon! c'est bon! ça se retrouvera avec autre chose ! Le médecin philanthrope français enfonce encore sur ce point le docteur espagnol en question; car, après vous avoir remis un bras ou une tète, il vous répond immédiatement, lorsqu'on lui demande ce qu'il prend pour cette opération :
— Monsieur , rien du tout !
C'est-à-dire que quelquefois même il s'offense de cette question Lumiliante ; et pour un rien il vousrecasscrait le bras qu'il vieut de vous rafistoler, — tout cela par suite de sa philanthropie.
Eh bien ! grâce à l'ingénieux système de la philanthropie moderne, il n'est pas rare de voir des médecins qui donnent leurs ordonnances gratuitement, et qui dépensent quinze mille francs d'annonces, avoir encore douze mille francs de bénéfices à la fin de l'année. Voici le mot de ce logogriphe philanthropico-médicnl.
Eu tète de l'ordonnance gratuite du docteur philanthrope se trouve celte prescription essentielle :
« Ce médicament à prendre chez le docteur Fleurant. »
Et le docteur s'empresse de faire observer au malade que ce pharmacien est le seul à Paris qui sache préparer convenablement les remèdes selon la formule.
Si, malgré cette observation essentielle, le malade ne s'est pas rendu chez le pharmacien indiqué, lors de la seconde consultalion , le dialogue suivant s'établit entre le docteur et le malade.
— Ah! monsieur, que je vous trouve mauvaise mine ! Est-ce que vous n'avez pas suivi mon ordonnance^
— Pardonnez-moi... Il me semble même que cela m'avait fait du bien.
—Non, je ne suis pas content de votre pouls... 11 faut qu'il y ait quelque cliose... La potion était peut-être mal préparée... Vous nel'avez peut-être pas prise, comme je vous l'avais recommandé, chez le prharmacien qui est tout près d'ici, M. Fleurant î
— C'est vrai... J'ai cru...
— Malheureux!... Mais votre imprudence peut me causer le plus grand tort... Car enQn, vous êtes bien libre de mourir, si
vous voulez; mais alors ne vous faites pas soigner par moi .le
tiens à ma réputation... Je vous avais bien piévenu (lue M. Fleurant était le seul jiharmacien eu (pii j'avais confiance pour la pré paration de celte potion, (|ui di'U\aiule le plus grand soin... il y entre même des substances (pii , mises à troj) fortes doses, peuvent devenir très dangereuses... Et je m'expliiiuc maintenant parfaite meut votre mauvaise mine.
— J'ai donc... bien... bien... mauvaise... mine... (balbutie le pauvre diable effrayé).
— Très-mauvaise... Mais cependant je réponds de vous si vous suivez exactement mes prescriptions!... Mais, je vous en prie, no f.iites plus d'iin|)ruileuces pareilles.
Quant îi la scène qui se passe chez le pharmacien, je ne pense pas qu'il soii nécessaire de la décrire. — Seulement, voici un aperçu du prix des drogues phdanthropiques débitées au profit de M. Fleurant et Cie :
0 Quinze pilules selon l'ordonnance 15 fr,
» Pommade selon l'ordonnance 10 fr.
I) Une demi-bouteille de sirop sudorifiquc selon l'ordonnance 1 0 fi-. .
Total trente- cinq francs. — Fu en laissant (juinze au pharmacien , le docteur
philanthrope se trouve avoir donné une consultation gratuite au prix de vingt francs. S'il s'était fait payer ses .soins, 1 n'aurait gagné que cent sous. — Vous voyez donc que le bénéfice net de la pliilanlhropie est de (|uinze francs, — plus les bénédictions de .ses semblables , — et l'amitié de son pharmacien. Puis , à la fin de la semaine , les deux amis font leur petit décompte !